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Nous sommes le Mar 9 Fév 2010 13:56
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Acte III : Le Visage de ton Double
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Message |
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Jezebel van Kraft
(alias Ruth)
Âge : 25 ans
Liens : Fils du comte
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» Acte III : Le Visage de ton Double
Herr Friedrich. Je sais que nos visages se ressemblent, que les yeux d'or et les cheveux de sang que nous partageons nous donnent l'air d'être parfaitement similaires, mais jamais je n'aurais cru que quelqu'un pourrait me confondre avec mon Père. La différence d'âge, sans doute... quelque part c'est un peu vexant...
L'homme face à moi a pourtant l'air convaincu de s'adresser au comte Van Kraft et non à son fils, ses yeux luisent étrangement comme si eux aussi étaient mouillés par la pluie en me fixant. Je recule d'un pas et me tourne vers Mülleimer, les lèvres pincées, moyennement réjoui d'avoir affaire à cette créature étrange. Mon valet cependant ne semble pouvoir m'apporter aucun élément de réponse, il hausse les épaules en signe d'ignorance.
- Il m'a suivi, apparemment, je ne l'ai aperçu qu'en descendant de cheval.
Je ne peux m'empêcher de grimacer. L'homme face à moi ne cesse de déblatérer des inepties comme quoi mes cheveux ont poussé et que j'ai changé de parfum – l'idée qu'un pareil gueux puisse connaître le parfum de mon père me donne la nausée et fait venir à mon esprit quelques images hideuses qui m'arrachent un frisson. Je ne connais pas cet homme, je ne l’ai jamais vu dans les parages bien que quelque chose en lui me soit familier, lui cependant semble connaître cette famille… Sangdieu, je n'avais pas besoin de traiter avec un mendiant qui divague maintenant, ce n'était guère le moment !
- Friedrich van Kraft est... mort, asséné-je soudain d'un ton que je souhaiterais cassant, troublé malgré moi par le mot de « mort », je suis Jezebel van Kraft, son fils. Que désirez-vous ? - Mon cher Friedrich, n'est-ce pas évident ? Cette pluie a des allures de déluge et de fin du monde, auriez-vous l'amabilité de m'offrir un toit jusqu'à ce que je puisse rejoindre le village ?
Mülleimer s'agite un peu, comme pour me rappeler sa présence, je lui fais signe d'aller se sécher et se changer avant de me faire son rapport. Seul dans le vestibule face à mon étrange interlocuteur, je laisse soudainement tomber les dernières politesses qui me venaient à l'esprit pour laisser mon visage adopter une expression mauvaise.
- Quittez ce château. Père vient de mourir, je n'ai pas à offrir l'asile à un misérable dans votre genre. - Vous êtes toujours aussi dépourvu de pitié, Friedrich. - En quelle langue faut-il vous dire que je ne suis PAS Friedrich ?!
Il rit, d'un petit rire qui me donne l'impression d'avoir avalé un bloc de glace.
- Vous ne me ferez pas croire à vos doucereuses plaisanteries, mon ami. Allons, vous n'allez pas me refuser le gîte et le couvert après tous les... services que je vous ai rendus... Et cette épine que je vous ai ôtée du pied...
Blême, je le fixe sans un mot, animé d'un léger mouvement de recul. Je ne comprends pas vraiment ce dont il parle, je crois que cela un rapport avec... Avec... seigneur, si c'est le cas, je ferais mieux de lui accorder ce qu'il désire sans trop tarder, il peut m'apporter bien du souci. Je fais signe à Hildegarde de s'occuper de lui, de lui offrir de nouveaux vêtements et de quoi se nourrir décemment pendant que je vais recueillir les informations que Mülleimer m'a apportées.
Je monte quatre à quatre les marches jusqu'à la chambre du valet, un des seuls serviteurs à qui j'ai pu épargner la honte de dormir sous les combles. A force de suppliques et de colères Père a bien voulu qu'il dorme à l'étage inférieur dans une petite chambre d'enfant, exiguë mais agréable ; et bien que pour ce faire j'aie dû me comporter comme un gamin capricieux je ne regrette nullement le résultat.
Je tape doucement à la porte, sa voix maussade m'accorde le droit d'entrer ; c'est le monde à l'envers. Je m'introduis dans sa chambre discrètement et referme le battant derrière moi, comme si je craignais d'être vu alors que rien dans mon geste n'est douteux. Mülleimer a l'air de se moquer de ma présence, il est à demi habillé seulement et ses cheveux sont encore en désordre, ses vêtements mouillés sèchent sur le dossier d'une chaise tandis qu'il passe une chemise propre. Je n’y prête pas la moindre attention.
- Alors, qu’as-tu appris ?
Ses yeux impavides se fixent sur moi. Je sais que cette entrée en matière était quelque peu rude mais je suis curieux et surtout j’aimerais résoudre cette affaire au plus vite : quand le meurtrier sera découvert je pourrai congédier mes charmants invités et plus vite je serais débarrassé d’eux mieux je me porterai. Certains d’entre eux surtout. Je n’ai rien contre des inconnus comme cet Aloïs et le peintre, ni contre les Rosenrot ; j’apprécie même énormément la présence de Ada et je suis content de revoir Gyllian. La présence de certains autres, en revanche, me contrarie fortement.
- Le notaire a été tué par une bête selon les policiers. La tête était posée sur le bureau, intacte. Tout a été nettoyé. - Déjà ?!
Ce n’est pas normal. On est au-delà du zèle policier – zèle en lequel je ne crois guère. C’est plus que préoccupant. Quant à la manière dont Balghaur a été tué, elle me glace d’effroi, me rappelant confusément certains souvenirs que je préférerais oublier. Bien sûr qu’il valait mieux nettoyer pour éviter une émeute des gens du village, ils auraient mal supporté ce genre de vision chtonienne et auraient probablement été gagnés par une hystérie générale dirigée sans doute contre le château. Après tout nous sommes des démons aux yeux de tous, dans la région… Oui, il valait mieux nettoyer… Mais qui a bien pu en donner l’ordre ?
- Ah, et, Mein Herr… Le testament de votre Père a disparu. - QUOI ?! C’est impossible ! Mülleimer ! - Tous les autres documents sont là.
Il me tend une liasse de papiers que je feuillette rapidement, blêmissant au fil de ma lecture. Tout ceci est trop compromettant et malheureusement le contrat de mariage avec Katje et le certificat de décès de Mère, s’ils recèlent des détails pour le moins intéressants, ne sont pas les plus dangereux. Je rends les documents à Mülleimer en gardant pour moi ceux qui ne sont pas réellement inquiétants, lui ordonnant de brûler tous les autres. Personne ne doit savoir. Personne n’a à mettre son nez dans les affaires des Van Kraft et si jamais cette enquête prend de l’ampleur, si jamais mes chers invités commencent à s’y intéresser en sentant leur vie menacée, je suis perdu. Nous sommes perdus. Tant qu’ils n’ont pas conscience d’être tous menacés par un meurtrier, tout ira bien. Mes intérêts ici sont contradictoires… je voudrais qu’ils tentent de trouver eux aussi l’assassin avec plus d’acharnement, d’un autre côté, s’ils s’y mettent certaines choses risquent d’être mises au jour et je ne peux courir ce risque. Sangdieu…
- Müll, je retourne chez le notaire. - Herr Jez…
Je ne le laisse pas finir et dévale les escaliers jusqu’au salon, boitillant sur ma jambe douloureuse. Tous les convives se sont réunis dans la salle commune, peu intéressés par ce qui les attend, sauf les quelques-uns qui ont compris ce qu’impliquait un meurtre dans une maison où chacun a des droits sur un héritage encore très obscur. Tout le monde peut être visé. Pas seulement nous, les enfants naturels de Friedrich, mais tous ceux qui sont invités ici et qui peuvent par conséquent avoir des prétentions sur l’héritage. Même ce Tyll. Même les Rosenrot. Même Zana. Tous.
En attendant il faut absolument que j’aille tirer l’affaire au clair. Les informations que m’a apportées Mülleimer sont loin d’être suffisantes et plutôt que d’apaiser mon anxiété elles éveillent ma curiosité. Je dois y retourner. Je dois savoir ce que contient ce testament, cela me donnera peut-être un indice, si quelqu’un en connaissait déjà le contenu il peut être le meurtrier. Seigneur… Chevaucher sous l’orage, l’orage qui gronde et la pluie battante, seul, je ne m’en sens pas capable. Et puis avec mon sens de l’orientation je serais capable de me perdre en deux minutes. Je ne peux pas y aller seul et je ne peux pas non plus demander à quelqu’un de m’accompagner. … Ou peut-être que je peux.
Au salon les convives se sont réunis, pourtant l’atmosphère est loin de celle d’une fête agréable en famille – et tout aussi loin d’une veillée funèbre, d’ailleurs – et le silence semble de mise. Le visage défait, je vais rejoindre ma sœur assise seule un peu en retrait et lance à la cantonnade d’une voix encore un peu mal assurée :
- Le testament de Père est introuvable et la mort du notaire se trouve être plus étrange que ce que nous pouvions attendre. Au cas où vous n’auriez pas conscience de ce qu’il se passe, nous avons parmi nous un meurtrier et s’il a achevé un vieillard incapable de se défendre c’est qu’il est tout à fait capable de tuer chacun d’entre nous. Léandre semble avoir trouvé un indice, je me permettrai de confisquer les objets qui ont été soutirés dans vos chambres par mesure de prudence. Je trouve d’ailleurs étrange que certains aient cru bon d’amener ce genre de… mobilier.
Mon regard glisse sur Siegfried et Gyllian, ils font mine de ne rien remarquer. Cependant mon oncle ne peut s’empêcher de grimacer à la mention de cette confiscation inopinée :
- Et de quel droit nous privez-vous de nos objets personnels, mon neveu ? - Le droit de l’hôte, mon oncle, et vos charmants… objets personnels… sont du genre que je n’aimerais pas voir entre vos mains.
Il esquisse un ricanement mauvais, je ne lui laisse pas le temps de continuer et me tourne vers l’assemblée, le visage crispé :
- Je vais me dépêcher avant que la tempête ne commence à se faire vraiment dangereuses. Si quelqu’un désire m’accompagner, il… - Herr Friedrich, je tenais à vous remercier de votre hospitalité !
Je me raidis brusquement en entendant dans mon dos la voix de l’homme étrange qui me prend aussi intensément pour mon père. Dans les yeux de Hargreaves je lis une sourde haine envers notre invité, guidée par son mépris de Friedrich et son dégoût de me voir accepter de le laisser m’appeler ainsi. Je sais. Cela ne me plaît pas plus mais je ne peux décemment l’en empêcher. Je me force à sourire à l’homme vêtu de noir qui se tient désormais en place du mendiant en guenilles. Avant même que j’aie le temps de m’exprimer, Franz se lève brusquement, les yeux écarquillés, et s’exclame :
- Mais vous êtes… l’ancien croque-mort ?! Que faites-vous ici ?
Je fronce les sourcils, regardant alternativement le prêtre et l’homme. L’ancien croque-mort… Oui, bien sûr… Quand j’étais enfant, il venait souvent à la maison parler avec Père, Gyllian avait peur de lui et je trouvais qu’il sentait affreusement mauvais… L’odeur de la mort suintait de chaque pore de sa peau. Voilà ce qui me semblait familier chez lui, cette pestilence que j’ai sentie des dizaines de fois, que j’ai respirée bien souvent contre mon gré alors que cet homme s’entretenait avec Père en ma présence, comme si je n’étais qu’un élément du mobilier incapable de comprendre quoi que ce soit ! Je ne me souviens pas de ce qui se disait durant ces réunions, le souvenir de ces années est bien trop flou et pourtant j’ai l’impression que ça avait de l’importance.
Sans se préoccuper le moins du monde des autres invités, le croque-mort s’approche de moi en souriant de ce sourire atroce et murmure :
- Tu n’oublies pas ce que tu me dois, Friedrich ?… Pour tout ce que j’ai fait pour toi… Tous ces services que je t’ai rendus… - Je ne… - J’imagine que tu t’en souviens… A moins que tu n’aies oublié ce qui se cache derrière le visage de ton double. - … Hildegarde, amène Monsieur à la cuisine et donne-lui à manger. La faim le fait divaguer.
Ma camériste obéit non sans me jeter un regard étrange, autour la salle commence à bruisser de murmures intrigués. Le visage de ton double… J’ignore moi-même ce que cela signifie, mais qu’importe, les élucubrations d’un fou ne sont pas de mon ressort. Je tousse pour m’éclaircir la gorge et reprends ma phrase avortée :
- Je… disais donc, que je comptais aller au village à l’office du notaire. Si quelqu’un a l’intention de m’y accompagner il sera le bienvenu. - Jezebel je…
… Pourquoi m’en doutais-je ?
- Oui, Hargreaves, je sais que vous vous proposez. D’autres candidatures ?… - Jez… Je voudrais t’accompagner.
La voix paisible de Gyllian s’élève juste à côté de moi, elle me fixe sans ciller, d’un air déterminé. Elle m’a appelé par ce nom qu’elle me donnait quand nous étions encore trop jeunes pour haïr, elle sait très bien que je ne peux rien lui refuser quand elle fait ça, pas plus que lorsqu’elle est partie. J’esquisse un sourire. Comment pourrais-je t’en empêcher, Gyll ? Friedrich était notre père à tous les deux et tu as le droit de t’y intéresser de près. Même si tu es une femme et que je répugne à mettre une demoiselle dans une pareille situation, il m’est impossible de te refuser cela. J’acquiesce silencieusement, jaugeant la salle.
… Oh. Non.
- Mon neveu, je viens avec vous.
« S’il vous plaît » ? Non ? J’oubliais que ce rustre avait autant de vocabulaire qu’un enfant de deux ans. Je grimace. Son ton n’admet aucune réplique et je n’ai que très peu envie de m’opposer à Siegfried dans des conditions pareilles, je connais sa haine des refus. Il n’empêche.
- Nous serons bien assez de trois. - Ce n’était pas une question. - Ce n’en était pas une non plus. Vous restez ici.
Je regarde Aloïs s’avancer lentement comme pour proposer sa candidature, Emeline qui a l’air prête également à me rendre ce « fier service ». Je ne peux pas laisser un pareil monstre sans surveillance au milieu de tous ces gens, il serait capable de… Je ne veux même pas savoir de quoi. Je grimace, espérant qu’il décidera de se rétracter, m’évitant tout cas de conscience à l’idée de le laisser au manoir. Entre temps, le peintre Wyhlem a toussoté pour attirer l’attention vers lui, sans grand effet, avant de prendre plus franchement la parole.
- Mein Herr, de combien de personnes avez-vous besoin pour fouiller une office ? - Hé bien, je l’ai dit, nous serons assez de trois. - Trois… Sauf votre respect cela me semble beaucoup, peut-être pourriez-vous épargner à l’un de vos compagnons la pluie battante ?… - Vous tenez à la compagnie de Lord Hargreaves, Herr Wyhlem ? rétorqué-je, glacial.
Il se tait sans pouvoir effacer de son regard une lueur de haine intense à mon égard. Je ne sais pas exactement ce qui se passe entre ces deux-là, ce n’est pas mon affaire, mais j’ai assez de jugeotte pour avoir remarqué leur mésentente… Vraisemblablement à sens unique, vu le visage qu’arbore ce crétin de dandy. Non, je ne laisserai pas ma sœur ici, si je dois me séparer d’un de mes « compagnons » de voyage, ce ne sera pas elle mais cet idiot que je traîne comme un boulet à ma cheville. Je me détourne du peintre et de son ami étudiant qui rétracte déjà sa candidature face à l’afflux de proposition, laissant mon regard courir sur la salle.
Et, évidemment, la fiancée de Dorian vient se planter devant moi la bouche en cœur pour me supplier de la laisser nous accompagner. Je jette un œil vers le dandy, imaginant un instant ce que pourrait donner une escapade de ce genre – je pourrais peut-être les abandonner en forêt, qui sait. Mais non. Une demoiselle comme elle ne devrait pas sortir dehors alors que la nuit est tombée sous une pareille pluie, de plus il s’agit d’une longue chevauchée et ce ne serait pas seyant. Heureusement elle n’a pas la présence d’esprit de me faire remarquer que Gyllian m’accompagne, j’aurais été bien mal à l’aise de lui expliquer que Gyllian pouvait se travestir en homme sans vraiment paraître déplacée, ce qui n’est pas le cas de cette greluche…
- Bien. Dans ce cas, nous irons à l’office, Hargreaves, Gyllian et moi… En attendant… - Et moi, mon neveu.
Je vais l’étriper. En même temps je ne peux pas le laisser ici, il sera beaucoup plus dangereux lâché ainsi au milieu de mes invités qu’à mes côtés dans l’office du notaire. Cela dit je m’apprête à voyager en périlleuse compagnie et ce n’est pas vraiment pour m’enchanter…
- Soit, mon oncle, soit. Hargreaves, Gyll, allez passer des tenues plus adaptées ; vous aussi, mon oncle.
Je me tourne vers les autres convives, le sourire le plus convaincant que je suis capable de fournir aux lèvres.
- Je sais qu’il n’est guère correct de vous abandonner ainsi, j’ose espérer que vous ne m’en tiendrez pas rigueur. Ma bibliothèque est ouverte à qui désire s’en servir, je vous demanderai juste d’éviter la réserve… Nous ne serons pas longs.
Je m’incline le plus gracieusement possible et commence à m’éclipser avant d’être retenu par Ludwig, suivi de près par son fils, Julian.
- Herr Jezebel, une telle chevauchée sous cette pluie me semble être pure folie, murmure l’homme d’une voix douce. Ne pourriez-vous reporter cette expédition à demain ? Il me semble, sans vouloir vous offenser, que ce serait une chose plus judicieuse… - Hélas, je crains qu’il ne me faille partir immédiatement, il y a urgence. Priez pour nous, mon oncle.
Je n’ai pas pu empêcher ma voix de se faire railleuse sur ces derniers mots, obtenant en retour une grimace indéfinissable.
- Je prierai, mein Herr, toutefois… - Pardonnez-moi mais le temps me manque.
Je m’éloigne rapidement afin d’éviter tout nouveau dialogue désagréable. Pour la deuxième fois de la soirée, je m’en vais me changer dans ma chambre, l’étrange énigme du croque-mort me revenant en tête. Sa présence est trop curieuse pour être anodine et cette histoire de double… Je ne comprends pas… Je ne comprends plus. J’espère que l’office du notaire m’offrira au moins quelques réponses…
Consignes : Pour Siegfried, Gyllian et Dorian, ils accompagnent Jezebel chez le notaire, le post sera mis au point par msn. Pour les autres, vous pouvez aller et venir dans le château, mais souvenez-vous que le croque-mort et son étrange énigme sont toujours présents. Il semblerait qu'il sache quelque chose et que ses paroles ne soient pas anodines du tout... Une énigme ?... Mais vous avez passé l'âge de jouer aux devinettes, n'est-ce pas ?
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| Mar 12 Mai 2009 21:12 |
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Gyllian van Kraft
(alias Belladonna)
Âge : 20 ans
Liens : Fille du Comte, soeur de Jezebel
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» Re: Acte III : Le Visage de ton Double
Pas de la haine, mais du mépris.
N'était-ce pas ce que les trois quarts de ce beau monde attendait, au fond ? Je les observe les uns après les autres, ces loups assoiffés de ma parentèle, et les méprise comme ils le méritent. Pas tous, pas encore. Mais bientôt sans doute, car tous ceux qui ont été conviés ici ont quelque chose à cacher... Quelque chose de sombre, ça aussi j'en suis sûre.
Est-ce la mort de mon Père qui rend mon regard aussi mauvais ? Et dire qu'enfant, j'avais souhaité à bien des reprises voir ce monstre au fond d'un abîme, me voilà prise par surprise par ces funestes pensées. Des regrets que j'aimerais étrangler sous la rage.
Hors de question de me montrer ainsi, la mine basse et défaite. Me servant un fond de vin pour en observer longuement la couleur, je vois derrière mes yeux dorés le sang... Le sang sur son cou, le sang sur sa face, peinture indélébile... Et cela m'arrache un frisson. J'observe mon frère plus loin. Ses cheveux... Les Miens... Pourquoi ce rouge si vif, pourquoi cette couleur si semblable au sang qui coulait sur ce corps impur et inerte ? J'en frémis de dégoût, décontenancée malgré moi. Je ne comprends pas pourquoi je continue à boire ce verre. Ce liquide rouge ne m'est d'aucune satisfaction ce soir, et l'ivresse ne m'a jamais aidé à oublier. Il ne me sert plus à rien. Je le repose élégamment sur la nappe, désintéressée, et je vois au même instant mon frère s'éloigner avec le majordome en direction du salon, où il s'arrache à ma vue. Je ressemble à un cadavre, comme lui, mais un cadavre qui sourit, ironiquement et tristement. Mon Frère, que vas-tu penser de moi, ta soeur, après cela ? Après avoir vu ce que j'ai emmené avec moi ? Si tu savais, Jezebel, mon cher frère... Peut-être es-tu encore trop fier pour entendre.
Maudite vision. Ce vieux démon vaincu, anéanti par on ne sait qui... Qui... Qui a fait ça... Mon regard glisse sur les invités, aussi brûlant que lorsqu'on touche du verglas du bout des doigts. L'orage résonne. J'aime ce son... Le tonnerre déchaîné à l'extérieur, comme s'il criait le nom du malfaiteur, les éclairs qui illuminent le ciel sous le règne noir des nuages. Tableau ensorcelant.
Leurs chuchotis à eux salissent la contemplation. Même si la pièce est plutôt silencieuse contrairement à d'habitude, quelques uns bavardent encore. Du meurtre, sans aucun doute. Lequel d'entre eux ? Plusieurs ? Aucun ? Je ne saurais encore trancher en quelle faveur, mais si une chose est sûre, c'est que ce visage défait ne m'accompagnera pas longtemps. Je dois être trop fière moi aussi pour me laisser apparaître ainsi. Me levant de ma chaise, je décide de quitter cette pièce de faux semblants pour de bon, l'ambiance devient presque insupportable. Même si c'est en réalité les gens qui y sont qui la rendent infernale.
Refermant derrière moi toutes les portes - je ne prendrai pas le risque d'être dérangée - j'arrive enfin à l'extérieur. Alors que je prends place au seuil de la porte, il m'apparait que ces jardins soient moins bien entretenus qu'avant mon départ... Non, c'est le manoir qui a changé, et pas la manière dont les domestiques s'occupent de cet espace vert. On ne voit même pas la lune malgré la vue dégagée sur le ciel, cachée par la fougue de l'orage. Je crois qu'il est temps de m'offrir un moment d'expiration.
Du bout du porte-cigarette, l'extremité du tabac s'embrase dans un crépitement étouffé par la pluie qui tombe en face, et libère chaleureusement sa fumée. Je m'ennivre longuement de cette odeur... Odeur anesthésiante. Fermant les yeux. Ecoutant l'orage. Un sourire cruel sur une bouche tout aussi cruelle. Une autre bouffée, qui m'emmène vers d'autres pensées, bien plus anciennes... Jusqu'à une, bien particulière, qui m'est revenue je ne sais combien de fois. Toujours la même colère. Toujours la même humiliation. Toujours la même douleur... Un rictus déforme mon visage sous la morsure lumineuse d'un éclair. Qu'as-tu fais... Qu'as-tu fais... Que vas-tu faire, maintenant ?
Pourquoi, simplement pourquoi ? Les Enfers engloutiront cette famille maudite.
Je tends mon bras vers la pluie abondante, laissant les gouttelettes parcourir ma chair mise à nue... Et cette sensation me parait glaciale, paralysante, et régénératrice. J'aimerais courir, seule et libérée, dans cette pluie diluvienne, la sentir contre moi sans l'entrave d'un vêtement.
On dit que la nuit porte conseil. C'est faux, elle est pleine de questions. Pas de réponse. Pas aujourd'hui.
J'ai du rester un quart d'heure à rêvasser à l'extérieur, certains doivent se demander où elle a bien pu passer, la fille du Comte... Si on peut encore m'appeler ainsi. Cela dit ils doivent tous être plongés dans la réfléxion. "Que va donner la fouille ? Serai-je suspecté ? Que va t-il m'arriver ?"... Je me les pose moi aussi. Alors que j'avance au travers de la demeure, je ne peux repousser cette pensée... Quand je pense qu'il est là encore, dans son lit de mort, à se noyer dans son sang... Immonde.
Cet homme me répugne définitivement.
Retournant à la salle commune où le monde s'est à nouveau réuni uniformément, je m'asseois sur une chaise, apaisée par mon bref instant de solitude. Mon Frère, revenant de ses découvertes et visiblement préoccupé, vient à mes côtés. Diable, que pense t-il à présent...
« ... je me permettrai de confisquer les objets qui ont été soutirés dans vos chambres par mesure de prudence. Je trouve d’ailleurs étrange que certains aient cru bon d’amener ce genre de… mobilier »
Mon regard se fait lointain, scrutant la foule éparse. Ce n'est pas la peur de croiser tes yeux, Jezebel, pas la peur, pas la honte... Un sentiment que je ne peux décrire moi-même, pourtant tu parviendrais à le sentir si je t'en laissais l'occasion... Si tu essayais. Si j'essayais. Si je te laissais. Siegfried lui a réagit à sa décision, c'était prévisible, mais mon frère n'est pas du genre à se démonter face à lui et lui a fait comprendre qu'il ne reviendrait pas là dessus. Je peux le comprendre, s'il n'a pas du être étonné des affaires de Siegfried, et je les devine moi-même, ça n'a pas du être la même réaction en voyant les miennes.
- Herr Friedrich, je tenais à vous remercier de votre hospitalité !
J'éveille une surprise non dissimulée en portant mes yeux jusqu'au nouvel arrivant. Ai-je bien entendu ? Mais... Cet homme... Des souvenirs d'enfance, des souvenirs tellement loins, tellement diffus... Cet homme... Si c'en est un... Je m'en rappelle vaguement, sans parvenir à mettre un nom. C'est mon Frère qu'il a appelé Friedrich, ce fou au visage de macchabée.
- Mais vous êtes… l’ancien croque-mort ?! Que faites-vous ici ?
Oui... Oui bien sûr... Combien de cauchemars lui dois-je en comptant ceux de mon enfance ? ... Quel homme effroyable ce pourrait être à mes yeux si son apparence était moins navrante. Je l'entends parler avec mon Frère, sans prêter la moindre attention aux convives alentours, et une phrase particulièrement me laisse pantoise. Que veut-il dire par là, ce dément, le Visage de ton Double ? Le sens qui m'avait parut évident sur le coup s'efface immédiatement. Evident mais caché... Troublant.
Jezebel le chasse, faisant mine de n'y attacher que peu d'intérêt. Ce n'est pas le cas, j'en suis sûre, je te connais.
Alors que l'ancien croque-mort quitte la pièce avec Hildegarde, Jezebel reprend sa proposition. Il veut qu'une ou deux personnes l'accompagnent chez le notaire. Je ne suis pas surprise de voir que la toute première voix à s'élever n'est autre que celle de ce crétin d'Hargreaves. Son comportement suinte de ridicule. Plus de raison d'attendre, jamais je ne serais restée ici alors que Jezebel se rendrait là-bas.
- Jez… Je voudrais t’accompagner.
Il acquiesce d'un regard, comme ceux avec lesquels nous conversions enfants. Nous serons sans doute bien assez de deux pour l'accompagner. Mais mon oncle ne semble pas du même avis, comme toujours. De sa part c'est bien évidemment affirmation et non demande, cet incapable ne pourrait jamais faire preuve de politesse, j'oubliais.
Debout, pas loin de mon Frère, je l'observe, observant lui-même la foule qui se propose, chacun à sa manière. Kail me lance un regard alors qu'il demande à Jezebel de réduire l'effectif de ses compagnons. Il ne parlait évidemment pas de Dorian, mais ma décision est prise, il serait inutile d'insister.
- Soit, mon oncle, soit. Hargreaves, Gyll, allez passer des tenues plus adaptées ; vous aussi, mon oncle.
Je quitte la pièce sans plus attendre, montant jusqu'à ma chambre. Adieu à cette robe étouffante qui serait un fardeau considérable pour telle expédition, je ne m'embarrasserai pas des règles de savoir-vivre ce soir. N'ayant toujours pas pris la peine de les défaire, je sors de mes bagages une tenue qui si elle s'avère confortable et censée pour tout cavalier qui s'apprête à cette chevauchée, ne correspond pas réellement aux principes en rigueur. En revanche ce soir j'ai un prétexte.
Le pantalon moulant glisse de mes jambes jusqu'à ma taille, noir et parfait pour l'équitation, suivi d'une simple chemise blanche à jabot par dessus. Ne reste qu'à mettre un manteau et des bottes. J'ai un sourire amusé en revoyant les visages de certaines dames, estomaquées par cette marque d'indécence. Une femme qui porte des vêtements d'homme... Un petit jeu auquel j'aime me prêter, car je ne suis nullement choquée par cela contrairement aux autres. Les jupons ne sont pas faits pour les cavaliers dignes de ce nom. Ma dernière initiative avant de rejoindre les autres consiste à nouer mes cheveux rouges en catogan, je ne tiens pas à être gênée durant ma course.
Redescendant après quelques courtes minutes, je ne prends même pas la peine de faire une dernière apparition au salon, disparaissant au dehors en direction des écuries...
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| Dim 17 Mai 2009 00:50 |
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Léandre Holingren
(alias Twilight)
Âge : 25 ans
Activité : Majordome de la famille
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» Re: Acte III : Le Visage de ton Double
Je regarde une dernière fois les objets découverts puis je ferme la porte à clef. Je la conserve et attends quelques instants avant de descendre. Dehors l’orage fait rage et cela m’apaise étrangement. Le bruit et la fureur du dehors me permettent d’être plus libre, plus moi en quelque sorte. Il faut que j’arrive à comprendre qui a eu le temps de tuer afin de … de quoi ?
La mort du comte ne m’attriste pas, elle m’est même presque indifférente. Ce que je souhaite à présent c’est écouter la suite, comprendre la fin de l’aventure et si possible en tirer parti. Car je sens que si jamais le testament pouvait nommer Jezebel comme nouveau compte, alors ma vie dans ce manoir serait terminée. Et cela je m’y refuse, pas pour moi, mais pour toi Cordélia. Avec la mort de ton patient attitré, tu n’as plus rien qui te retient ici, mais je te fais le serment que je trouverais un moyen pour que nous restions dans ce manoir si tu le désires.
Je redescends alors que Jezebel crie qu’il n’est pas Friedrich, cela je le sais et je me demande qui peut l’ignorer. J’arrive alors qu’un vieil homme parle de services et d’épine tirée du pied. Je reste dans l’escalier à attendre qu’il en dise plus, mais il semble se taire. Le fils du comte, lui, monte rapidement les escaliers sans me voir et je sais ce qu’il va faire. Il veut un rapport de Müll.
Lui, si je pouvais lui faire comprendre où sont ses intérêts. Enfin, il n’est pas complexe de le lui faire comprendre, il va me suffire de quelques mots glissés au détour d’une phrase. Mais ensuite sa réaction sera trop imprévisible pour que je puisse garantir le succès de mon opération.
Je me dirige d’un pas assez lent vers le salon où tous doivent encore attendre. Oui, ils sont tous là et je me glisse silencieusement dans la pièce à l’abri de leurs regards. Je ne suis qu’un majordome, un être qui ne se fait pas remarquer et qui n’a aucun mal à se fondre dans le décor si la situation l’exige.
J’entends Jezebel revenir et j’apprends que le testament à disparu, allons donc quelqu’un l’a lu et il a déplu. Cela pourrait signifier tant de choses que je ne peux me résoudre à lui tendre immédiatement la clé. Il faut que j’entende la suite, chose impossible si je me fais remarquer. Donc j’attends, statue de cire immobile.
Il révèle bien plus qu’il ne le souhaiterait certainement et je peux commencer à réfléchir. Tous sont suspects à ses yeux c’est un point acquis, mais lui n’en est pas moins suspect à leurs yeux. Cependant, moi, je ne vois pas quel intérêt il aurait eu à tuer son père, sauf si le testament …
Oui, cela pourrait s’expliquer. Il veut aller fouiller la maison du notaire pour vérifier que toute trace a été effacée après son acte. Mais dans ce cas, il n’a pas besoin de compagnie, surtout pas une compagnie qui semble autant lui déplaire. Et cet ancien croquemort, que veut-il donc ? C’est réellement trop étrange pour que je puisse intervenir pour le moment. Je dois attendre qu’il soit prêt à partir et là lui donner la clef.
Je me rends enfin compte que la patience est une vertu, aller dans la bibliothèque pour qui désire s’en servir, quelle idée intéressante. Mais surtout rester seul ici…
Je m’approche en silence de Jezebel et lui tend la clef sans un mot. Je me recule ensuite alors qu’il s’apprête à partir. Très bien, quittez donc ces lieux mon maître, mon temps sera occupé n’ayez crainte.
Je m’apprête à sortir quand une voix féminine me retient. Je me retourne et baisse les yeux, Emeline Von Morgenstern est face à moi.
- Domestique, conduisez-moi à la bibliothèque.
Domestique, je ne suis pas un domestique, je suis majordome mais c’est totalement différent. Je pourrais fort bien lui répondre mais je sens que d’autres regards sont sur nous. Elle est la première à avoir bougé depuis le départ des voyageurs, elle n’a même pas attendu qu’ils quittent le manoir, simplement qu’ils quittent la pièce. Et elle me demande directement la direction de la bibliothèque.
Je n’aime pas sa façon de parler. Je n’aime pas non plus ses manières et le voile de mystère qui semble planer à ses côtés. Mais je ne peux faire autrement que d’accepter sa requête.
- Je vous en prie Frau Von Morgenstern.
Je la précède dans les couloirs et nous marchons en silence. J’ouvre enfin la porte de la bibliothèque et j’entre à sa suite. Elle semble s’apprêter à dire quelque chose mais s’abstient au dernier moment. Elle laisse glisser une main sur les tranches des volumes et s’approche de plus en plus de la réserve.
Moi, je me décale de l’autre côté des rayonnages et commence à laisser filer mon esprit tout en me faisant de plus en plus discret. Le visage de ton double … Pas de testament …
Ces deux points sont semblent-ils des énigmes pour tous et je ne peux m’empêcher de me sentir concerné. Celui qui comprendra, n’aura-t-il pas un avantage ? Mais en même temps, celui qui comprendra ne deviendra-t-il pas une cible ?
Je me sens presque en sécurité pour le moment, je ne suis qu’un majordome et le meurtrier n’aurait aucun intérêt à me tuer puisque j’ignore tout. Mais si je sais… Ou s’il pense que je sais ? Alors je devrais me méfier.
L’énigme revient encore une fois dans mon esprit. Ton double ? Pourquoi parler de double alors qu’à ma connaissance Friedrich n’avait pas de frère jumeau. Cela aurait pu tout expliquer. Mais à ce moment-là, Jezebel aurait compris. Ou bien un autre de la famille, peut-être sa tante Gabriella ? J’aurais du la regarder plus attentivement quand la révélation a été faite. J’aurais maintenant des informations.
- Je n’ai plus besoin de vous merci !
Je me retourne rapidement vers Emeline, elle me regarde amusée. Le sourire qu’elle affiche me donne envie de lui montrer que je ne suis pas aussi facile à congédier. Je suis ici et j’ai toujours eu envie d’entrer, ce n’est pas elle qui me fera quitter ces lieux.
- Je crois que ce serait plus prudent que je reste encore un moment, un meurtre a été commis.
J’ai parlé d’un ton posé et détaché, le genre de ton qui fait frissonner les femmes faciles à effrayer, mais elle ne bouge même pas. Elle continue à sourire.
- Pourquoi pas après tout, tu vas pouvoir me dire ce que tu penses du Double.
La question et le tutoiement me prennent au dépourvu. Que lui répondre alors que moi-même je ne sais pas réellement ce que j’en pense. Je reste muet devant elle durant de trop longues secondes. Elle éclate de rire, un rire qui me glace, pas qu’il soit froid, mais il est la preuve de son caractère. Elle n’est pas impressionnée par le meurtre et elle a l’air d’être même dans un élément qu’elle apprécie.
- Frau, ne vous moquez pas, je ne suis qu’un majordome, je ne suis pas ici pour…
- Tais toi voyons, tu n’espères pas me tromper tout de même ?
Encore une fois elle est totalement imprévisible pour moi. Je ne peux m’empêcher de lever les yeux sur elle dans un réflexe stupide. Je la toise d’un regard que je veux noir.
- Ma foi tant pis, tu n’as pas l’air de vouloir me répondre. Je trouverais la réponse seule. Mais prend un livre et assied-toi, cela te permettra de me protéger. Par contre j’adore manger en lisant, ton petit lutin ne pourrait pas aller nous chercher de quoi me contenter ?
Elle rit encore et tourne sur elle-même avant de prendre d’une main experte un épais volume dont je ne vois pas le titre. Elle s’assied dans un fauteuil de cuir et ne prête plus aucune attention à moi.
Je me retourne pour voir que Loydyn est présent lui aussi, il me regarde et je lui fais signe d’obéir. Après tout, elle est invitée, autant répondre à ses demandes. Je prends un volume intitulé Cenodoxus. De voir cette pièce parlant du diable ne me paraît pas du tout étonnant ici. Et cela fait longtemps que je ne l’ai lue, après tout, je n’ai jamais eu l’occasion de jouer des tragédies… Et cela va me donner une contenance le temps que je réfléchisse à cette histoire de Double. J’espère simplement que personne ne nous dérangera. Oh, pas que je fuies le monde, mais ils pourraient me reprendre et me faire des remarques sur ma place. Ma place ? Si seulement …
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| Dim 17 Mai 2009 14:43 |
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Katje van Kraft
(alias Idril)
Âge : 35 ans
Liens : Epouse du Comte
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» Re: Acte III : Le Visage de ton Double
La nouvelle veuve s’est retirée dans ses appartements alors que le manoir grouille encore de vie. Cette pensée tire un sourire mitigé à Katje. C’est plutôt la mort qui rode, poussant les uns et les autres à l’excitation et à l’énervement. Ils sont tous plus nauséabonds les uns que les autres et la jeune veuve se demande comment elle va réussir à sortir indemne de cette famille et de ses secrets machiavéliques. Elle soupire légèrement et repose la brosse à cheveux sur sa coiffeuse. Délicatement et méthodiquement, elle place ses cheveux et les ramène en un chignon élégant mais sobre. Elle a retiré ses apparats et sa robe aux couleurs chatoyantes pour lui préférer une tenue sombre. Une robe de facture simple, mais de tissu riche. Un velours noir qui épouse parfaitement ses formes et la rend on ne peut plus désirable malgré le contexte. Une touche de parfum profond et mystérieux fut déposée dans son cou et une autre, derrière son oreille droite. Même dans son costume de veuve éplorée, elle suinte la suffisance et la luxure. On vint l’informer que les convives étaient attendus dans la salle à manger. Ordre de Jezebel. Un sourire amusé teinté de perfidie naît sur les lèvres de Katje. On dirait que son beau-fils prend les choses en main, cela risque d’être fort … divertissant. Lui qui est incapable de s’assumer à l’ordinaire, comment pourrait-il assumer le rôle du maître des lieux ? La veuve se lève et quitte ses appartements, qu’elle prend le soin de fermer à clé. Elle déambule dans les couloirs qu’elle connaît si bien afin de rejoindre le lieu du rendez-vous. Au détour d’une chambre, elle croise une silhouette peu familière. Et si peu avenante. Celle de Marion, la dame qui cache son visage en permanence. Katje fronce son petit nez. Cette femme là n’est guère pour lui plaire ; elle semble jouir des évènements morbides qui se trament, se délecter de l’ambiance malsaine qui s’est progressivement installée dans la demeure. Qui est-elle vraiment ? Elle interpelle la Comtesse d’une voix rauque, dans un allemand teinté d’un accent …exotique.
- Mes condoléances, Comtesse, murmure-t-elle presque ironiquement.
La jeune femme souffle un merci prudent. Cette femme est mauvaise, presque dangereuse. Elle semble fixer la comtesse comme si elle eut pu lire dans ses yeux tous les secrets qu’elle avait enfouis au fond de son âme.
- Il me semble que nous devrions rejoindre la salle à manger. Le nouveau comte doit nous y attendre… - Il n’est pas encore comte, rétorque Katje d’un ton qu’elle aurait voulu moins méprisant. Je veux dire… nous n’avons pas encore lu le testament et… mon… mari a peut-être fait des choix surprenants. - Pourriez-vous parler un peu moins vite ? Mon allemand est… assez mauvais.
Méfiante, la comtesse répète soigneusement ses mots. Ses yeux brillent d’un éclat particulier.
- Je suis navrée de vous importuner ainsi, susurre Marion sans cesser de sourire. La situation doit être des plus compliquées pour vous. Votre mari mort, le chagrin doit vous étrangler – je sais ce que c’est de perdre un être cher… Oh… oui. Et puis… Qui sait si vous n’allez pas devoir quitter cette demeure ?… - Plaît-il ?
Un rictus dédaigneux et courroucé vient abîmer les traits de la veuve. La dame noire n’y prête guère attention et continue son discours :
- Si le nouveau comte – quel qu’il soit – décide de vous chasser de cette demeure, vous n’aurez d’autre choix que d’obéir… heureusement tous les hommes de cette réception sont assez humains pour vous épargner cela, et quoi qu’il arrive, la demeure des Rosenrot vous sera toujours ouverte… - Je vous trouve bien audacieuse, Madame. - Je vous demande pardon ? Je n’ai pas compris le mot que vous avez employé…
Un sourire aux lèvres, Marion s’incline puis se détourne, prenant le chemin de la salle à manger où déjà les convives de cette sordide réception doivent attendre. Katje la regarde s’éloigner, un tic nerveux s’acharnant à faire trembloter sa lèvre. Cette étrangère semble en savoir bien plus qu’elle ne laisse l’entendre et sa langue fourchue débite des paroles qui ne plaisent guère à la comtesse. D’un geste de la main, elle tente de chasser la vieille folle de ses pensées et continue sa progression dans la demeure, pour finalement se retrouver dans la salle à manger. Beaucoup d’invités sont déjà là. Elle s’installe sur une chaise, non loin du Père Franz qu’elle salue d’un signe de tête discret. Marion arrive elle aussi et traque une nouvelle proie. Un frisson parcourt l’échine de Katje. Cette étrangère lui fait froid dans le dos. Elle essaye de l’oublier alors et s’apprête à engager la conversation avec l’homme d’église, mais Jezebel fait son entrée. La comtesse aurait aimé le railler mais son ton est sans équivoque, ce qui calme les ardeurs belliqueuses de sa chère belle-mère. Elle l’écoute attentivement et frémit presque quand il parle de meurtrier. Elle tourne la tête dans tous les sens comme pour essayer de démasquer le meurtrier parmi les convives. Ses ongles se plantent dans sa main, incapable de résister au flot d’émotions qui l’envahit. Katje d’habitude si narquoise et si forte, semble soudain en proie à de bien tristes sentiments. Cette affaire l’effraie, bien plus que d’autres. Elle est en réalité convaincue d’être sur la liste des prochaines victimes à déplorer. Avec un peu de logique, il était évident qu’elle devait apparaître sur le testament et le meurtrier n’hésiterait pas à la liquider pour avoir sa part de l’héritage. Mais Jezebel venait de préciser que le testament n’était pas entre ses mains. Introuvable. Cela pourrait signifier que … Une voix d’homme se fait entendre et tous les regards se braquent vers lui. Katje ne le reconnaît pas mais son voisin se lève brusquement. Le père Franz semble le désigner comme l’ancien croque-mort. Ce dernier déblatère des propos incohérents … mais qui semblent troubler Jezebel. Sa belle-mère le fixe d’un œil mauvais. Elle sent quand il s’agite et c’est précisément le cas. Le croque-mort sait des choses qui ne devraient pas être dites. L’effroi que Katje avait ressenti quelque temps avant se dissipe au profit d’une curiosité malsaine. Que pouvait donc cacher son imbécile de beau-fils ? Elle donnerait n’importe quoi pour connaître des vérités compromettantes sur lui. Un moyen de le faire chanter par la suite ou de se venger de ses fourberies passées … Hildegarde emmène le vieil homme lorsque Jezebel l’ordonne et la conversation s’oriente à nouveau sur le notaire et la pseudo enquête que veut mener le presque nouveau Comte. Ridicule. La comtesse, elle, préfère se focaliser sur ce qui vient de se passer. Ce croque-mort … que sait-il donc ? Elle n’écoute guère l’échange qui suit, absorbée par ses pensées … Elle relève uniquement la tête quand Jezebel annonce que Dorian, Gyllian, Siegfried et lui-même partent en ville pour élucider la mort du notaire. Bien, très bien … Quatre fouineurs en moins dans les pattes de la comtesse …
Les voyageurs sont finalement partis et Katje ne cesse de se planter les ongles dans la chair de ses mains, signe de son trouble. Rien n’est commun dans cette histoire. La comtesse se lève finalement, réajuste sa robe et prend congé de ceux qui l’entourent. Inutile de se laisser aller au doute et à la peur, elle n’est plus une jeune fille de quinze ans … C’est alors que l’image d’Ada, la jeune cousine de Jezebel, lui revient en tête. La pauvre enfant doit être bouleversée par tous ces évènements. Où peut-elle bien être ? La veuve met peu de temps à retrouver sa proie, qu’elle voit en compagnie du jeune peintre et de son acolyte, l’étudiant en droit. Katje réprime un rictus méprisant, tant ces deux individus ne lui inspirent guère de sentiments favorables. D’une voix doucereuse, elle s’immisce dans leur conversation :
- Ma chère enfant, je vous trouve enfin. - Ma tante, je suis désolée pour … Sa phrase tombe en suspend, alors qu’elle se lève pour balbutier quelques condoléances maladroites. Katje s’approche et l’entoure d’un bras protecteur. Maternel. - Ada, ne le soyez pas. Herr Van Kraft n’aurait sans doute pas aimé voir le minois de sa nièce bien-aimée déformé par la tristesse. Venez donc prendre une tisane en cuisine, cela vous fera le plus grand bien.
Sans se soucier des jeunes hommes qui s’occupaient d’Ada avant elle, Katje entraîne la jeune fille avec elle d’une manière qui se veut sans alternative. Arrivées dans la cuisine, la comtesse demande aux domestiques de préparer une tisane pour sa petite protégée … et un alcool fort pour elle-même. Les domestiques s’empressent de préparer le tout rapidement, tandis qu’Ada profite d’un moment d’inattention de Katje pour lui demander que sont ces marques sur ses paumes. Précipitamment, la veuve les cache derrière son dos.
- Ce n’est rien, juste quelques petites blessures. Allons, buvez votre tisane demoiselle. Elle sera froide autrement.
Alors qu’elle se détourne de la jeune fille savourant sa boisson, elle aperçoit l’homme qui a fait irruption un peu plus tôt dans le salon, avant le départ de Jezebel. Une grimace ne peut être retenue par la veuve. Cet homme … Cet ancien croque-mort selon le père Franz … Il la répugne autant qu’il l’intrigue. Elle jette un coup d’œil à Ada qui visiblement ne l’a pas vu. Elle l’interpelle et lui demande alors d’aller l’attendre dans le salon, en précisant qu’elle la rejoint dans quelques minutes. La jeune fille, polie, accepte et s’en retourne d’où elle vient, en précisant que si elle n’est pas dans le salon, elle sera certainement dans sa chambre pour changer sa tenue. La comtesse s’approche alors du croque mort qui ne daigne pas lever un regard vers elle, trop occupé à engloutir le plat que les domestiques lui ont préparé. Katje toussote pour signaler sa présence et le vieil homme lève finalement un regard inquisiteur vers elle. Un large sourire aussi hypocrite que le reste de son attitude, vient illuminer le visage de la veuve. Elle s’approche un peu et demande alors :
- Bonsoir Monsieur. Nous n’avons pas été présentés il me semble. Je suis Frau Van Kraft, l’épouse de Herr Friedrich.
Bien que l’idée la répugne au plus haut point, elle tend vers lui sa main afin qu’il la salue courtoisement. Elle espère ainsi lui montrer qu’elle le prend pour un gentleman. L’homme la regarde de haut en bas et énonce d’une voix grave et détachée :
- ... La femme de Friedrich ? Certainement pas. Amalberga est nettement plus noble que vous ne l'êtes, jeune demoiselle.
Katje le regarde d’un œil critique et essaye de lui faire comprendre qu’Amalberga n’est plus de ce monde. L’homme ne semble pas l’écouter et continue de bredouiller des inepties incohérentes. Il paraît clair qu’il est sénile et que la veuve ne pourra rien en tirer de plus. Cependant, elle décide de ne pas oublier le croque-mort … Quelqu’un d’autre réussira certainement à lui soutirer des informations et Katje ne voudrait en perdre une goutte pour rien au monde … Oh non, pas une goutte. En attendant, elle retourne au salon où la délicieuse Ada est déjà là, vêtue d’une robe noire qui lui donne l’air encore plus maussade. Quelle tristesse ! Une si belle fleur …
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Elle rit à la Mort et nargue la Débauche. Ces monstres dont la main, qui toujours gratte et fauche, Dans ses jeux destructeurs a pourtant respecté De ce corps ferme et droit la rude majesté.
~Baudelaire~
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| Mer 20 Mai 2009 19:05 |
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Dorian L. Hargreaves
(alias Blewark.)
Âge : 25 ans
Liens : Vague Cousin Activité : Rédacteur en Chef - Journal d'Esthétique Féminine
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» Re: Acte III : Le Visage de ton Double
L’ancien croque mort… Il a davantage l’air d’être lui-même sorti de la tombe, au vu de son état… sans compter sa santé mentale. Confondre Jezebel avec Friedrich, quel affront ! Ses sous entendus au sujet des services rendus sentent aussi mauvais qu’ils sont peu surprenants. Jezebel n’avait pas l’air de le connaitre, et c’est d’autant plus inquiétant de le voir arriver ce soir. Pourquoi ce soir et pas un autre ? C’est peut être lui l’assassin du notaire. J’avoue que la perspective de le laisser ici dans la maison avec les femmes ne m’enchante pas vraiment. J’espère que les Tsiganes sauront les protéger, je ne vois guère qu’eux pour tenir ce rôle. Pour le moment, je dois me concentrer sur le trajet vers la demeure du notaire. Jezebel et Siegfried sont déjà à cheval, sous le porche de l’écurie, Gyllian sort sa jument de sa stalle en lui murmurant des paroles que je n’entends pas. Nebel semble un peu agité, sans doute à cause de l’angoisse de Jezebel, mais les montures de Gyllian et Siegfried se contentent de dresser les oreilles d’un air attentif. Le jeune hongre que m’a préparé Owen, en revanche, a l’air tout, sauf rassuré. Il piaffe nerveusement, les naseaux dilatés et l’œil crispé. C’est dans ces moments là que je béni le fait d’être bon cavalier. J’ai tout intérêt à ne pas chuter pendant la chevauchée, quelles que soient les réactions de ma monture. « Hargreaves ! Dépêchez vous ! Nous ne vous attendrons pas longtemps. » C’est la voix de Jezebel, un peu couverte par le bruit des sabots de Nebel qui s’impatiente. Je m’apprête à lui répondre, quand Owen serre ses doigts autour de mon bras et approche ses lèvres de mon oreille. « D’après Mülleimer, la police à trouvé la tête du notaire posée sur son bureau, comme un trophée, mais elle n’y était plus. Ils ont du l’emmener. Je n’ai rien pu lui arracher d’autre que ce qu’on sait déjà, mais je doute qu’il en sache plus. » Je tourne les yeux vers lui. L’éclairage de l’écurie est trop faible pour me laisser voir tous les traits de son visage, mais il a l’air inquiet. Il n’a pas lâché mon bras, il resserre même un peu son étreinte, alors qu’il me tend les reines du cheval qui souffle furieusement dans ses naseaux. « Dorian, soyez prudent. Ne galopez pas sous les arbres, je préfère vous savoir mouillé que mort. » Comme pour appuyer ses mots, un éclair violent déchire le ciel, suivi de quelques secondes par un coup de tonnerre assourdissant. « Hargreaves ! » Cette fois, Jezebel a presque hurlé mon nom, dissimulant sa crainte sous une colère impatiente. J’entends Siegfried dire quelque chose sans parvenir à saisir exactement ses mots, gêné par le bruit de la pluie, du vent et des chevaux. Owen lâche mon bras, et recule d’un pas pour me laisser partir. Son regard grave s’attarde sur moi. Je lui adresse un sourire. Owen… mon cher Owen… Mes doigts effleurent sa joue, furtivement. Je frémis un peu sous l’inquiétude que je lis dans ses prunelles noires. D’un bond, pourtant, je me hisse à cheval. La bête se dresse un peu sur ses postérieurs, à plusieurs reprise, sans aller jusqu’à se cabrer. Je la retiens quelques secondes, le temps de baisser les yeux vers Owen. « Gardez ce croque mort à l’œil. Armez vous, ne baissez jamais votre garde. » Il acquiesce en silence. Mon cheval lâche un grognement furieux, et Nebel de hennir en même temps qu’un dernier appel de son cavalier au bord de perdre patience. « Protégez-vous, Owen… » A peine ai-je lâché ces mots, que ma monture fait fi de mes ordres et se précipite hors des écuries. J’ai juste le temps de lui lancer une dernière phrase, comptant sur le bruit pour la dissimuler aux autres. « Protégez Kail ! » Au dehors, je reçois un drôle de regard, de la part de Jezebel, qui se veut furieux, sans doute. Je ne dis rien, et me contente de le soutenir. Je suis là, Jezebel… Gyllian lâche un rire moqueur, et je surprends une grimace sur le visage de Siegfried. « Pouvons-nous partir, MyLord ? Êtes-vous sûr d’être fin prêt ? » Sa raillerie me parvient à travers le bruit de la pluie. Jezebel lève les yeux au ciel et engage son bassin pour faire avancer sa monture. Nebel ne se fait pas prier, il bondi dans une foulée de galop frustrée, bien vite reprise et transformée en un trot allongé, énergique. Gyllian le suit de près et je me lance derrière eux alors que Siegfried et son étalon me talonnent. Bientôt, il monte à mon niveau et profite d’un éclair pour me regarder, avec ce sourire étrangement bestial qui m’a fait frémir. Je ne réagis pas, et je le vois rire, sans l’entendre. Les pieds des chevaux éclaboussent nos vêtements, parfois nos visages. Nous sommes déjà trempés. La tête du notaire… Un dernier regard vers le manoir. Il a disparu dans la pénombre. Quelque chose m’angoisse. Il y a trop d’informations manquantes. Je n’ai pas la moindre idée de comment cette nuit va se terminer… Restez sur vos gardes, Owen… Ne l’oubliez pas… vous êtes chez les van Kraft.
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| Ven 29 Mai 2009 15:40 |
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Lorelei Vogelgesang
(alias Shinzô)
Âge : 24 ans
Liens : Ex-servante d'Amalberga résidant au château
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» Re: Acte III : Le Visage de ton Double
Tout ceci n’est qu’une perte de temps. Ils veulent s’amuser à enquêter, mais ils ne découvriront rien – une certaine conviction, disons, personnelle m’en anime. Toute cette agitation m’arrache malgré moi de nombreux mais discrets sourires. Le visage de ton Double… Je connais le Croque-mort, je sais l’avoir déjà croisé auparavant. Cet homme est un horrible cauchemar, toujours suivi par l’esprit de certains cadavres qu’il a enterré. A croire que certains morts s’attachent à leur dernière demeure, au point de vouloir suivre celui qui les y a mis en terre. Étonnamment, ce soir, il n’a personne à ses côtés. Son odeur est toujours la même, son aura n’a pas changé. Il est reconnaissable entre tous. Le visage de ton Double… J’accorde peut-être un intérêt trop important aux paroles de ce vieux fou. Fréquenter des cadavres l’a conduit au délire, à la conversation solitaire. Ou à ce qui pourrait paraître comme des paroles adressées au vide, alors que quelqu’un de réel mais d’invisible pour les autres, se tient près de lui.
Un souvenir se forme dans mon esprit… J’ai fait plus que croiser cet homme. J’ai déjà eu l’honneur d’une entrevue rapide avec lui. J’étais dans la troisième année de mon service à Dame Amalberga, quand tard dans la nuit, il était venu au manoir. Il avait été convoqué, ce me semble, par le désormais défunt Comte Friedrich van Kraft… probablement une dépouille dont il fallait vite se débarrasser et qui gênait, je n’en ai jamais rien su. Tout ça pour dire qu’alors qu’il repartait, chargé d’un étrange paquet longiforme, j’étais là, dehors, sur sa route. Il y avait quelqu’un avec lui, qu’il ne voyait pas, comme tant d’autres ne les voient pas. Il faisait un temps froid et sec, et une fumée s’échappait des minces lèvres du Croque-mort, étirées en un rictus. Il chargea son cheval de son paquet, et se mit en selle. Je le regardais faire, étonnée de le voir agir sans même chercher à se cacher. Et puis, alors que je croyais qu’il allait partir, il s'était tourné vers moi, un sourire presque moqueur accroché à sa bouche tordue.
« Il ne te fait pas peur ? »
Surprise, je ne su quoi lui répondre, et ne put que lui dire, peu assurée :
- … je ne suis pas sûre de savoir de qui, exactement, vous parlez. »
Il hocha alors la tête en direction de l’homme qui l’accompagnait. J’ouvris de grands yeux, stupéfaite, ce qui le fit partir en un éclat de rire. Un rire bref et spontané, qui n’avait rien de chaleureux, pourtant. Il reprit :
« Mes yeux ne les voient pas comme les tiens, jeune fille. Mais je sais quand une pauvre âme s’accroche à moi. J’ai comme l’impression d’avoir une couleuvre qui glisse dans mon dos, et elle me fait frissonner si fortement que je ne peux m’empêcher de la chercher des yeux. »
Un silence de quelques instants, alors qu’une nausée montait à ma gorge. Je ne me reconnaissais que trop bien dans ses paroles. Cette sensation de contact froid sur la peau, qui glisse et s’insinue en vous, vous possédant complètement… Une impression de Mort qui se colle à vous…
« As-tu peur d’eux, gamine ? »
Il ne me fallut pas longtemps avant de répondre dans un murmure étranglé :
« … oui. - Tu ne devrais pas, ce sont des êtres charmants. Bien moins encombrants que les vivants, et il est rare qu’ils cherchent à te blesser. - Moi, ils me blessent. Ils ne font que ça.»
Il grogna.
« C’est ta peur qui les excite. Moi je ne les vois pas, et quand bien même je les verrai, ils ne me dérangeraient pas. »
Il avait ri. Une nouvelle fois. Ma terreur devait se lire sur mon visage, alors que lui avait conversé presque joyeusement. Mes yeux évitaient de se tourner vers le Mort qui suivait celui qui l’avait mis en terre. Ou qui s’apprêtait peut-être à le faire. Je ne sais pas. Toujours est-il qu’après cette brève discussion, le vieux fou enfonça ses talons dans les flancs de son cheval, et partit. Un courant d’air glacé m’indiqua que l’Autre l’avait suivi, et que je pouvais relever la tête sans plus craindre de croiser son regard vitreux…
Les fois suivantes où le fossoyeur avait pu venir au manoir, je n’ai fait que le croiser, et encore, je n’en ai aucun souvenir précis. Je ne l’ai peut-être plus jamais revu… sauf à l’enterrement de cette chère Amalberga van Kraft. Oui, ça je m’en souviens. Le visage de ton Double… Le fils ressemble bien assez à son géniteur pour qu’ils soient confondus… mais pas à ce point. Après tant d’années de manipulation, à force de carcans, il est peut-être devenu réellement le Double du Comte. Il lui ressemble peut-être plus qu’il ne le croit… ou qu’il ne veuille bien le voir. Complexe chose que l’esprit de cet homme. … Qui sait si l’âme du Comte n’est-elle pas venue se loger dans le corps de son fils, tel le parasite qu’il a toujours été ? Ils ne feraient plus qu’un sans le savoir, désormais… Je ne croirai au trépas du Comte qu’après avoir vu son fantôme. Le croque-mort peut bien nommer le monde à sa guise… il sait des choses, il a ses raisons. Et la folie est encore la plus raisonnable d’entre elles !
Les quatre drôles ont quitté le manoir. Il était amusant de voir Hargreaves partir sans son cher valet. …Pauvre laquais laissé sans surveillance, alors que l’ennui commence à me saisir. Je sais que si je reste ici, Alecto va peut-être vouloir en profiter pour me parler de je ne sais quoi, et je ne veux pas avoir à souffrir sa présence plus longtemps. Je vais essayer de me changer les idées, à ma manière… Je quitte le groupe des tsiganes, et leur insupportable présence. Au moins est-ce un déplaisir réciproque. Je ne regarde pas Cassandre, pour une fois. De toute façon, il sait où je vais, il lui suffirait de se concentrer un peu pour comprendre. Et si sa sœur tient tant que ça à s’entretenir avec moi, il saura me retrouver pour elle. Je ne dirige mes pensées que vers une seule personne.
Owen… pauvre Owen laissé dans cette demeure de fous. Il faut bien que quelqu’un prenne soin de lui, puisqu’il n’a plus ce cher Lord pour le faire. Les autres vont être occupés ailleurs, à s’entretenir avec le croque-mort, et je sais que je ne découvrirai rien à le faire aussi ; et pour ce qui est du testament… à vrai dire, je crois bien que rien de tout ça ne m’intéresse sérieusement. Je déambule un moment dans les couloirs, et finit par trouver Owen, par hasard, trempé jusqu’aux os. Quel coup de chance de tomber sur lui aussi vite… Il me salue, un sourire poli aux lèvres ; à peine pose-t-il le pied sur les marches devant lui que je le tire par le bras. Hargreaves est parti, je n’ai donc plus personne avec qui m’amuser. Le meurtre a glacé les âmes de tout le beau monde qui est ici, et j’ai la désagréable impression d’être bloquée. La gorge de cet homme, j’aimerais la lui arracher… mais je ne peux pas. Non seulement un meurtre en plus m’empêcherait de me défendre de celui du Comte avec crédibilité, mais tuer Owen serait aussi m’assurer une punition bien cruelle venant de Herr Jezebel. Je crains même que je ne pourrais échapper à la fusillade, cette fois… Peu importe, j’ai trouvé ce que je cherchais. Ne laissons pas des pensées aussi désagréables nous déranger.
« Pardonnez-moi Owen… je vous cherchais. »
Parle-t-il seulement allemand ? Je ne sais pas, mais il doit bien sentir que je ne suis pas là pour son bien. Surtout avec mon poignet qui se serre un peu plus autour du sien, et plus fort encore quand il tente de s’en défaire. Je continue de parler. Il a bien le droit de savoir la raison de ce qu’il va subir, sous peu.
« … j’aimerais savoir ce qui lie autant Hargreaves à vous. Et pour le savoir, je vais devoir expérimenter certaines choses sur vous qui vous seront, certes, désagréable, mais me seront très utiles. Essayez de vous consoler de ce qui va suivre avec cette pensée, je vous prie ! »
Ne pas lui faire trop de mal. Enfoncer mes ongles dans sa chair, ce n’est rien. Entailler sa peau, alors qu’il étouffe un gémissement, ça ne vaut pas grand-chose. Récupérer son sang dans ma paume, et l’amener à mes lèvres… le goûter… cette douce saveur est toujours aussi enivrante après tant de temps… J’ai libéré son poignet… c’est amusant, je ne m’en suis même pas rendue compte… Il ne part pas ? Ah, non, il ne part pas. Il fait mieux que ça : il parle.
« Vous êtes folle. Ne croyez-vous pas que nous avons mieux à faire que nous attarder à combler votre curiosité à je ne sais quel sujet ? Ne soyez pas ridicule Lorelei, vos jeux n'ont pas lieu d'être ce soir ! »
Oh, alors, il parle allemand ! C’est pour le moins… inattendu. Je lui réponds que je ne suis pas folle… pardon, mais je ne crois pas l’être. Je ris. Je ne sais plus ce que je lui dis ensuite, mais je sais que je me jette sur lui, et qu’alors que je lui réponds, j’enfonce déjà une lame dans son bras. Doucement, entre l’épaule et le coude, en épargnant les os… Mon avant-bras coincé entre ses dents, se pressant si fort entre ses lèvres, l’empêche à la fois de crier, et de mordre. Ses vêtements sont humides, il sent la pluie. La sueur. Et le sang, maintenant. Lui déchirer un peu plus la chair, mais ne pas en faire trop, non. Je ne veux pas finir fusillée. Un coup dans l’estomac pour qu’il tombe au sol, ce pitoyable insecte. Et monter sur son dos. Lui tordre le bras. S’y acharner. Laisser assez de marques pour que Hargreaves remarque clairement que son cher valet a souffert par sa faute. Parce qu’il l’a laissé ici, qu’il l’a amené entre ces murs. Mais je tressaille alors qu’une pensée me parvient en un éclair : Si Owen crie, des serviteurs vont venir, et je serai attrapée avant d’avoir fini. J’empoigne ses cheveux, et cogne son crâne au sol. Une fois. Qu’il se taise, surtout. Une deuxième fois. Il faut l’assommer. Ne pas lui briser ce crâne, même si j’en ai envie, même si les carrelages ont toujours été plus faciles à nettoyer que les tapis. Oh, c’est contrariant… il ne bouge plus. Je le retourne sur le dos. Son front est tâché de sang… J’ai dû frapper trop fort. Plus fort que je ne le pensais, en tout cas. Mais le crâne n’est pas brisé, non. Je n’ai pas entendu le bruit des os écrasés. Il faut que je m’arrête là… mais c’est si rare de pouvoir s’amuser comme ça. Cela faisait un temps fou que je n’avais plus eu l’occasion de jouer à ce point. Je dépose un baiser sur les lèvres de ce serviteur… merci pour t’être laissé faire. D’avoir opposé si peu de résistance. M’empêcher de la lui arracher, cette lèvre, si douce. La fendre seulement en deux pour goûter encore un peu à ces plaisirs défendus. Interdits… pourquoi d’ailleurs ? Il n’y a rien de mal à tout ça, pourtant…
Quelqu’un. Il y a quelqu’un près de nous. Je tourne la tête, prise d’un spasme de peur à l’idée que ce soit un des hôtes. Je serai bien en peine d’expliquer… ça. Soulagement. Alors ce n’est que toi, Cassandre. Encore toi. Pourquoi me retrouves-tu toujours ? Tu t’avances calmement vers moi, alors que je fixe à nouveau mon attention sur Owen. J’ai hâte de voir le visage de ce Lord quand il le retrouvera ! Des doigts fermes sur ma nuque. Je suis relevée, et projetée contre un mur. Une douleur passagère me traverse le dos, due au choc… Mon souffle reste tout de même bloqué dans ma gorge un moment, et je te regarde t’arracher la chemise, que tu changes en bandage et garrot. Tu ne plairas pas à la société dans cette tenue, tu sais.
…
Tu aurais dû me faire plus de mal. Ça t’aurait évité de te retrouver la gorge maintenue et serrée entre mes doigts, plaqué contre un mur. Qu’est-ce qui t’a pris de venir m’interrompre ? Souhaiterais-tu prendre sa place ? Ce qui se passait ici ne te regardait pas. Pour une fois, j’aurais aimé que tu ne sois pas au courant… Je te parle, et tu ne réponds pas. Tu es lassant. Terriblement lassant… au point de réussir à me faire perdre mon envie de m’amuser. Je te gifle, mais ce n’est que pour te faire payer ma frustration. Je te lèche le cou, mais c’est pour que tu comprennes que je ne t’en veux pas. Je ne peux pas t’en vouloir. Je m’arrache de toi, et revient vers Owen… pauvre Owen, que je suis forcée d’abandonner… Oh, de toute façon, aller plus loin aurait fini par tuer l’un de nous deux. Ou nous tuer tous les deux. Et je ne peux pas mourir pour ce genre de plaisirs futiles, non, ce serait bien trop simple.
Cassandre. Par moment, je te déteste sincèrement. Mais ça t’est égal, autant que le reste du monde. Autant que moi. Et je déteste cette oppression dans ma poitrine, qui m’étouffe et me fait me sentir si faible, quand je pense à ton indifférence. Je m’enfonce dans les couloirs… Tu vas finir par me rendre folle. … Je ris. Non, c’est impossible… Owen a dit que je l’étais déjà.
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| Ven 29 Mai 2009 20:17 |
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Cassandre Nyx
(alias Blewark.)
Âge : 22 ans
Liens : Tsigane - Frère Jumeau d'Alecto Activité : Prestidigitateur
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» Re: Acte III : Le Visage de ton Double
Alecto est préoccupée. Je vois le souci sur son front, troublé par des souvenirs qui n’auraient pas dû avoir leur place ici. Mais ma sœur est de ceux qui ne chassent pas leur vie. Jamais elle n’oubliera ces images. Jamais elle n’oubliera ces sensations, ces visages, ces noms qui la hantent. Ils ont leur place partout où elle a la sienne. Et Alecto est à sa place où qu’elle soit. Je l’ai vu serrer les dents lorsqu’elle nous a rejoints près des chambres. Son nez se plisse toujours de dédain lorsque ses yeux se posent sur Lorelei. Elles ne se sont jamais aimées. J’ignore pourquoi. A dire vrai, personne n’aime Lorelei. Ceux qui ne la haïssent pas la craignent trop fort pour oser. Lorelei elle-même ne s’est jamais permise d’aimer qui que ce soit. Sauf peut être Elle. Et il y a cet homme roux, à qui elle parle, qui à l’air de la voir autrement. Il y a de la crainte en lui, mais d’une autre nature. Sans doute ses objectifs ne lui permettent-ils pas d’accorder trop d’importance aux autres. Et sans doute a-t-il tort de ne pas le faire.
Les gens de cette assemblée sont étranges. Chacun à sa manière sort de l’ordinaire. Et personne ne sait rien à propos de l’autre. Même parmi ceux qui croient se connaitre. Les vraies questions qu’ils se posent sont toujours tues. Gyllian est la seule que personne ne peut se vanter de connaitre depuis longtemps. Je suis peut être celui qui la connait le mieux ici. Je savais qu’elle serait là, mais sa présence est gênante. J’ignore si elle connaissait mon existence là bas. Sa Colère pourrait compromettre mes mouvements. Nos mouvements. Je la vois se lever et sortir de la pièce. Elle a l’air tourmentée. Son visage est bien différent de celui qu’elle avait. Elle a gardé toutes ces traces, et s’y accroche comme elle s’accroche à ses précieux Flacons. Ses images ont toujours été tellement floues. Quelque chose en elle la rend plus dangereuse encore que le sang qui coule dans ses veines. Existe-t-il quelqu’un ici dont la Haine serait plus Pure que la sienne ?
L’homme. Son rire. Et l’argent dans ses mains. Les Corps. Les Corps. La nuit humide. L’odeur infecte des cadavres. Il a les doigts couverts de chaux. L’homme.
Je tourne les yeux vers Alecto. Elle fronce les sourcils, et s’attarde un moment sur moi avant de reporter son attention sur Jezebel, qui vient d’entrer. Le majordome a trouvé ma mallette. Il a trouvé les fioles de Gyllian, et celle de cette femme... Les Couteaux. L‘aiguille. Peut être… Mon regard se dirige seul vers la sœur du compte défunt, sans que je comprenne vraiment pourquoi. Sa Puissance n’est peut être pas aussi latente que j’aurais cru. Je me dois d’être plus attentif.
Ce n’était pas… Non. Seulement en apparence. La Nausée. C’était pour cette raison. Et la tête. La tête. Non. Pas une bête. Pas juste une bête. Les Papiers dans le Sang. Les Lettres. Il n’y a rien.
« Herr Friedrich, je tenais à vous remercier de votre hospitalité. »
Un Tableau. Et les restes. L’odeur. Pas de chaux. Pas le temps. La Terre. La Boue. Ne glisse pas.
« Tu n’oublie pas ce que tu me dois, Friedrich ? »
Ce Silence. Les corps. Son rire. Ton or. Ton argent. Dans ses mains terreuses. Il fait trop noir. La terre s’effondre sous la pluie. Les corps ne sont plus là.
« J’imagine que tu t’en souviens… »
Le visage seulement. Pas le masque. Le visage. Le double. Le double, c’était… La chaux. La pelle. Tu les vois ? Il ne cache pas. Il est là. Il reste. Pour l’or. Les services. Tu les vois ? Son double. Le Visage du Double. Caché. Ne regarde pas. Il est mort. Friedrich est mort. Jette-la, maintenant.
Non. Trop de Sang. Les Souvenirs. L’Orage. Peur ! La Bête… La Bête. Dévoré. Il n’y a rien. L’eau. Son tableau. Trop épais. Le Tableau. Gyllian… Courage. Ses yeux. Ses pupilles. La Bête ! Ils sont là.
Le Tableau. Sa Haine. Non ! Attend ! Pas elle… Pas encore. Il le voulait. Il l’a voulu. Ce mort. Pas sa faute. Les Larmes. Il sait. Les secrets. Si peu. Tout ce Sang. Tout ce Sang mort. L’affreux sourire. Il hurle ! Ce n’est pas un visage…
« Mein Herr, de combien de personne avez-vous besoin pour fouiller un office ? »
…
La main d’Alecto s’est refermée autour de mon poignet. Elle a discrètement planté ses ongles dans ma peau, pour me faire revenir. Je me dégage simplement d’elle, et elle me lance un bref regard, pour vérifier que mes pupilles n’ont plus cette voilure significative.
J’ai pourtant assisté à la scène sans manquer un seul détail. Le retour de Gyllian dans la pièce. L’arrivée du vieux croque mort. Les réactions de chacun. L’homme roux et son empressement. L’instinct protecteur de l’étrange peintre… L’étrange peintre…
« Cassandre. »
Alecto ne me regarde pas. Elle murmure simplement mon nom pour attirer mon attention. J’agis de la même façon, tendant simplement l’oreille à ses mots.
« La lettre… »
Elle se tait. Je sais. La Lettre. Jezebel nous demande de trouver l’assassin. Il s’est déjà dérobé de cette tâche en choisissant de se rendre chez le notaire. Pour le testament. Est-ce une question de titre ? D’argent ? C’est pour ces raisons que cela sent si mauvais chez les nobles.
« Si tu as des informations, tu dois me les donner. Même si tu penses ne pas être fiable. Cassandre, pour l’instant c’est tout ce que nous avons. »
Silence.
« Ils se cachent. »
Silence.
Tu le sais, Alecto, compter sur ma Faiblesse est trop dangereux. C’est tout ce que je peux dire. Méfie-toi d’eux. Ils se cachent. La seule longueur d'avance que j’ai sur eux, c’est leurs images. Que puis-je faire de plus sinon continuer à observer ? Sois patiente. Rien ne paye plus que ça.
Elle acquiesce, et s’éloigne un peu de moi pour retourner auprès de Nausicaa et Demetri. Jezebel et son escorte enfilent déjà leurs tenues pour affronter l’orage. Ceux qui sont restés dans la pièce évitent de se regarder. Certains même n’ouvrent pas la bouche… Comme ce peintre, le regard fixé sur un point et les sourcils froncés… il réfléchit. C’est le lion. Le feu à l’intérieur. Il y a quelque chose d’évident en lui que je ne saisis pas.
Et Cette Femme. Cette femme dont il faut se méfier. Dans la bibliothèque… le majordome est resté avec elle. Je voudrais pouvoir la tenir à l’œil. Si seulement je n’étais pas si Faible. Il avait dit que je pouvais réussir sans les drogues… Elle aussi m’en croyait capable. Mais je ne peux pas. Je n’y arrive pas. Je ne sais pas le contrôler. Je ne sais ni la faire parler ni la faire taire. Ma Faiblesse.
Ma douce Alecto est revenue vers moi. Elle répugne à dire ce qu’elle va dire mais elle sait qu’elle ne peut pas faire autrement. Je dois retrouver Lorelei. Jezebel a dit qu’elle nous aiderait. Mais j’ignore moi-même si elle acceptera.
« Cassandre, tu… »
Je l’arrête d’un hochement de tête. Elle soupire, comme soulagée de ne pas avoir à prononcer le nom de Lorelei. Dans ma poche gauche, elle glisse le billet de Jezebel, consciente qu’il sera plus convaincant que des mots. Je lui adresse un regard, pour la rassurer, et tourne les talons.
Le manoir est grand. Au vu de son comportement, Lorelei n’est sans doute pas retournée dans sa chambre. Elle cherche une occupation. Quelque chose la préoccupe. Une obsession pour cet homme roux. Je ne sais pas. Je ne sais pas ce qu’elle cherche.
Sorti du salon, je glisse une main dans la poche droite de mon pantalon. La fiole que j’y ai mise est toujours là. Il ne m’en faut qu’un peu. Juste un peu. Le couloir est vide. Je le sais avec certitude. Mais j’ai besoin d’aller au-delà de ce couloir. Savoir où se trouve la pièce où le majordome a enfermé les objets confisqués. Savoir ce que fait Lorelei. Où elle est. Ce qu’elle va choisir de faire. Juste un peu…
La fiole débouchonnée ne dégage aucune odeur. Je la monte rapidement vers mon nez, et, une narine pincée par mon pouce, j’inhale la vapeur de la substance qu’elle contient. Vite. Reboucher la fiole. La remettre dans ma poche. Vite. Là. Les cavaliers dehors. Partis. La boue. La pluie. L’Orage. La maison. Attention. Pas de porte. Sois prudent. Reste sur tes gardes. Les van Kraft… La demeure des van Kraft. Reste sur tes gardes. Non ! Ce n’est pas ça. Je dois… Lorelei. Le valet trempé. Douleur ! Le mur. Le mur. Du Sang frais. Le Sang du valet. Le Sang. Aaah ! Douleur. Les cris étouffés. Sa peau. Le goût de la cruauté. Ici… par ici. Lorelei ! C’est l’obsession. Savoir pourquoi cet homme est ainsi. Pourquoi il reste en vie. Arrête ! Arrête ça ! Son crâne. Elle va le briser. Elle ne sait pas. Sa soif de douceur cruelle. Je la vois… Je la vois. J’entends ses mots. Le bras coincé entre les dents du jeune homme. Qu’il ne crie pas ! Elle doit rester discrète. Si dangereux. Si risqué. Lorelei, tu ne sais pas ce qui t’attend. Arrête ça… Je t’ai trouvé. Je t’ai trouvé. Tu embrasse ses lèvres… Non, tu les mords. Tu veux les déchirer.
Laisse-le…
Laisse le, Lorelei. Tu vas le tuer.
Elle n’arrêtera pas. Je le sais. Elle ne saura pas s’arrêter. Mais si j’agis, je ne pourrais plus rien prévoir. Son visage est maculé de sang. Ses mains en sont couvertes, et ses vêtements s’en imbibent à vue d’œil au fur et à mesure que la blessure vomit le flot purpurin. L’homme est inconscient. Il a le front ouvert, l’arcade sanguinolente et le bras gauche transpercé. Lorelei a volontairement évité les os, mais les coups qu’il a reçus au crâne peuvent avoir provoqué une hémorragie interne. Il a besoin de soin. Tout de suite.
Lorelei a à peine tourné la tête vers moi, avant de reporter son attention sur sa victime. Elle lui fend la lèvre inférieure en deux, rituel insensé. Ses doigts essuient le sang qui teinte la peau du jeune homme. Je m’approche, rapidement, juste assez pour qu’elle n’ait pas le temps de riposter quand je saisis sa nuque et la presse entre mes doigts pour l’immobiliser. Elle se crispe, et serre les dents en se sentant projetée contre le mur. J’ai suffisamment dosé ma force pour qu’elle ne subisse pas une douleur durable, mais son souffle coupé me laissera une minute de répit pour agir.
Agenouillé dans la flaque de sang, je retire mon veston et ma chemise, avant de la déchirer pour en faire un garrot que je serre autour du bras blessé. L’homme est toujours inconscient. Ses yeux sont mi clos et crachent des larmes de douleur. Réaction normale. Elle a cogné très fort.
Je sens soudain ses doigts furieux m’empoigner les cheveux. Même si je n’ai pas pu le prévoir, sa réaction ne m’étonne pas, et je parviens sans peine à anticiper le coup pour l’encaisser, lorsqu’elle me plaque violement contre le mur dégoulinant de sang. La douleur dans mon dos n’en est pas moins forte, mais elle ne m’arrache aucune grimace. Lorelei fulmine. Ses doigts enserrent ma gorge.
« Qu’est-ce qui te prends ? Tu veux prendre sa place ? »
D’un coup d’œil, je vérifie que l’homme n’a pas été bousculé par l’intervention de Lorelei, avant de plonger dans le regard de la jeune femme. Je ne réponds rien. C’est inutile. Elle relâche ma gorge et soutient longuement mon regard. Son visage blanc tâché de sang n’a pas perdu de sa beauté. Elle est toujours resplendissante.
Même lorsque sa main s’abat violement sur ma joue pour me punir.
« Tu as tout gâché. »
Si belle… Sa langue glisse lentement dans mon cou. Aucune rancœur. Peut être un soupçon d’amertume… Elle s’écarte de moi pour retourner vers sa victime. Mais elle ne lui fera rien. C’est terminé. Accroupie près de lui, elle joue nonchalamment avec ses cheveux empoissés par le sang.
« Eh bien Monsieur, il me semble que notre entretien s’écourte tristement. »
J’observe ses gestes, ses ongles qui glissent vers la poitrine du jeune homme et s’enfoncent dans sa peau, à l’endroit exact où se trouve le cœur…
« Quel dommage… »
Son murmure à quelque chose de las. Elle se redresse et se tourne une dernière fois vers moi, avec ce regard que je ne lui ai vu que rarement. Un regard triste. Un soupir s’échappe de ses lèvres.
« Tu es vraiment détestable, quand tu fais ça. »
Et elle disparait dans l’escalier de service. Elle remonte à sa chambre, pour changer ses vêtements ensanglantés…
Lorelei… J’étais venu te chercher.
…
Gémissement rauque. Le jeune homme reprend à demi conscience. Sa mâchoire est serrée et ses doigts se crispent. Je retourne près de lui et m’empresse de le soulever, en prenant soin de ne pas bousculer sa tête. Il est plus grand que moi, et sa corpulence n’a rien de frêle. Comment compté-je parvenir à le hisser jusqu’au deuxième étage ? Sans risquer de le blesser, c’est impossible. L’aide de Démétrius serait la bienvenue… mais comment expliquer ça ?
Un autre gémissement. Cette fois, l’homme ouvre les paupières. Il fronce les sourcils et crispe son visage. Ses mains se recroquevillent et s’accrochent à mes cheveux. J’essaye de me libérer, pour ne pas être gêné dans mes mouvements, mais, pris dans l’une de mes tresses, il y reste accroché. J’enserre son poignet pour en couper le sang et forcer ses doigts à céder. Son bras retombe lamentablement dans le vide. Le plus en douceur possible, je l’appuie contre le mur pour le pousser à se tenir debout. Il essaye de dire quelque chose. Il est perdu… Dorian. Dorian…
Je secoue la tête pour chasser ses souvenirs qui me déconcentrent, et passe son bras valide autour de mes épaules. Il lutte pour tenir debout, visiblement nauséeux et choqué, mais je parviens à le faire grimper jusqu’au premier étage, sans trop de difficulté.
Avant d’entamer la deuxième partie de l’escalier, je lui accorde une pause. Il porte sa main à son front encore couvert de sang. L’arcade sourcilière n’a pas cessé de saigner, mais la blessure est bénigne. Il lève des yeux fatigués vers moi, sans chercher à parler. Il n’est pas stupide, au contraire, au vu de ce que je devine en lui. Pourtant Lorelei n’a eu aucune difficulté à le piéger. Il a cherché à lutter, mais il n’a pas voulu la frapper. Il n’a pas voulu faire preuve de violence envers elle… C’est idiot.
L’effort est plus dur pour monter jusqu’au second étage. Je parviens avec peine à le faire marcher jusqu’à ma chambre, attentif à la moindre présence. Si quelqu’un nous surprend, même un domestique, je devrais répondre de l’état de cet homme. Ce n’est une bonne chose ni pour Lorelei, ni pour nous, les tsiganes, que tous soupçonnent déjà. Mais avec les gouttes de sang que nous avons versé sur notre passage, l’état de ce jeune homme ne restera pas secret très longtemps. Les traces pourpres, discrètes mais visibles, mènent droit jusqu‘ici. Quelqu’un va bientôt les trouver… C’est une chance que ce soit elle.
La porte enfin refermée derrière nous, je le fais glisser sur ma couchette. Les draps blancs s’imbibent de sang, le garrot a débordé… Ma mallette. L’onguent nécessaire à sa cicatrisation est à l’intérieur, et le matériel pour faire un bandage correct. Je ne peux pas compter sur sa venue. J’ai besoin de cette mallette.
Rapidement, je dénoue le garrot et déchire l’habit du jeune homme pour mieux observer sa blessure. Elle n’est pas si sérieuse. C’est le coup à la tête qui le fait délirer. Il a un peu de fièvre et les yeux rougis. Il murmure encore. Des remerciements je crois. Ce n’est pas important. Sa main valide cherche mon attention, en glissant sur mon flanc. Je détourne les yeux de sa blessure pour les poser sur lui. Il a toujours les sourcils froncés, mais me fixe avec une détermination incroyable. Il doit se remettre. Il le doit. Veiller sur lui. Sa Rage. Ses crises de Colère. Tu as toujours été là. Je le sais. Je sais. Tu y seras encore demain.
Avec un pan déchiré du drap, je refais le garrot, plus proprement. Mais sans ma mallette, je ne peux ni recoudre, ni désinfecter. Je ne peux rien non plus pour calmer sa fièvre. Ma paume sur son front semble lui être agréable. J’y verse un peu d’eau pour renforcer l’effet.
« Ne t’endors pas. »
Ses pupilles sont normales. Il est un peu pâle, mais rien n’indique une hémorragie. Je presse un tissu sur son arcade pour éponger le sang. Il a déjà commencé à coaguler, tout comme sa blessure à la lèvre, et celle sur sa joue. Ça ira…
Je dois retrouver Lorelei, Alecto me l’a demandé. Mais je ne peux le laisser seul. Je dois attendre sa venue. Je sais qu’elle va venir. Elle va trouver les traces. Mais quand ? C’est tellement inexact.
De nouveau, je sens la main du jeune homme me chercher. Il n’essaye pas de m’importuner. Je crois même qu’il n’est pas vraiment conscient de ses gestes. Il touche mon visage, mon bandeau, et s’y accroche un peu trop fort, comme s’il voulait s’en aider pour se redresser. Mais le tissu cède, libérant mes cheveux et dévoilant mon front. Non ! Je me redresse dans un mouvement de recul, et tente de lui reprendre le bandeau, mais il le serre dans son poing, au bord de sombrer à nouveau dans l’évanouissement.
« Ne t’endors pas. »
Je reviens en vitesse verser de l’eau sur son visage. Ses paupières clignent douloureusement, et ses doigts libèrent mon bandeau, que je m’empresse de récupérer…
Trop tard.
Elle frappe à la porte, et l’ouvre sans attendre de réponse, discrète, mais inquiète.
« Je vous demande pardon… »
Ses yeux se posent sur moi. Son visage est aussi doux que sa voix. Aussi doux que son énergie. Elle observe d’abord mon visage, un peu teinté par le sang de l’homme, puis mon torse dénudé qui en est couvert, sans rougir d’aucune pudeur. Ses fins sourcils se froncent un peu alors qu’elle revient vers mon visage et détaille sur mon front la marque que personne n’a jamais vue avant elle. Cette marque, seule et unique preuve de ma Culpabilité. Seul vestige de ma Folie Furieuse…
Mais la nouvelle venue s’est déjà détournée de moi. Alertée par un souffle mutilé de mon patient de fortune, elle s’est tournée vers lui et précipitée à son chevet. Elle observe ses blessures, et les vagues soins que je lui ai fournis. L’instant d’après, la voilà sortie de la pièce, à la recherche d’une assistante pour qu’elle lui apporte le matériel nécessaire. J’ai juste le temps de renouer mon bandeau avant qu’elle revienne, accompagnée d’une demoiselle qui me lance un regard pincé. Pourtant, je suis bien vite oublié, et déjà, elles ne se préoccupent plus que de leur patient. Elles ne semblent pas me soupçonner. Pourquoi procurer soi-même des soins à quelqu’un qu’on aurait attaqué ? …
J’enfile une chemise propre, par-dessus le sang qui a déjà séché. Mon veston est resté dans le couloir du rez-de-chaussée, avec le reste de ma chemise déchirée, baignant dans la petite flaque de sang. Avec l’eau de la bassine, je rince mes mains, et nettoie un peu mon visage, sans me soucier de mon torse. Le sang lui aura au moins dissimulé ces vieilles cicatrices. Même si elles ne signifient plus rien.
Ne plus perdre de temps maintenant. Lorelei est toujours dans sa chambre. Je dois l’y retrouver. Oublier ce pourquoi je suis là n’est pas une bonne stratégie. Alecto compte sur moi. Je m’échappe de la chambre, confiant. Les deux infirmières ne m’adressent pas un regard.
Le plus rapidement possible je file à travers les couloirs et les escaliers pour rejoindre les combles. Elle y est toujours. Je sens sa présence… tout autant que mes muscles se fatiguer, après l’effort fourni pour soutenir un homme sonné sur deux étages.
Devant sa porte, j’attends qu’elle l’ouvre, sachant qu’elle s’apprête à sortir. Son visage apparaît, sérieux, et pressé. A ma vue, elle sursaute un peu, et fait un pas en arrière, portant sa main à l’arme à feu fixée à sa cuisse droite sous sa robe.
Son geste se fige à l’instant où elle me reconnait. Elle lâche un soupir.
« Tu as réussi à me faire peur. »
Son visage a quelque chose de farouche, malgré la lassitude que j’y lis. Une bête fatiguée, surprise dans sa tanière.
« Pourquoi es-tu là cette fois ? »
Silence. Elle me dévisage, avec cet espoir de m’entendre parler qui anime souvent son regard. J’entrouvre les lèvres. L’impression désagréable de me forcer me prend lorsque je pousse au dehors deux simples mots.
« La Lettre. »
… Bien sûr. Elle ne sait pas de quelle lettre je parle, et elle ne tarde pas à me le faire remarquer. D’un geste, elle me tire à l’intérieur de sa chambre, et referme la porte.
« N’économise pas tes mots pour une fois. »
Elle est fatiguée… De ma poche, je sors le billet, qui s’est tâché du sang de sa victime, et le lui tend sans rien dire. Ce sera bien plus efficace. Ses yeux parcourent les lignes, et grimace un peu en lisant les dernières lignes. Celles qui annoncent qu’elle devra nous aider pour enquêter sur l’assassin du comte. Ça lui déplait. Je m’y attendais.
« Je vois. »
Elle est obligée d’obéir, même s’il est évident qu’elle n’en a aucune envie. Un nouveau soupir s’échappe de ses lèvres, plus long, et plus lourd. Et puis ses yeux se reposent sur moi, ses lèvres s’étirent d’un sourire léger, satisfait, alors qu’elle reconnait l’odeur du sang sous mes vêtements. Lorelei… D’un geste brutal, elle me rend la lettre, en la froissant dans ma main.
« Je ne sais pas en quoi je vais pouvoir vous aider… mais soit. »
Je la regarde toujours. Ses doigts glissent doucement sous mon menton. Sur son visage, toute trace de fatigue a disparu, comme si la perspective d’un nouveau jeu l‘avait balayé d‘un seul coup. Tu ne changeras jamais, Lorelei… As-tu déjà oublié ce que tu as fait ? C’est si naturel pour toi… Ça va lui déplaire, tu sais. Si belle…
Je fige mon geste dans l’air, en m’apercevant que ma main s’est levée vers son visage. Non. Pas d’initiative. Pas d’égarement. C’est trop dangereux. Elle sourit. Le coin de ma propre lèvre frémit… Cela suffit. Partons maintenant. Je tourne les talons et m’apprête à sortir de cette chambre où l’atmosphère est devenue inquiétante. Derrière moi, je l’entends rire. Elle se faufile devant moi, et je me fige, pour la laisser passer, surpris d’être surpris par son geste.
« Tu t’es déjà assez fatigué comme ça ! N’essaye pas de prendre des initiatives, ça t‘épuiserait. »
Son regard amusé glisse vers le mien. Il a quelque chose de doux, qui le rend angoissant. Et pourtant, je ne peux moi-même empêcher ma lèvre de s’étirer. Quelque chose qui ressemble à un début de rire s’est formé à l’intérieur de moi. Je ne comprends pas.
Mais Lorelei s’est déjà lancée hors de sa chambre. Je la suis en silence, mon regard fixé sur sa nuque. Une si belle nuque.
Méfie-toi d’elle… Alecto, tu sais… Je ne suis pas certain d’y arriver.
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| Dim 31 Mai 2009 15:21 |
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Hildegarde
(alias Malpertuis)
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» Re: Acte III : Le Visage de ton Double
Je m'inquiète. Je sais que je ne devrais pas, que ce ne sont aucunement mes affaires, que je n'ai pas à me préoccuper de ce qui se passe dans la demeure des Van Kraft et qui n'a rien à voir avec la domesticité, pourtant je ne puis m'empêcher de m'angoisser fermement pour tous les invités et particulièrement pour mes pauvres enfants, pour Gyllian et Jezebel...
Je n'aurais jamais cru que Monsieur le comte puisse mourir ainsi, si facilement, étendu dans son lit comme un simple mourant. Je l'ai connu dans sa grandeur resplendissante, je me souviens de l'avoir vu me toiser de ses horribles yeux dorés d'un air hautain, comme si je n'étais qu'une souillure sur son parquet, quelque chose d'à peine bon à éponger le sol – même si mon rôle était déjà important à l'époque. Il n'a jamais eu que mépris pour nous, ses gens, c'est à peine s'il remarquait notre existence lorsqu'il n'avait pas d'ordres à nous donner. Cet homme était fort, puissant, d'une beauté merveilleuse et pourtant son âme pourrissait au fil des ans.
En fait, les autres et moi, on croyait que Monsieur le comte mourrait au combat, ou quelque chose de semblable. Que peut-être il serait tué en duel, même si ça nous aurait étonné, Monsieur le comte était très bon duelliste. Quelques-uns d'entre nous avançaient l'hypothèse que Dame Amalberga aurait pu le tuer de son vivant, qu'elle aurait d'ailleurs vraiment essayé de le faire et aurait échoué. Je le regrette. Si Monsieur le comte était mort ainsi, Monsieur Jezebel n'aurait probablement pas cette mine défaite, cette allure triste et désemparée que je lui vois maintenant.
L'idéal qu'il avait de son père a été brisé. Je sais qu'il était totalement sous le joug de Monsieur le comte, Monsieur Jezebel s'est toujours comporté comme un enfant obéissant, presque toujours... quelle perte ce doit être pour ce pauvre enfant, qui n'a déjà plus de maman et qui doit désormais se débrouiller seul face à une adversité toujours plus grande... J'ai toujours été à ses côtés depuis sa naissance, je ne l'abandonnerai pas maintenant, non. Il a sans doute besoin de ma présence... Après tout c'est moi qui l'ai élevé, plus encore que Dame Amalberga ou que son défunt père, c'est moi qui lui ai apporté un peu d'affection maternelle que sa mère ne pouvait lui donner.
Quelle tristesse, toute cette histoire… quelle tristesse de les voir tous se déchirer pour un héritage bien absurde. Je ne sais pas ce qu’ils voient d’intéressant dans tout cet argent, dans toute cette fortune qui au fond ne leur apportera rien. Mais bah, sans doute sont-ils tous comme ce petit Mülleimer, attirés par ce qui brille sans en connaître la nature. Je n’irai pas prétendre que je la connais mieux, non, j’ai trop peu caressé d’argent dans ma vie pour savoir vraiment ce qu’il en est, mais je crois tout de même qu’ils se trompent.
Mon pauvre enfant, mon pauvre Jezebel… il veut partir sous l’orage pour aller voir ce qui se passe chez le notaire, il veut chevaucher sous le tonnerre grondant, lui qui craint ces nuits plus que tout, il ne devrait pas. Je me souviens quand il était petit et qu’il me suppliait de rester à ses côtés, de le protéger de l’orage, de tout ce qui l’attendait dedans la pluie, quand je m’allongeais près de lui pour lui donner un peu de chaleur humaine, ce pauvre petit aussi vulnérable qu’un chaton dans la tourmente…
Est-ce qu’il survivra ? Je crains que Monsieur Dorian et Mademoiselle Gyllian ne soient pas la meilleure compagnie qu’il puisse recevoir, quant à Monsieur Siegfried, c’est un être bien abject mais je préfère qu’il soit loin du manoir que dans nos pattes. Surtout avec ce curieux personnage parmi nous.
Mon pauvre Jezebel m’a demandé de m’occuper de « notre invité », cet homme étrange qui n’a pas vu le temps passer depuis bien des années, ce croque-mort que j’ai déjà dû croiser plusieurs fois. Je ne vois pas ce que je pourrais faire pour lui à part peut-être l’emmener à la cuisine pour le nourrir et prier pour qu’il se taise… Seigneur, qu’il se taise… Ce qu’il sait, je le sais aussi, je crois, et il ne faut pas qu’on le sache, il ne faut pas qu’ils le sachent, qu’ils voient ce qui se cache derrière ce double qu’il a évoqué.
Je suis sûre qu’un homme aussi fourbe que cet avocat, ce Julian von Rosenrot saurait en tirer un profit immense, d’autres aussi pourraient y parvenir. Ah… comme s’il ne suffisait pas que Maître Balghaur et Herr Van Kraft aient trouvé la mort ce soir, il faut encore que la Mort elle-même vienne cracher ses secrets.
- Vous avez faim, mein Herr ? demandé-je de ma voix la plus douce, sans m’approcher de cet olibrius vêtu de haillons. - Ah… je mangerais bien un énorme… poulet rôti, s’exclame-t-il avant de partir d’un grand rire.
Un poulet rôti. Sans ciller, j’ordonne aux cuisinières de s’en charger, le faisant asseoir sur cette chaise où quelques heures auparavant la vieille tsigane est venue insulter notre lignée. Il continue de rire sans vraiment me regarder, sans regarder quoi que ce soit, les yeux mi-clos ; sous les paupières je distingue ses iris vides, aussi vides que celles du mort qui git là-haut. Oh seigneur… Seigneur !
J’étouffe un sanglot dans mon mouchoir, le croque-mort se tourne vers moi avec une ébauche de sourire, terrifiant jusque dans cette attitude repoussante.
- Allons, allons, ma bonne dame, personne n’est encore mort, que je sache ! - Taisez-vous, sale bête, vous ignorez ce que vous dites ! Monsieur le comte est mort, vous dis-je, mort !
Je pleure toutes les larmes de mon corps, incapable de les retenir, sans pouvoir m’empêcher de songer aux conséquences de ce décès. Oh, mes pauvres, pauvres enfants, qu’allez-vous devenir sans votre Père qui veillait sur vous ? Qu’allez-vous devenir si votre vieille Hildegarde meurt elle aussi ?
- Mais ma bonne dame, je l’ai vu tout à l’heure, Monsieur le comte, il est en pleine santé… ses cheveux ont poussé, il est diantrement beau, ma foi. Il doit faire tourner les têtes de ces dames, dites-moi, et d’ailleurs, comment se porte Dame Amalberga ? Il ne me semble pas l’avoir aperçue…
Je détourne le regard. Qu’il s’en aille ! Qu’il disparaisse avec ses maudites énigmes, avec ses maudites paroles qui vont tous nous détruire ! Les cuisinières autour de nous ne se préoccupent pas de lui mais je ne peux moi m’empêcher de trembler sous ses odieuses paroles, terrifiée. C’est comme cette fois où Heinrich, le père de feu le comte, cette fois… cette fois où il avait utilisé le fouet… Ca fait mal, aussi mal, aussi terriblement mal que la morsure du fouet, toutes ces paroles de fou.
- Dame Amalberga… est morte… aussi… bafouillé-je en étouffant mes sanglots dans un mouchoir.
J’essuie encore mes yeux pour découvrir à travers mes larmes la jolie silhouette de Cordélia. Cordélia… Cordélia !
- Cordélia, ma chérie, ramène ici Lorelei, Mülleimer, Katarina, et ton frère, et tous ceux que tu trouveras… j’ai… il faut que nous… vas-y !
Elle acquiesce, sans rien laisser transparaître sur son visage troublé, s’éloignant furtivement. Elle me laisse encore seule avec ce démon qui ne cesse de parler de choses que je ne veux pas entendre, que je dois oublier… il parle des tsiganes, à présent. De choses qu’il ne doit pas savoir, de choses qui doivent rester secrètes, seigneur ! Oh seigneur, si mon pauvre Jezebel l’apprend, s’ils l’apprennent, tous…
- Silence, murmuré-je à sa seule adresse. Tu ne dois rien dire de tout ça ici, ce sont des secrets, tu entends, des secrets ! - Jusqu’à quand encore vas-tu protéger les secrets de cette famille, Hildegarde ? raille-t-il en réponse. Tu es un être misérable qui protège aussi fort que tu le peux des êtres dont tu te moques, dont tu n’as que pitié… ces enfants ne sont pour toi que des petits chatons dont tu es fière de pouvoir t’occuper, de pouvoir te servir en fait, ils te renvoient une image si flatteuse, celle de la douce Hildegarde, de l’aimante Hildegarde. Ce mensonge devra bien se terminer, ma bonne dame, comme tous ceux qui entourent cette famille.
Son ton est bien différent et ses yeux ont cessé de luire. Je connais ce visage, je le connais, c’est lui qui creusait la tombe de Dame Amalberga, c’est lui aussi qui venait presque tous les jours voir mon maître, à la fois amical et haineux. Je baisse la voix, de peur d’être entendue par les cuisinières qui s’affairent autour de nous comme si rien ne s’était passé. Cet homme n’est pas fou, il joue un jeu, comme nous tous, il sait ce qu’il se passe, il sait très bien…
- Qui es-tu ? grondé-je, tremblante à l’idée d’être entendue par quelqu’un d’autre que lui. - Je suis le croquemort. - Mais ton nom ? Ton nom, croquemort, quel est-il ? - Cela n’a aucune espèce d’importance. Je ne suis pas là pour ça, tu sais, ma bonne Hildegarde. Je sais des choses et je veux que d’autres les découvrent, qu’enfin la lignée du sang s’effondre… - Mais pourquoi ? Pourquoi, Seigneur, pourquoi viens-tu remuer nos cœurs et nos esprits ? Nous sommes en deuil ! Nous souffrons de ces pertes que tu nous fais rejaillir si violemment ! N’as-tu donc aucun cœur ?
Il rit d’un affreux rire sombre, ses yeux se perdant au loin, comme s’il cherchait à se remémorer quelque chose. Oh, misère, misère…
- Tu sais Hildegarde… les oiseaux volent, sauf ceux qui sont en cage comme ton « pauvre Jezebel »… et on ne leur demande pas pourquoi. - Ne joue pas à ça ! - Hildegarde ?
La douce voix de Cordélia interrompt ma colère. Debout dans l’encadrement de la porte de la cuisine, elle semble se demander pourquoi je les ai faits venir, les domestiques de cette maisonnée, comme s’ils n’avaient pas déjà assez à faire avec tout ce qui s’est passé. Léandre semble contrarié, je crois qu’il n’aime pas être dérangé mais comme mon pauvre enfant ne lui avait donné aucun ordre je me réserve le droit de le faire ; quant à Lorelei elle se fiche éperdument de ce qui se passe, comme d’habitude, comme Mülleimer qui ne me regarde même pas. Quelle charmante réunion de la domesticité…
- Mes enfants, excusez-moi de vous ennuyer, mais Monsieur va nous quitter et j’aimerais que vous le raccompagniez jusqu’à la porte. - Je croyais que tu voulais savoir, Hildegarde ? susurre-t-il sans bouger de son siège. Et je n’ai toujours pas mangé mon poulet rôti.
Comme pour répondre à ses paroles, une des cuisinières pose une assiette avec une énorme cuisse de poulet devant lui, il s’y attaque à belles dents. Mülleimer est le premier à rompre l’immobilité qui semble s’être saisie du petit groupe, il se dirige vers moi et s’assied sur une chaise non loin, silencieux. Peu à peu, les autres l’imitent. Ils ne doivent pas comprendre grand-chose mais savent très bien qu’en l’absence du comte et de son fils ma parole a valeur de loi.
- Dans ce cas, dis-le-nous, lancé-je au croquemort. Je crois que nos maîtres ne sauront pas résoudre ton énigme par eux-mêmes, donne-nous quelques indices, je t’en prie ! - Mon énigme ? Elle n’a rien de bien compliqué. Le double, le visage, cela me semble pourtant si facile… Qu’est-ce qui reflète un visage au point d’en donner le double ? Même une étendue d’eau sait le faire…
Une étendue d’eau ?… Un reflet ? Un miroir ? Un portrait ? La rivière qui coule en contrebas de l’éminence où est situé le manoir ? Les vitres de l’orangeraie ? Je ne comprends pas… il y a tellement de possibilités !
- Hildegarde, pourquoi écoutes-tu les fadaises de ce fou ? murmure Cordélia, crispée sur sa chaise. - Il n’est pas aussi fou qu’il en a l’air… - Ah, jolie enfant, vous ressemblez tellement à votre mère, lance le croquemort d’un air rêveur en fixant la jeune femme.
Le sang reflue soudain du visage de l’infirmière, elle jette un regard angoissé vers son frère, sans pouvoir s’empêcher sans doute de laisser paraître son inquiétude. Je ne comprends pas moi-même ce qu’a voulu dire notre curieux visiteur, je crois qu’il n’y a rien à vraiment y comprendre, du moins rien dont je devrais me mêler, je crois… Je me lève, prête à forcer cet homme à partir. Nous devons parler et lui n’a rien à faire dans notre conversation.
- Je vais m’en aller, ma bonne dame, je m’en vais, si c’est ce que tu désires… - Dis-moi juste qui tu es et qui t’envoie, bon sang ! - Je m’appelle Karl von Listov et c’est un fantôme qui m’envoie…
Il esquisse un petit salut et s’en va, traînée par un des aides-cuisiniers à qui j’ai ordonné de le sortir. Cet homme est complètement fou. Complètement fou !
- Je… mes enfants, je suis désolée que vous ayez dû voir ça… Maintenant, je vous ai convoqués parce que… de toute évidence, nos maîtres ne peuvent trouver mieux que nous un assassin qui se dissimule parmi eux, n’est-ce pas ? Et s’il arrive trop d’ennuis, nous serons tous au chômage, alors… - Que veux-tu faire de plus que ce qu’ils font déjà ? lâche Lorelei, agacée par mes paroles. Personnellement, je n’ai pas envie de jouer à la petite enquêtrice. - Moi non plus, grogne Mülleimer. J’ai déjà assez donné de ma personne pour ce soir. - Je ne vous demande pas d’enquêter, nous n’en avons pas besoin… Nous nous fichons de savoir qui est le meurtrier, pas vrai ? Par contre, il nous faut éviter que tous les secrets rejaillissent, ce serait bien mauvais, oui, bien mauvais. Et pour cela, nous allons devoir trouver les premiers cette histoire de « visage du double » et détruire ce qui se cache derrière.
Je n’ai pas le temps de poursuivre que Matthias et Otho entrent dans la pièce, les bras chargés d’un lourd paquet enroulé dans un drap blanc qu’ils déposent sur la table comme ils le peuvent, sans un mot. Ils nous regardent d’un œil triste et me font signe d’ouvrir le drap, contrits.
- Nous l’avons trouvée dans la forêt. Ce sont des blessures fraîches…
J’écarte les pans du drap et recule brusquement, un hurlement au bord des lèvres. Mon Dieu !
- C’est… - Honig, la chienne préférée de Monsieur Jezebel.
La pauvre chienne gît sur le flanc, démembrée, seule sa tête a été épargnée par le carnage. Elle portait quelques chiots, eux aussi massacrés, elle n’allait pas tarder à mettre bas, seigneur… Seigneur… Cette pauvre bête a peut-être attiré un loup qui mourait de faim, à cause de son état elle n’a pas pu courir vite. Oui, c’est certainement ça, certainement ça…
- Emportez-la… il ne doit pas savoir… - Oh, allons, Hildegarde, lâche Léandre avec un rictus amusé. Monsieur Jezebel était désespéré qu’elle se soit enfuie du chenil, il sera ravi de la retrouver enfin. - Silence, vipère, craché-je, incapable de me retenir. Tu n’as donc aucun respect ? Je ne veux pas de ça. Allons, s’il vous plaît, revenons à notre discussion. - A ta discussion, nous on ne fait que t’écouter, raille encore Lorelei. Et si on n’a pas envie de t’aider ? - Vous m’aiderez quand même. Je suis jusqu’au retour de Monsieur Jezebel votre maître, par conséquent, vous allez m’aider que vous le vouliez ou non. Matthias, Otho, vous aussi, vous n’êtes indispensables ni au chenil ni au jardin à l’heure qu’il est.
Ils sont dubitatifs. Seule Cordélia semble disposée à m’aider, ma si douce Cordélia, comme si elle était contente d’avoir quelque chose à faire qui l’occupe et l’empêche de songer à ce qui semble l’ennuyer et aux paroles de ce croque-mort. J’ai bien envie d’y repenser mais je m’en chargerai seule, plus tard. C’est le moment que choisit Katarina pour apparaître enfin, je lui fais signe de s’asseoir à l’écart et d’attendre.
- Otho, Cordélia, Lorelei, fouillez la demeure pour voir ce que vous pouvez trouver, cherchez au niveau des tableaux et des miroirs, des verreries, de n’importe quoi pouvant évoquer un double, même un double des clés ; Matthias, Mülleimer, Léandre, allez à la rivière, peut-être que quelque chose s’y cache. - Je refuse de sortir sous cette pluie, proteste Léandre. - Tu crains que ton maquillage ne coule, ma cocotte ? ricane Lorelei en réponse. Allons, ma grande, je te prête un rouge à lèvres si tu me dis quel est ton fard à paupières. - Assez ! m’exclamé-je, à bout de nerfs. Je ne vous demande pas vos avis, je vous en prie, je vous en supplie, il faut que vous y alliez. S’ils trouvent avant nous, nous risquons de perdre notre travail ! - Je vois difficilement le rapport, intervient Cordélia. De toute manière il est à prévoir que la mort du comte va provoquer un certain nombre de chambardements… - Si « ces » secrets sont découverts, la lignée du sang va tomber, et nous avec ! Nous sommes liés à leur destin, que ça nous plaise pas, et que nous soyons fidèles ou pas à cette dynastie. Cordélia, je sais que tu risques de devoir quitter le manoir quoi qu’il arrive, mais pense qu’il n’y a sans doute pas que nos métiers en jeu. - Tu ne vas pas nous faire croire que nous risquons notre vie, grince Lorelei. - Nous risquons nos âmes. - Ca tombe bien, je n’en ai pas. Allez, je te laisse à tes idioties, je vais… - Lorelei ! Pense à Amalberga, pense à tout ce qu’elle voulait cacher et qui est encore entre les murs de ce château, pense à tout ce que recèlent les portes et les tiroirs, tout cela, tout ce qu’elle aimait et que tu respectes, je le sais !
Mon argument semble la frapper, elle stoppe net son mouvement pour partir et grogne, sans pouvoir se dépêtrer de la situation. Mes petits, je dois agir ainsi, je le dois, pour protéger mon pauvre Jezebel, sa pauvre sœur et tout ce qui ne doit pas être découvert…
- Allez-y, maintenant. Soyez discrets…
Je leur fais signe de se taire et m’éclipse en direction d’un endroit auquel seule je peux accéder. Ce n’est pas là que je trouverai ma réponse, mais Monsieur Jezebel désirera certainement que je fasse le ménage en bas…
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| Lun 15 Juin 2009 18:18 |
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Siegfried von Herzen
(alias 'Christa)
Âge : 47 ans
Liens : Beau frère du comte Activité : Joaillier
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» Re: Acte III : Le Visage de ton Double
Il a rejoint le salon avec les autres convives, chassant ses sombres pensées comme autant de papillons iritants mais sans importance. Lui ne se laissera pas dominer par l'ambiance qui règne en ces lieux, par cette aura qui semble envelopper le manoir de mystères lugubres. Non, il se doit d'être pareil à lui même, noble parvenu qui vend des joyaux à ces dames en échange de trésors d'une autre nature, ce rustre incapable de comprendre les sentiments d'autrui ou les siens propres.
Oui, c'est cela. Chassons ces considérations inutiles, il y a des morts mystérieuses à résoudre, et c'est le problème le plus immédiat pour l'instant.
Jezebel a confisqué ses couteaux, du moins ceux qui étaient restés dans sa chambre. Diable, voilà qui pourrait s'avérer fâcheux. Siegfried a bien quelques poignards sur lui, mais quand il s'agit d'en lancer, on n'a pas toujours l'occasion de les récupérer dans l'immédiat. Constatant le refus de son neveu de les lui rendre, il balaie le problème de ses pensées, il s'adaptera aux circonstances. Pour l'heure, ayant déjà décidé de se joindre à la petite excursion chez le notaire - et cette fois ci, un potentiel refus de Jezebel n'aura pas la moindre importance à ses yeux - il n'accorde qu'une attention toute mitigée au croque mort, dont les propos sibyllins n'ont pour lui aucun sens.
Il fixe son regard sur son neveu, refusant de regarder Gabriella, ou la plupart des autres convives qui ne sont que d'ennuyeux obstacles à ses yeux, tel ce peintre dont la seule présence en ces lieux lui parait si grotesque. Mais l'étrange beauté de Jezebel et son épaisse chevelure rouge le déconcentrent quelque peu, et il réagit à retardement quand le jeune homme demande des volontaires pour l'accompagner. Le regard contrarié de Jezebel vaut toutes les victoires quand il s'avance pour lui suggérer... imposer, plutôt... sa présence.
- Mon neveu, je viens avec vous. - Nous serons bien assez de trois. - Ce n’était pas une question. - Ce n’en était pas une non plus. Vous restez ici.
Ah, l'oiseau en cage qui tente de forcer le loup à rester dans la sienne ? C'est bien courageux de sa part, mais Siegfried n'a pas l'intention de laisser Jezebel lui imposer ce qu'il fera et ne fera pas. Siegfried garde le regard posé sur son neveu, mais celui ci se détourne sciemment de lui pour s'adresser aux autres intéressés. Un spasme de fureur traverse le joaillier face à ce mépris explicite, et il lui faut un moment pour reprendre le fil de ses pensées, vibrant de haine et d'un désir presque primal de plonger son poignard dans le coeur de ce van Kraft hautain et méprisant.
Mais non. Cela n'arrangerait guère ses affaires, et puis il lui faut ne pas oublier qu'il s'agit d'un van Kraft, fils maudit d'une lignée prétendue dotée de dons de sorcellerie. Même si le joaillier n'accorde guère de crédit à ces fantaisies, il considère qu'elles ont probablement un fond de vérité : s'attaquer à un van Kraft pourrait lui coûter beaucoup de choses.
Pas une seule seconde son esprit ne s'attarde sur l'idée qu'il pourrait simplement en avoir peur. Lui qui n'a pourtant jamais effleuré sa femme plus que la bienséance ne l'imposerait...
Enfin calmé, il redevient attentif aux évènements, constatant que la fiancée d'Hargreaves - cette idiote n'a pas la moindre idée d'avoir été trompée de bien horrible façon par son fiancé à la beauté si innocente, dont le corps et le coeur, sinon la raison, se languissent de choses qu'elle ne peut lui donner - se fait poliment mais fermement dénier l'autorisation de les accompagner par Jezebel. Pauvre petite sotte, elle est bien obligée de renoncer, et Jezebel peut à présent conclure l'affaire...
- Bien. Dans ce cas, nous irons à l’office, Hargreaves, Gyllian et moi… En attendant… - Et moi, mon neveu.
Le regard contrarié de Jezebel fait revenir un sourire aux lèvres du joaillier, qui constate que son neveu n'est finalement pas d'humeur à lutter contre son insistance. Il les accompagnera donc. L'affaire étant donc décidée, Siegfried rejoint sa chambre pour y passer une tenue plus adéquate. Il hésite un instant à se vêtir de manière à se prémunir contre la pluie, puis envoie ses considérations vestimentaires au diable avant d'enfiler un costume d'équitation qui évitera de l'alourdir comme un manteau de pluie le ferait. Il ne craint guère la pluie, sinon par le danger qu'elle représente si son cheval glisse. Et il n'a pas de domestique pour lui rappeler - avec raison - qu'à son âge un coup de froid est vite arrivé.
Il a tôt fait de rejoindre les écuries où il retrouve Warsfeil, son étalon, qui piaffe nerveusement dans sa stalle quand le tonnerre gronde une nouvelle fois. Repoussant l'aide du garçon d'écurie qui lui a proposé de le faire à sa place, Siegfried fait sortir l'animal de son box et le scelle avec rapidité, lui murmurant des paroles rassurantes à l'oreille. L'animal se calme peu à peu à son contact, et en quelques minutes, il est prêt à affronter les éléments avec son maître.
A l'instant ou Jezebel surgit à son tour dans les écuries, Siegfried enfourche sa monture, lançant un regard narquois à son neveu. Il ne faut guère de temps avant que les deux autres cavaliers ne se montrent, mais l'anglais est retardé par son domestique, au grand agacement de Jezebel qui semble particulièrement nerveux. Tiens donc, le petit oiseau encagé craindrait-il la fureur des éléments ?
- Cessez de hurler ainsi, ironise le bijoutier en s'adressant à son neveu, nous ne sommes pas sourds.
Il n'attend pas de réponse et fait sortir sa monture de l'écurie. La pluie trempe rapidement la robe sombre de l'étalon et les vêtements du joaillier, mais il n'en a cure. Et ce même si sa raison lui suggère que malgré son excellente santé, son âge n'est pas a négliger, et que le froid et l'humidité risquent de lui faire plus de mal que de bien.
Enfin, Dorian semble prêt à partir, quittant à son tour la protection des écuries pour affronter la pluie, le vent et le froid. Siegfried ne peut s'empêcher de lui adresser une remarque railleuse après avoir entendu la dernière recommandation du dandy à son domestique, laquelle concerne ce pouilleux de peintre auquel il semble accorder une attention bien inutile.
- Pouvons-nous partir, MyLord - il appuie volontairement sur l'emploi du terme, et dans sa bouche, cela parait presque une insulte - ? Êtes-vous sûr d’être fin prêt ?
Pas de réponse, mais il n'en attend pas. Jezebel lance les cavaliers, prenant la tête, suivi de Gyllian et de Dorian. Siegfried les suit de près, lançant son cheval en un trot rapide. Il a une brève pensée pour le danger qu'une course trop rapide sous cette pluie leur ferait courir, mais il la chasse rapidement. Peu lui importe le danger, l'excitation qu'il en tire le vaut mille fois.
Rattrapant Dorian, il ne peut s'empêcher de lui lancer un regard des plus ironiques, un sourire aux lèvres. Pauvre imbécile, prêt à accompagner son vénéré Jezebel jusqu'en enfer s'il le fallait. Un enfer qu'ils vivent peut être déjà tous deux, après tout il est question d'un van Kraft. Un rire lui échappe tandis qu'il reporte son attention sur la route.
Ils traversent la forêt, rendue étonnamment sinistre par les brefs éclairs de lumière transperçant la nuit. Les arbres secoués par le vent semblent vouloir tendre leurs branches griffues pour les attraper, et le tout donne à cette nuit des allures... d'apocalypse, pour ainsi dire. Mais au final, pas d'arbres hantés. Pas de foudre tombant à leurs pieds, les défiant d'aller plus loin. Au bout d'une vingtaine de minutes - peut être plus, peut être moins, il ne s'en soucie guère, mais il s'imagine avec plaisir que Jezebel, qui semble si crispé dans cet atmosphère, a senti s'écouler une éternité - ils finissent par arriver au village, qu'ils traversent à la suite du jeune van Kraft jusqu'à l'office du notaire.
Personne ne semble en vue tandis qu'ils descendent de leurs montures, et il suffit d'une brève tentative de Jezebel pour constater que les portes de la paisible - du moins en apparence - demeure sont closes. Évidemment. Ce qui fournit une excellente raison à Siegfried pour railler son neveu et ses idées si brillantes.
- Allons donc, tout ce chemin pour trouver porte close ? Est-ce là tout l'intérêt de cette excursion, Jezebel, ou bien aviez vous quelque chose de plus utile à l'esprit ?
Le jeune homme, rendu nerveux par l'orage et ses grondements incessants, est facile à provoquer. Mais fidèle à lui même, il ne pert pas de son mordant vipérin, encore qu'il ne soit pas tout à fait à la hauteur de la dame en noir qu'ils ont laissée au manoir, Marion van Rosenrot.
- Vous n'avez qu'à forcer la porte, mon oncle, de toute votre stupide force brute. - Je suis un joaillier, pas un cambrioleur, mon neveu. - Assez douteux cependant pour pouvoir forcer une porte, sans aucun doute, marmonne Jezebel avec un sourire crispé, avant de se tourner vers sa soeur, comme pour chercher auprès d'elle quelque réconfort que ni Dorian ni Siegfried ne peuvent lui apporter. Quoi qu'il en soit il faut que nous trouvions un moyen d'entrer...
Siegfried laisse échapper un ricanement en réponse, ne pouvant s'empêcher de provoquer davantage son beau neveu, qu'il trouve irrésistiblement tentant à tester dans cette situation des plus inhabituelles.
- J'attends de voir vos neurones et votre expérience littéraire à l'œuvre. Après tout, vous ne cessez de vanter votre éducation face à la mienne...
Le jeune homme ne se donne même pas la peine de lui répondre, mais si les regards pouvaient tuer, Siegfried n'aurait probablement guère survécu à celui qu'il vient de lui lancer. Le parvenu ne s'en formalise guère, cependant, et il reporte son attention sur Dorian, lequel est en train d'étudier la serrure de la porte d'entrée avec un intérêt qui ne sied guère à un membre de l'aristocratie.
- Je peux essayer de l'ouvrir... Mais j'ignore comment cette serrure est construite. - Je vois que vous êtes doué de vos dix doigts, Lord Hargreaves, réplique Siegfried d'un ton plein de sous entendus, s'attirant un nouveau regard assassin de son neveu. - Mon oncle, pardonnez-moi cette impolitesse, mais pourriez-vous je vous prie fermer ce moulin à insanités qui vous sert de bouche ?! - Qu'est ce que qui vous prend, mon neveu ? répond le joaillier, feignant l'innocence. L'orage vous échaufferait-il l'esprit ?
Si Jezebel a l'intention de lui répondre, son oncle n'entend pas ladite réponse, car Dorian choisit ce moment pour interrompre son étude de la serrure, l'air résolument neutre en cette atmosphère des plus... orageuses, c'est le mot.
- Je n'ai jamais vu ce genre de serrure auparavant... qui plus est, elle semble neuve. Siegfried ne s'interroge pas sur les connaissances de serrurier du jeune homme, davantage intéressé par les conclusions que lui inspirent cette remarque sur l'état de la serrure sur les lieux d'un meurtre. - Neuve ? La serrure est neuve ? Cet homme a bien été assassiné ici, oui ? Chez lui ? Pourquoi diable la serrure serait elle neuve, voire en bon état ? - ... elle ne l'est peut être pas. J'ai dit qu'elle le semblait, le métal est propre, elle a peut être soigneusement été nettoyée... si vous voulez mon avis, tout est bien trop propre ici, je me demande comment se présente l'intérieur.
Jezebel marmonne quelque chose que Siegfried n'entend pas, rejoignant sa soeur occupée à tenter de voir au travers des fenêtres. Ils ont l'air fins, tous les quatre, à tenter de pénétrer par effraction dans le domicile d'un mort. Pire, il s'agit même du lieu du crime, quoi de plus compromettant ? Le joaillier reporte son attention sur la porte en bon état et se remémore le peu qu'il sait à propos du meurtre, à savoir que le notaire a littéralement été massacré par une bête inconnue. Alors pourquoi l'endroit semble-t-il si... normal ?
- Il s'agit bien du lieu d'un crime ? questionne-t-il à voix haute. Dans le genre salissant, qui plus est... ?
Dorian ne répond pas, se contentant de lancer un regard vers le jeune van Kraft et sa soeur, qui quant à eux ne semblent pas voir grand chose au travers des vitres. Gyllian, dont l'esprit fonctionne de toute évidence aussi bien que sa langue vipérine - probablement un héritage de leur famille dont ils usent et abusent, le frère comme la soeur - complète les interrogations du joaillier avec ses propres réflexions.
- Quel intérêt auraient-ils a nettoyer d'innombrables indices sur les lieux d'un crime ? Ou bien quelqu'un chercherait-il à étouffer l'affaire ? - D'ailleurs, ajoute Siegfried, contrarié, votre domestique n'a pas vu le mort, Jezebel, je suppose ? - Non, il n'a rien vu, répond Jezebel en esquissant une grimace. Ils ont déjà dû emporter le cadavre à la morgue...
Tandis que son neveu examine à son tour la porte et sa serrure, Siegfried se questionne sur la mort du notaire, se faisant la seule réflexion qui lui semble évidente dans un contexte aussi étrange. Question qui, avec l'orage qui gronde, la pluie qui ruisselle sur leurs vêtements déjà trempés, et surtout la foudre qui éclaire ponctuellement le paysage, pourrait évoquer à d'autres que lui l'oeuvre d'une certaine Mary Shelley...
- Est-il seulement mort ?
Le regard quelque peu moqueur que lui lance Jezebel lui fait immédiatement regretter d'avoir pensé à voix haute.
- Sans doute, mon oncle, et j'ose espérer que nous en trouverons une preuve.
Preuve d'un meurtre ? Si le cadavre a été emporté, mis à part un peu de sang, il ne voit pas ce qui peut "prouver" la mort de quelqu'un. Et de plus, pour quelle raison se sont-ils rendus au village ? Maintenant qu'il y pense, il se rend compte qu'il n'a désiré accompagner Jezebel que pour ennuyer ce dernier et quitter l'atmosphère oppressante du manoir. Mais à présent, vont-ils réellement s'introduire tels des voleurs dans l'officine ? Non pas qu'il craigne pour sa réputation, mais il est plutôt étonné de constater qu'aucun d'entre eux ne semble avoir d'idée plus "convenable" en tête.
- Les choses ne tournent pas rond, et depuis un moment, marmonne-t-il dans un effort pour rétablir le chemin logique de ses pensées. L'endroit a l'air trop net pour le lieu d'un meurtre.
Constatant tout en parlant que le frère et la soeur se glissent vers l'arrière de la maison, il tente de leur emboiter le pas, mais Jezebel, qui semble avoir un radar planté quelque part dans son crâne - peut être aux dépends de ses capacités affectives ? - se retourne vers lui pour l'en dissuader.
- Occupez-vous de voir avec Hargreaves si cette porte peut-être forcée ou défoncée, vous ! - Ne me donnez pas d'ordre, triste imbécile, gronde le joaillier, interrompant néanmoins son mouvement. - Je vous donne les ordres que je veux, et ne m'insultez pas, mon oncle. - Soit, conclut le noble parvenu en renonçant à provoquer davantage son instable neveu. Voyons cette porte.
En retournant vers Dorian, il constate que celui ci explore la serrure à l'aide d'un poignard sorti de nulle part, l'air concentré. Décidément, aucun des quatre ne va se résoudre à se comporter à l'image de ce que les gens normaux se feraient de la noblesse. L'homme à la chevelure argentée s'autorise un sourire amusé, sourire qui s'évapore quand Dorian l'appelle par son nom.
- Siegfried, trouvez moi une pierre.
Une pierre. Siegfried hésite entre éclater de rire ou répliquer à ce ton impérieux en envoyant le dandy rouler dans la boue résultant de cette pluie incessante, mais il se contient, considérant le jeune homme toujours très occupé à tenter de forcer la serrure.
- Il y en a partout, des pierres. Des cailloux, seulement. Mieux vaut aller dans l'un de ces jardins pour en trouver une plus conséquente.
Toujours concentré sur ce qu'il fait, Dorian a un mouvement d'humeur, ne remarquant qu'à retardement qu'il s'adresse un peu trop sèchement au joaillier.
- ... Et bien faites ! ... S'il vous plait. - Entre cet oiseau privé de cage et vous même, vous semblez vous faire un plaisir à me donner des ordres, ce soir, murmure von Herzen.
Néanmoins, toutes considérations parasites mises à part, il n'est guère tenté par l'idée d'aller fouiller dans la boue en quête d'une pierre pour le bon plaisir du cambrioleur en herbe. Tel l'étalon rechignant à sauter un obstacle, il cherche un autre chemin, moins humiliant à ses yeux...
- S'il y a une porte, il y a des charnières. - .... vous vous pensez assez fort pour la démettre ?
Question intéressante. Siegfried a beau être un "rustre" aux yeux de la plupart des individus qui l'entoure, il reste un vendeur de joyaux friand de jeux peu catholiques. S'il pourrait probablement tenir tête à quelqu'un de la carrure de Dorian, il ne pourrait pas enfoncer une porte sans un minimum d'aide. Quant à réussir à desceller une porte de ses gonds, il n'a jamais essayé, après tout on lui ferme rarement les portes.
- Hum. Soit ce notaire n'a pas été assassiné, auquel cas cette porte est dans un état normal, soit ce notaire a été pris par surprise à son domicile par un individu... une créature... qui est très probablement entré par la dite porte. Auquel cas, celle ci devrait avoir subi quelques chocs. - ... ce qui ne répond pas à ma question, ironise Dorian en se redressant, alors que Jezebel et sa soeur reviennent de l'arrière de la maison. - A moins que la serrure ait été changée, commente Jezebel. A moins que la porte n'ait été simplement ouverte par quelqu'un de très civilisé. - En effet, mon neveu, reconnait le joaillier à mi voix.
Obstiné, Siegfried part néanmoins étudier les raccords de la porte, même s'il n'est pas particulièrement optimiste quant à la pertinence de sa décision.
- ... Étrangement, constate Dorian, c'est l'explication la plus plausible. - Sauf si l'agresseur se trouvait déjà dans l'office, ajoute la jeune femme d'une voix pensive.
Siegfried interrompt finalement sa vaine recherche d'une faiblesse dans la porte pour se tourner à contrecœur vers le gentleman cambrioleur.
- De quelle taille, votre pierre, Lord Hargreaves ? - ... de la taille de votre main... et aussi solide de préférence. - Ou bien l'agresseur est une bête qui a réussi à taper civilement à la porte, ironise Jezebel en réponse à la remarque sa sœur.
Le jeune homme émet un rire quelque peu moqueur, qui s'interrompt rapidement tandis que Siegfried se sépare du trio en quête d'une pierre. Le joaillier a néanmoins la satisfaction de voir clairement Jezebel frémir alors que le ciel est une transpercé par une série d'éclairs menaçants. S'éloignant du petit groupe, il ne lui faut fort heureusement que quelques minutes pour trouver ce qu'il cherche à quelques mètres de là, des enfants ayant visiblement eu l'usage de grosses pierres pour construire Diable sait quoi au bord de la route. Satisfait de ne pas avoir eu à s'humilier à venir fouiller dans un quelconque jardin, il retourne vers les trois autres, qui ont continué leurs réflexions sans lui.
Il lance son butin à Dorian, un sourire à la fois satisfait et agacé aux lèvres. Dorian attrape l'objet sans un sourire. - Voici, "MyLord". ... Ni même un remerciement, mais le joaillier ne s'en formalise pas, constatant que Jezebel a l'air songeur. - Je ne sais pas, fait le jeune homme en réponse à Diable sait quoi. Ce pourrait être un chien, une bête comme cette créature du Gévaudan... je ne sais pas... je ne sais pas. - Un problème, mon neveu ? - Et par où serait-elle entrée, cette bête imposante ? réfléchit Gyllian à voix haute, alors que Dorian s'occupe de la porte avec son outil nouvellement acquis. - Je l'ignore, répond Jezebel, ignorant délibérément son oncle. Je n'y crois pas plus que ça. Mais d'après ce que Müll m'a rapporté je ne connais aucun... humain capable de faire ça.
Une vague de contrariété envahit Siegfried, mais pas aussi violente qu'au manoir. Son neveu aurait-il décidé de le traiter par le mépris, à l'ignorer ainsi, comme un gamin en ignore un autre en guise de bouderie puérile ? L'image n'est guère flatteuse, autant pour l'un que pour l'autre.
- Vous perdez la notion de civilité une fois sortis du manoir ? siffle-t-il entre ses dents. Non pas que cela me pose problème...
Il s'interrompt, se tournant vers la porte. Malgré les grondements et craquements produits par la fureur des éléments, tous ont entendu distinctement le claquement de la serrure quand Dorian, enfin, en est venu à bout. La voie est désormais libre.
Reste à savoir vers où elle les mènera.
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| Mer 17 Juin 2009 21:14 |
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Dorian L. Hargreaves
(alias Blewark.)
Âge : 25 ans
Liens : Vague Cousin Activité : Rédacteur en Chef - Journal d'Esthétique Féminine
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» Re: Acte III : Le Visage de ton Double
J'ai toujours su qu'apprendre à forcer une serrure me servirait un jour. Avoir fait les quatre cent coups avec les diables de l'orphelinat n'aura pas seulement débouché sur une rouge colère de mon idiot de père. Certes, je n'ai pas attendu cette situation angoissante pour utiliser mes talents acquis dans l'enfance, mais cette fois je peux au moins me dire que c'est dans un but constructif. Cependant, cette serrure là est plus solide que celles à qui j'ai eu affaire, elle est faite d'un bon métal qui ne présente aucune fragilité, une simple lame ne fera pas office de clef. Je parviens à glisser la pointe de mon poignard jusqu'à l'encoche qui me pose problème. Avec un peu de chance, un coup sec et bien dosé la fera céder. Je béni pour ça la solidité de ma lame espagnole. Si elle a brisé sans effort tant de ceintures de chasteté, elle saura bien venir à bout d'un loquet. Siegfried a fini par se résigner à chercher une pierre, après avoir étudié la porte dans ses détails pour s'assurer que même sa grande force brute ne pouvait la démettre. Quelqu'un devrait lui apprendre que dans certaines circonstances il est bon de faire preuve d'habileté plutôt que de bestialité. Mais je ne crois pas me tromper en pensant que la seule chose qui lui importe est l'effet que ses actes auront sur lui... C'est sans doute pour cette raison, d'ailleurs , qu'il a renoncé à se bloquer le dos en soulevant cette porte. Cette porte... C'est comme si le tueur était tout simplement entré, sans autre difficulté que celle d'actionner une poignée huilée à la perfection. « Si c'était un animal, comment serait-il entré sans faire de dommage ? » La voix de Gyllian attire mon attention. Je me tourne vers Jezebel, puis vers sa sœur. Ces deux créatures sont sans doute les plus splendides de tous les van Kraft que j'ai pu connaître. Je ne sais rien d'autre à leur sujet que ce que j'ai pu en voir, et au souvenir de certaines réactions de Jezebel... « C'est peut être à vous de nous le dire ? » Mon propre murmure m'a échappé. Gyllian pose des yeux froids sur moi, tandis que Jezebel feint de n'avoir rien entendu, crispé contre le mur comme s'il espérait que ça le protège de l'orage... C'est le moment que choisi von Herzen pour revenir, et me lancer dans les mains une pierre grosse comme son poing. Je lance un regard à Jezebel, cherchant à le rassurer, même si je sais que c'est en vain. Il a toujours eu si peur des orages... Rapidement, je me reconcentre sur mon objectif du moment : faire sauter cette serrure, ce qui au fond ressemble de très près à la plupart de mes objectifs habituels... et même au but principal de mon existence. Derrière moi, Gyllian et Jezebel continuent de se poser des questions, tandis que Siegfried semble quelque peu mis à l'écart, comme si la fratrie n'avait que faire de ses questions inutiles. « Et par où serait-elle entrée, cette bête imposante ? - Je l'ignore. Je n'y crois pas plus que ça. Mais d'après ce que Müll m'a rapporté je ne connais aucun... humain capable de faire ça. » Les yeux toujours fixés sur la serrure, je donne un coup sec dans le manche du poignard, suffisamment droit pour ne pas risquer de briser le bout de la lame à l'intérieur, même si ce risque est quasiment nul. Un craquement se fait entendre, coupant la parole à Siegfried, alors que je sens sous mes doigts une vibration violente. La serrure a cédé. Un silence de quelques seconde passe, bientôt brisé par Jezebel, qui daigne enfin répondre aux grommellements de son oncle. « Je ne suis pas d'un naturel poli, surtout avec les gens que je méprise. » Il se tourne vers moi, et j'en fais de même, me redressant sur mes jambes. Ses yeux se plongent dans les miens, furtivement, brillants d'une lueur à la fois froide et terrifiée. « Cela dit, vous vous montrez utiles tous les deux... » Sans hésiter, il s'avance vers la porte et l'ouvre en grand sur l'obscurité de la pièce. J'entre derrière lui, les doigts d'une main serrés autour de mon poignard, l'autre tâtant le mur à la recherche d'un interrupteur. Les notaires sont généralement assez riches pour installer l'électricité dans leur office. La lumière s'allume sur une pièce ordonnée, où trône un bureau entouré d'étagères. Derrière ce bureau, une porte, qui doit donner sur un accès vers l'étage. Excepté une étagère un peu en désordre, tout a visiblement été rangé. D'ailleurs, sans regarder attentivement, il n'y a aucune trace de sang. C'est si propre... à croire que la tête du notaire a été tranchée avec du fil à couper le beurre. Gyllian, puis Siegfried entrent à leur tour. En alerte, je reste tout près de Jezebel, que je sens un peu moins tendu, à l'inverse de nous tous, maintenant qu'il est à l'abri. La voix de Siegfried est la première à rompre le silence. « Diable, l'endroit est bien propre pour le lieu d'un meurtre. Ils ont dû intervenir vite et nettoyer avec diligence pour ôter les traces de sang. Ils cherchaient sans doute à cacher quelque chose... Jezebel esquisse une grimace, sans doute en accord avec son oncle. Ses yeux se posent sur la porte derrière le bureau... un léger frisson me parcourt à la vue de ses lèvres qui s'ouvrent pour parler. « Séparons-nous en deux groupes... Hargreaves, von Herzen, vous allez voir ce qu'il y a derrière cette porte. Gyllian et moi allons fouiller cette pièce. » Je fronce les sourcils, mécontent. « Jezebel, je ne suis pas certain que se séparer soit une bonne idée. - Ce n'était pas une question Hargreaves. » Son regard me foudroie. Que je me taise et lui obéisse enfin. Gyllian lâche un rire bref. « Si les groupes avaient été... différents, je ne suis pas sûre que vous auriez dit cela. - Là n'est pas la question Gyllian. Je pense ce que j'ai dit. Se séparer ne me semble pas une bonne idée. » Les dents serrées, je ne m'éloigne pas de Jezebel. L'idée de s'éparpiller ne m'enchante pas, nous n'avons aucune idée de ce qui s'est passé ici, et j'ai un mauvais pressentiment. « Vous n'avez peut être pas confiance en Frau Gyllian ? Votre bel oisillon ne s'envolera pas, Herr Hargeaves, on lui a rogné les ailes. » Sur un ton glacial, Jezebel intime à Siegfried de se taire. Je reçois pour ma part un regard flamboyant, délicieusement vivant. « Emmenez cette raclure d'être humain de l'autre côté de la porte, vous ! » Son ton est sans réplique. Je retiens mon souffle une seconde et me force à m'arracher à son regard. Ce n'est vraiment pas le moment de me permettre le moindre égarement... Sans chercher à dissimuler mon inquiétude, je me dirige vers la porte en faisant signe à von Herzen de me suivre. L'odeur est la première chose qui me frappe en ouvrant la porte. Une odeur de mort, et de sang putride. Je plisse le nez. Derrière moi, j'entends Siegfried renifler. Sa voix s'élève, sur un ton qui se veut neutre. « C'est un meurtre ou une boucherie ? Ce genre de fumets n'est pas familier des officines de notaires. » Je lui fait signe de se taire, et m'engage dans le couloir, sans regarder en arrière. Je sais que je ne dois pas hésiter, même si quelque chose me dit que je ne devrais pas me trouver là. Siegfried me suit, sans obéir à ma demande de silence. « J'ai l'impression d'être un cambrioleur en quête de l'habitant des lieux pour l'égorger. » Au fond du couloir, grâce à la lumière que diffuse la pièce principale, je distingue un escalier. Pas à pas, je m'avance vers lui. Le sol est étrangement noir comme si... Un frisson glacé me fige soudain sur place, au bruit que j'entends sous mes pas. Un bruit de succion, renforcé par la sensation de s'arracher à une substance dont l'aspect est anormalement collant. « Sauf que l'habitant des lieux a cessé d'habiter. » Siegfried termine sa phrase dans un souffle, et ouvre dans le même temps la porte en grand, laissant entrer la lumière, et dévoilant au sol une longue et épaisse trainée de sang.... Du sang qui commence tout juste à noircir... la trace d'un corps qu'on a trainé alors qu'il se vidait littéralement de sa vie. Figé au milieu de ce chemin tracé par le meurtre, je ne puis empêcher ma voix d'appeler Jezebel. Chose que je regrette aussitôt, en le voyant à apparaître en contre jour dans l'encadrement de la porte. Je ne peux voir son visage, mais j'entends un choc dans sa gorge, lorsque ses yeux se posent sur le spectacle. « Ma foi... On dirait que le zèle policier ne va pas au-delà du visible... - Allons donc, on se croirait sur un domaine de chasse. Allons nous trouver un chevreuil blessé au bout de la piste ? » La remarque idiote de von Herzen me sort un peu de ma stupeur. Retenant mon souffle, je parviens à reprendre ma progression vers l'escalier lentement. La voix de Jezebel se fait subtilement plus douce, je suis sans doute le seul à le remarquer, mais l'effet est immédiat, et je parviens de nouveau à respirer, rassuré sans la moindre justification. « Je doute qu'il s'agisse d'un chevreuil. » Il marque un temps d'arrêt, avant de s'adresser directement à moi. « Il y a peut-être un interrupteur dans l'escalier ? » Dans un réflexe, je me tourne une seconde vers lui... juste le temps de voir Siegfried accroupi, tâtant, humant et goûtant le sang qui couvre le sol. « Hum, ce n'est pas un chevreuil en effet. » La nausée me prend à cette vue dont je me serais bien passé, renforcée par l'odeur immonde qui ne fait qu'augmenter à chaque pas que je fais. Arrivé au pied de l'escalier, je cherche du bout des doigts l'interrupteur, et tente de l'actionner. Il résiste d'abord, puis fini par céder, et illumine horriblement le couloir. La traînée s'étend sur l'escalier, plus irrégulière, les murs et l'interrupteur sont couvert de sang séché. Je grimace, et adresse un nouveau regard à Jezebel, auquel il répond par un sourire en coin. « Je vois que vous avez des choses à découvrir... » Et il disparaît de nouveau dans le bureau, tandis que von Herzen me rejoint, une expression indéchiffrable sur le visage. L'odeur m'est de plus en plus insupportable, et j'évite de regarder vers le haut de l'escalier en le grimpant marche par marche, étrangement rassuré par la présence d'un fou derrière moi. Les choses ne tournent pas rond. Constatation pertinente qui se confirme à la découverte de morceaux de chair éparpillés sur l'escalier. Siegfried grince des dents. « Voilà pourquoi nous n'avions pas entendu parler du corps du notaire... » Les morceaux se font de plus en plus gros, et de plus en plus nombreux. Des bouffées de chaleur me montent à la tête, je coupe ma respiration, espérant échapper à cette immonde odeur de cadavre. Les dents serrées pourtant, je ne m'arrête pas de monter, ce serait pire que tout. « Hargreaves, si vous vous sentez mal, ne regardez pas, nom de Diable ! - Taisez-vous ! » Sangdieu... Je suis enfin en haut, à l'entrée d'une pièce où règne un épouvantable carnage. Partout, des papiers éparpillés, baignant dans des flaques de sang putride et des morceaux de corps entiers. Je m'avance en tremblant jusqu'au milieu de la pièce, suivant le conseil de Siegfried en évitant de m'attarder sur les pièces de ce corps déchiré. Ma voix brisée articule quelques mots, sans me laisser le temps d'y réfléchir vraiment. « Herzen, quelque chose me dit que vous en saurez plus que moi à ce sujet .... » Je veux sortir d'ici. « Par tous les diables, qu'est ce qui s'est passé ici ? » Sortir de là, de cette scène ignoble... « ... à votre avis ? avec quoi ce corps à été... découpé ? » Ce corps... comment être sûr qu'il n'y a qu'un seul corps ? « Vous appelez ça DECOUPE ? ... J'appelle ça déchiqueté. On n'avait guère vu pire depuis que les chinois ont inventé la poudre et transmis cette connaissance aux européens. » Peu-importe Siegfried. Peu-importe le vocabulaire et les chinois. Finissons en ! « .... répondez à la question... vous pensez que c'est une bête ? » Je ne me laisserais pas égarer de l'objectif. Nous sommes ici pour apprendre ce qui s'est passé, et peut être retrouver ce maudit testament qui est sans doute à l'origine de tout ceci. « Dans ce genre de circonstances, je préfère encore donner raison à mon neveu et ne pas penser.... » Silence. Les bouffées de chaleur me reprennent. J'ai la nausée. Sortons d'ici... Sortons ! « A en croire mes instincts primaires, c'est un prédateur, oui. » Mon regard ne peut plus échapper à l'horreur de ces bouts de cadavres éparpillés à mes pieds. Du coin de l'œil, je vois même Siegfried les observer attentivement, peut être même les compter. « Où... où est la tête ? » Un frisson affreux m'envahit à ces mots. La tête... la tête du notaire. Je ferme les yeux et cherche à rassembler mes esprits. Ses instincts... Un prédateur... Des images me viennent. Des souvenirs que je me refuse à identifier. « ... un prédateur... n'est pas forcément une bête... » Je serre les dents, et porte mes mains à mes tempes pour les masser. Je suis couvert d'une sueur glaciale, qui vient s'ajouter à l'eau de pluie sur mes vêtements et dans mes cheveux. Je vais sans nul doute attraper froid, mais prévenir ce mal est la dernière chose à laquelle je pense actuellement. « Un homme d'une très grande force et particulièrement fou pourrait peut être être capable de ce genre de... dégâts. » En rouvrant les yeux, je les pose tout de suite sur Siegfried, espérant éviter le cauchemar. En vain. Il est accroupi près d'un reste de bras dont la main aurait été tout bonnement dévorée. Il grimace. « En effet, c'est probablement une bête. Féroce. Et qui a pris ce pauvre homme pour un casse croute, ou alors il manque plus que la tête. » Cela suffit. C'en est trop. Cette odeur... et ce sang. Tout ce sang. Je n'en ai pas vu autant depuis... « J'en ai assez vu. » ... depuis l'écossais. Je m'étais baigné dans son sang. Le sang que j'avais moi même versé. Son corps transpercé par la porcelaine... par mes doigts. Et sa vie qui giclait sur mon visage ! Les doigts de Siegfried se referment autour de mon poignet, m'empêchant de continuer à reculer vers l'escalier, m'empêchant de me noyer dans mes souvenirs. « Le testament. » Le testament... ? « Vous... croyez vraiment qu'il est là ? - Face à ce genre de scène, je suis disposé à croire beaucoup de choses. » Je déglutit péniblement, la gorge sèche, avant de répondre. Je ne veux pas m'attarder ici. Je me fiche de ce testament. « Si c'est une bête, elle n'aura pas prit le testament, à moins de l'avoir dévoré... mais... les papiers sont couverts de sang, même si le testament est là, il risque d'être illisible. - Cessez de tergiverser, imbécile ! Nous verrons à ce moment là, en attendant, c'est pour cela que nous sommes ici, je me trompe ? » Il s'accroupit de nouveau, et commence à ramasser les feuilles sanguinolentes. Une grimace dégoûtée tord mon visage. Je recule vers le mur. Le voir ainsi, les mains dans le sang, lui qui m'a étreint avec autant de brutalité... Bon sang... Quelle que soit la chose qui a fait ça. Qui que ce soit. Il a dû y prendre bien du plaisir... cet ignoble plaisir qui pousse à s'acharner sur le corps d'un homme, jusqu'à le réduire en charpie... « Pleutre. » De nouveau, mes souvenirs sont chassés par la voix de Siegfried. Je lui intime d'un ton sec de se taire, bien que son insulte m'ai aidé à revenir au présent. Je n'ai pas peur. Non, ce sentiment n'est pas un sentiment de peur. Mais ces souvenirs... ils n'ont rien à faire ici. Je le sais. Je suis là pour lui. Ces stupides choses ne doivent pas venir me troubler. Je n'ai pas le droit de les laisser faire. Luttant, j'imite Siegfried et me baisse pour ramasser quelques papiers avec la pointe de mon poignard... Quelques secondes après, je me redresse en retenant un sursaut de dégoût. « Ils sont illisibles, Siegfried ! C'est inutile ! » Sans un regard vers moi, il hausse les épaules. Comment fait il pour être tellement calme..? « Je suis intéressé par ce testament, je n'abandonnerai pas à peine commencé. » Malgré moi, je balaye la scène du regard, et tressaille. « Il est mort, Dorian. Ce corps ne va pas se dresser pour vous accuser de je ne sais quels crimes ! Laissez vos terreurs enfantines de côté et aidez moi plus efficacement que ça ! » Qu'il se taise bon sang... qu'il se taise ! « Encore que je serais curieux de savoir de quels crimes il pourrait être question. » Un sourire s'est dessiné sur ses lèvres en murmurant ces mots. Je serre les dents, incapable de juger s'il cherche à me calmer ou a m'angoisser davantage. Ce n'est pas de la peur... mais comment expliquer ça à un homme comme lui alors que je ne puis pas me l'expliquer à moi même ? Grimaçant, je jette un regard furtifs aux papiers épars. « Je persiste à dire que vous vous donnez du mal pour rien. - La paix, sombre imbécile ! Retournez auprès de votre oisillon si vous préférez ! - Je ne vous laisse pas seul. - Merci de tant de sollicitude, MyLord, mais votre absence ne m'inquiètera pas outre mesure. - Il ne s'agit pas de ça. » Il le sait. Inutile de lui expliquer. Je n'ai pas confiance en lui. S'il existe la moindre chance qu'il tombe sur le testament, et que par un miracle insensé le document soit encore lisible, au nom de Jezebel, je ne peux risquer de laisser à von Herzen la possibilité de le voler. Il est de ces hommes là, qui prennent pour eux, toujours pour eux sans jamais penser aux plaisirs et aux douleurs des autres. Il est comme eux. Comme l'écossais. Et comme ma mère. Inconsciemment, j'ai reculé jusqu'au mur, et je sens dans mon dos mes habits se mouiller davantage encore qu'ils ne l'étaient. Je m'écarte vivement, et découvre dans un frisson d'horreur que je suis couvert de sang presque frais, remouillé par l'eau de mes cheveux dégoulinants. Mon cœur se met à palpiter et ma respiration se fait difficile. Je reste figé là, les ongles plantés dans ma paumes pour me forcer à garder contenance. « Trouvez vous quelque chose ? - Hum... voici qui pourrait être intéressant. » Vivement, je tourne la tête vers lui, et m'approche de la fenêtre où il se trouve. Toujours tremblant, j'oblige mon esprit à se concentrer sur le paquet d'épaisses feuilles imbibées de sang que tient Siegfried dans ses mains. « Qu'est ce que c'est ? - Pour quelqu'un donnant l'air à deux doigts de se trouver mal, votre curiosité semble vous redonner de l'ardeur. » Je balaye sa raillerie d'un geste agacé. Il se reconcentre sur son butin, en fronçant un peu les sourcils. « Des lettres. Et même si le sang les a rendues illisibles, une partie a probablement évité ce sort. J'ignore, cependant, si cela a un quelconque intérêt. » A ce moment, l'orage qui semblait s'être un peu calmé, déchire violemment le ciel. Un craquement puissant résonne dans la nuit, succédant a un immense jet de lumière aveuglant. Jezebel a du trembler en bas... « Montrons les a... - Si on les donnes à l'oisillon, il voudra encore cacher des choses. » Un nouveau fracas de tonnerre se fait entendre. Je serre les dents. Siegfried ouvre une des enveloppes en bon état après s'être débarrassé des autres. « J'ai davantage confiance en lui qu'en vous, von Herzen. Lisez les devant lui, si ça vous rassure, mais descendons ! Ne faites pas l'idiot. » Mes doigts se sont posés sur l'enveloppe pour l'empêcher de l'ouvrir davantage. A ma surprise, il ne lutte pas, et referme le papier. « Soit. Mais je les garde avec moi.... Passez devant, je ne voudrais pas que vous me tombiez dessus en glissant sur le sang. » Il esquisse un sourire moqueur, qui s'efface d'un seul coup au son de hennissements violents provenant de l'extérieur. En tendant l'oreille, j'entends un semblant de voix, et des pas sur les pavés. Brutalement, mon angoisse est chassée, laissant place à une attention efficace. Siegfried réagit immédiatement. Il range les lettres dans son manteau et se saisi de son poignard. Mes doigts se referment autour du mien, et je me précipite au rez de chaussée, en prenant soin de ne pas glisser dans l'escalier. En entrant dans le bureau je me trouve face à Jezebel, qui me fixe d'un air dégoûté, un tableau dans les mains, comme s'il n'avait pas entendu le vacarme des chevaux. « Vous êtes couvert de sang Hargreaves. » Il se détourne simplement de moi, et s'apprête à raccrocher le tableau, quand Gyllian, visiblement sur les nerfs, le lui arrache des mains. « Les chevaux... » Siegfried est en alerte, il entend comme nous les pas qui s'approchent de la porte d'entrée. Je m'avance vers Jezebel, inquiet de le voir sourd à tous ces sons. En réaction à mon mouvement je vois ses pupilles se rétracter d'un seul coup, et son bras se lever pour m'ordonner de rester à distance. Je me fige, conscient que ce signal dans ses yeux n'a rien de bon, il est dû au sang sur mes vêtements. Je ne peux rien faire d'autre qu'obéir. « Imbéciles ! Je ne sais pas ce qui vient, mais nous n'avons pas à nous trouver là ! » Le murmure de Siegfried pousse Jezebel à tendre l'oreille. Ses pupilles se dilatent à peine, il reste en alerte. Un regard furtif vers sa sœur, et déjà il nous fait signe de retourner vers la porte. « Venez, vite ! » Les dents serrées, Siegfried insiste. « Les chevaux ! » Jezebel marque un temps d'arrêt. Il jure entre des dents avant de refermer la porte sur nous. « Tant pis. » Il frémit, sans doute à cause de l'odeur, qui me prend moi aussi de nouveau à la gorge. « Il faut que nous nous cachions... à l'étage. »
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| Ven 19 Juin 2009 03:12 |
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Loydyn
(alias Twilight)
Âge : 25 ans
Activité : Majordome de la famille
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» Re: Acte III : Le Visage de ton Double
La bande sonore ?J’ai réussi à retrouver Léandre ! Il m’avait dit de ne pas bouger mais je ne pouvais pas rester alors que le maître allait fermer la porte à clef. Donc je suis retourné vers la cuisine. Mais je me suis souvenu et j’avais pas envie d’aller voir tout le monde avec des larmes dans les yeux. Donc j’ai cherché à trouver quelqu’un d’intéressant qui ne pleure pas. Et je suis tombé sur Léandre. J’aime bien trouver les gens et les regarder pendant qu’ils travaillent. Ca m’arrive souvent et en général j’essaie qu’ils ne me voient pas. C’est pas difficile, c’est des adultes et moi je suis toujours un enfant pour eux. Donc je suis invisible et ça me plait ! Donc j’observe Léandre et l’autre dame qui parlent. Ils ont pas l’air de s’aimer beaucoup. Pourtant un garçon et une fille c’est fait pour s’aimer, enfin je crois. Mais Léandre l’est trop blanc je crois. C’pas normal non plus qu’il soit tout blanc comme ça. J’suis sur qu’il a un secret. Et puis la dame aussi elle a un secret, sinon ce s’rait pas amusant. En tout cas elle a l’œil pour me trouver, j’étais pas très visible et puis comme ça pouf, elle m’a tout trouvé ! C’pas drôle, elle est pas drôle ! « J’suis pas un lutin ! » Léandre me regarde alors que je me détourne, vexé. Elle a pas le droit de m’appeler lutin, non non, elle peut pas, je ne veux pas ! Je ne suis pas un lutin, elle a pas à me trouver et puis j’ai pas envie d’aller à la cuisine ! « Non, c’est vrai, tu es trop sale pour un lutin. » C’est pas vrai d’abord, j’suis pas sale et j’suis pas un lutin et puis elle m’embête avec ses remarques, c’est pas une gentille dame ! J’suis bien content que m’sieur Jez il va pas devenir son mari. Je risque un nouveau regard vers Léandre et il me fait signe d’obéir. Chercher à manger, pff c’est pas amusant ça ! Sauf que je peux prendre plus et en profiter pour avoir un bon truc à gouter, ouais c’est mieux déjà. Je vais vers la cuisine et je me dis qu’il va me falloir une bonne explication pour Hildegarde. Elle est trop vieille et elle me comprend pas, j’l’aime pas trop mais elle sait ce qu’il faut faire quand les gens arrivent et puis c’est elle qui m’commande. Va falloir que je lui dise pourquoi je n’ai pas aidé à ranger le cellier alors qu’on me l’avait demandé. Mais est-ce que j’ai pas à d’abord obéir aux invités ? Mais comme j’ai pas de solution, faut que j’en trouve une. Je m’assois derrière un rideau et je cherche une solution. Elle est pas méchante mais elle va me fâcher et puis je vais être surveillé après, c’pas amusant du tout. Faut que j’trouve une idée pour pas me faire fâcher. C’est dur d’être ici des fois, j’ai peur de certains gens. J’entends parler de l’autre côté des rideaux et je bouge pas. J’ai reconnu la voix de Léandre et s’il sait que j’ai pas fait ce qu’on m’a d’mandé, il va p’tête me fâcher lui aussi. Pourtant je sais que lui il fait pas toujours ce qu’on lui demande. Faut qu’il ait décidé de le faire pour obéir. Mais bon… là j’crois qu’ils sont plus loin. Je vais juste regarder un tout p’tit peu pour savoir ce qu’ils font et où qu’ils vont. Y’a Léandre, Cordélia, Lor’lei, Mull’ et Katarina. Ca fait du monde et ils ont l’air d’aller à la cuisine. J’espère que c’est pas d’ma faute, j’ai pas fait d’bêtises grave, j’crois pas. Mais faut que je les suive sans me faire voir. Et puis comme ça p’têt que je vais pas me faire fâcher par Hilde. Oui, ils vont dans la cuisine et si j’entre ça va pas aller pour moi. Faut que j’attende un peu. Autant m’éloigner et revenir après, si la dame qui me prend pour un lutin elle a trop faim, elle trouvera quelqu’un d’autre. Je retourne derrière mon rideau et je continue à réfléchir. Mais j’crois que je vais pas trouver d’excuse bien. C’est bête, je trouve jamais d’excuse bien à dire. Bon, ça fait longtemps là, je vais pouvoir retourner dans la cuisine. Je cours quand même un peu pour faire croire que je me suis dépêché et je vois qu’ils sont partis. C’est bien. Mais Hilde elle est là et elle me regarde avec de gros yeux. Je prend mon fifre et je souffle doucement dedans pour montrer que je suis désolé. « Jeune homme et votre rangement ? » Je baisse les yeux encore un peu et je souffle un petit air pour remontrer que je suis désolé. Elle me fait encore les gros yeux et pour pas être fâcher trop fort, je parle très vite. « La m'dame qui veut dev'nir celle de Jez’bel elle a faim, j'lui donne quoi pour manger pendant qu'elle lit ? » J’ai peut-être été un peu trop vite, elle me fait toujours les gros yeux mais elle a surtout l’air embêtée par ma question. C’est pas de ma faute si elle veut manger. Hilde finit par me répondre et je l’écoute tout bien comme il faut. « Hé bien ... c'est fâcheux de manger dans la bibliothèque, mais Herr Jezebel - je te défends de l'appeler comme tu le fais - le fait lui-même... je suppose que tu devrais lui offrir ce qui sied à une dame de son rang, ces exquises gâteries que nous n'avons pu servir au dîner par exemple. Assure-toi qu'elle ne salisse rien ! » Je crois que je dois m’excuser, ça fait toujours plaisir aux gens quand on s’excuse. « Pardon Hildegarde, j'pas fait 'xprès. C'est long comme nom Herr Jezebel. Mais j'vais lui donner des exquis'teries comme que t'a dit ! » Elle me regarde comme si j’étais un paysan pas dégrossi en secouant la tête. Mais moi j’suis pas un nob’. Je sais pas parler comme eux avec des mots compliqués, ça m’viendra p’têt un jour quand je serais plus grand. Je regarde autour de moi et je prends deux petits plateaux avec des gâteaux. Je la regarde comme pour lui demander conseil. Elle hoche la tête et je repars mais pas en courant. Je comprends pas pourquoi elle a appelé ça des exquis’teries, pour moi c’est des gâteaux et puis c’est tout. Il faut toujours qu’ils disent des mots compliqués les adultes, moi j’aime pas les mots compliqués. Je passe devant mon rideau et je me dis que la dame de Herr Jezebel elle a pas besoin de deux plateaux même s’ils sont pas grands. Moi je peux bien en avoir un aussi sinon ce serait pas juste. J’ai été presque sage et j’ai pas fait trop de bêtises et on m’avait dit que je pourrais avoir un petit bout de dessert si j’étais sage. Donc j’y ai droit ! Je pose le plateau sur le bord de la fenêtre et je repars avec l’autre dans les deux mains. La dame de Jez elle aura assez à manger comme ça ! « Tiens, mon petit lutin ! » Je l’aime pas, elle se moque trop de moi. Je m’approche et décide de bien parler avec des mots compliqués comme Hildegarde. « C’est des exquise’teries pour une dame de qualité qui sied dans la bibliothèque. » Elle me regarde avec un drôle d’air avant de rire. Je pose le plateau sur la petite table basse et je me retourne. Elle a pas le droit de se moquer de moi alors que je fais des efforts. Je sais, bouder, c’est pas de mon âge mais j’ai envie ! « Ne te vexe pas petit elfe, je vais t’apprendre à parler si tu veux. » Je la regarde avec les plus gros yeux que je peux, mais je vois bien que ça ne l’impressionne pas plus que ça. Je prends alors mon fifre et je lui joue une trille vexée rien que pour lui montrer que je ne suis pas petit ! ni lutin ni elfe d’abord ! Elle me regarde, surprise, et elle mord dans un gâteau. Elle a l’air étonnée, mais c’est bien fait pour elle. « Et bien si je m’attendais à ce que tu saches en jouer ! C’est très bien, on pourra faire quelque chose de toi si les petits cochons ne te mangent pas avant. » Je ne sais pas si je dois être encore plus vexé ou bien content qu’elle m’ait dit que c’était très bien. Je choisi de continuer à jouer un peu pour montrer que j’hésite et elle me sourit sans être moqueuse. Je crois que je vais jamais la comprendre. « Si demain arrive un jour, je crois que je pourrais t’apprendre à parler comme il sied à un jeune domestique d’une bonne famille. Mais je le répète, un bain ne te ferait pas de mal petit elfe ! » Je sais qu’Hildegarde m’a demandé de la surveiller pour qu’elle ne salisse pas la bibliothèque, mais moi je ne veux pas rester là avec elle pendant qu’elle me dit des choses méchantes. Enfin, pas méchantes mais pas comme d’habitude, et ça j’aime pas. Et puis j’ai pas envie de me laver ! Qu’est ce qu’elles ont les filles avec les bains ? C’est pas amusant et puis ça prend du temps. En plus, se laver ça sert à rien, on est vite resales ! « Hildegarde elle a dit aussi que vous deviez pas salir les livres ! » « N’aie crainte, je vais être très prudente, tu peux me laisser à présent, je n’ai plus besoin de toi pour le moment. Reviens dans une heure pour reprendre le plateau. » Sa voix n’est pas si gentille que ses mots et je décide de m’en aller. Surtout que j’ai un plateau rien que pour moi qui m’attend. Je retourne vers mon rideau et je vois la petite fille tsigane. Elle a une flute et je crois que j’ai envie de m’amuser encore. C’est presque un bébé mais tant pis, c’est la plus proche de mon âge d’abord ! Donc je peux jouer avec elle ! Et puis, un plateau pour moi tout seul c’est pas amusant… Je porte mon fifre à mes lèvres et je joue un trille moqueur pour obtenir son attention. Elle redresse la tête et me regarde, je ne peux pas la voir en détail, elle est trop loin et puis elle a un masque. Je sais pas pourquoi mais c’est pas un problème. Je recommence avec un trille plus compliqué. Et ensuite je lui fais un sourire en désignant sa flute du menton. Elle continue à me regarder puis elle la porte à ses lèvres. Elle répond à mon trille par une petite mélodie tout aussi complexe. Le jeu commence et je vais m’amuser un peu plus je crois. Elle reprend sa mélodie et commence à la compliquer de plus en plus pendant que de mon côté je fais pareil avec mon trille. On finit tous les deux par manquer un peu d’air et je m’approche d’elle en riant. Elle sourit aussi, elle a l’air gentille comme ça et pas trop bébé. Je la soulève et la fais tourner un peu, les petits ils aiment bien ça qu’on m’a dit. Elle se raidit et me parle. J’entends sa voix fluette, c’est amusant comme mot fluette, ça ressemble à flute. « Dis, tu veux gouter un bon gâteau ? » Elle me regarde sans avoir l’air d’oser accepter. Tant pis, je suis sûr qu’elle en a aussi envie que moi. Je la prends par la main et je l’entraine vers le rideau. Nous passons derrière et elle voit le plateau sur le rebord de la fenêtre. Elle me sourit et je la soulève pour l’asseoir, tant pis si elle aime pas, il faut bien que je l’aide. Ensuite je me mets de l’autre côté et nous commençons à manger. Finalement, être à deux c’est amusant, plus qu’être tout seul. Dommage qu’elle soit un petit peu bébé quand même. De temps en temps, l’un de nous joue un petit air et nous rions encore. Le son n’est jamais fort et je pense que si on nous cherche, il faudra passer tous les rideaux au peigne fin. Mais le jeu est amusant et les gâteaux sont vraiment des exquises gâteries, je crois que je vais pas aller dormir tout de suite. Il y en a encore à la cuisine, p’têt que je pourrais aller en rechercher plus tard en disant que c’est pour la dame de la bibliothèque. La petite fille sera certainement d’accord pour en avoir plus. Mais y’a le temps, on a pas encore tout mangé.
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| Sam 20 Juin 2009 23:45 |
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Owen Varner
(alias Blewark.)
Âge : 25 ans
Liens : Vague Cousin Activité : Rédacteur en Chef - Journal d'Esthétique Féminine
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» Re: Acte III : Le Visage de ton Double
Je dois avoir perdu conscience. Je me sens aussi bien qu’un chien qui a reçu cent coups de bâtons. L’arrière de mon crâne me lance affreusement, et au sentir de mes cheveux poisseux, je crois que j’ai saigné. … Que s’est-il passé ? Je me souviens… de Dorian. Est-il parti ? Son cheval était nerveux…
« Protège Kail »
Il est parti… Et ensuite ? Je n’ai pas eu le temps de voir Kail… Que s’est-il passé ? Je ne sais pas… je ne sais pas… c’est tellement flou… Je ne sens plus mon bras droit. Je ne saurais pas même dire s’il est encore là ou non. Une douleur. Seulement une horrible douleur au crâne, et au visage. Mes oreilles bourdonnent, j’ai la lèvre gonflée je crois… Mes souvenirs refusent de revenir. Il y a la voix de Dorian, et puis plus rien. De vagues images peut-être. Beaucoup trop troubles. Je n’ai pas encore essayé d’ouvrir les yeux. Mes paupières ne m’ont jamais semblées aussi lourdes, on dirait même qu’elles sont collées. Quelque chose de doux, froid et humide passe sur mon visage et mon cou. On dirait des doigts de femme. Un peu plus courts que ceux d’Erin, un peu plus adroits, un peu plus sûrs. Des doigts mouillés… qui me nettoient avec le coin d’un linge. Sous mon front et ma lèvre, ça m’irrite. Ça pique, et ça colle un peu, comme du sang coagulé sur une plaie récente. Lentement, je lève ma main gauche vers celle qui tamponne délicatement mes blessures. Elle se fige. Je l’entends murmurer quelque chose, sans parvenir à saisir ses mots. Une deuxième main, différente, se pose sur mon front. Je sens la chaleur d’un souffle près de mon oreille, et une voix…
« Monsieur Varner ? »
… une voix douce et ferme, sans une once de miel sirupeux. Une voix qui exige mon attention. Une voix soucieuse, et grave.
« Vous m’entendez, Monsieur Varner ? »
Je vous entends madame…
« Pouvez-vous parler ? »
…
« J… Que… s’est il passé ? »
Deux soupirs soulagés s’échappent simultanément des infirmières dont les mains ne cessent de me palper doucement. Sous la plupart des pressions de leurs doigts, je ressens une douleur crispée, comme si j’étais couvert de bleus. J’ignore encore d’où me viennent ces courbatures. Mes esprits concentrés sur les chuchotis des deux femmes négligent ouvertement les souvenirs qui me permettraient de comprendre comment j‘ai atterri sur ce lit.
Le souffle, qui s’était un instant éloigné, revient tout près de mon oreille, et la voix, à nouveau, de s’élever doucement.
« Vous avez reçu plusieurs coups au crâne, n’essayez pas de bouger. Votre bras est transpercé, pouvez vous me dire s’il vous fait mal ? »
Transpercé ? …
« … Non. Je… ne sens rien… du tout. »
Les chuchotis reprennent, plus brièvement. La deuxième infirmière semble angoissée. Sans doute pense-t-elle que mon état à un lien avec la mort du comte… Je ne pense pas. Je ne sais pas. Je crois… je crois que j’ai croisé Lorelei. Mais quand ? Depuis combien de temps suis-je là ?
« Monsieur Varner… N’avez-vous aucun souvenir ? »
Je ne sais pas…. Lorelei est une femme dangereuse… Dorian lui-même évite de s’en approcher. Son idéal féminin… La femme parfaite… Parfaitement démente. Je me souviens maintenant. Je n’étais pas assez sur mes gardes quand elle m’a abordé. Elle a dit quelque chose… au sujet de ce qui me lie à Dorian. Ou l’inverse. Et ensuite… Je ne sais plus. Je crois que c’est elle… Son bras enfoncé si loin dans ma bouche… Elle a transpercé le mien. Je me souviens de ça. Je me souviens de la douleur épouvantable que j’ai ressentie. Mais après ça… plus rien. Je ne sais comment je suis arrivé là. Je ne me souviens pas qu’elle ait cogné ma tête…
« C’est un des tsiganes qui vous a conduit ici. Est-ce qu’il vous a fait du mal ? »
Un tsigane ? … il m’a soutenu dans les escaliers…
« Non… pas le tsigane. »
Il m’a aidé…
Je force mes paupières à s’ouvrir davantage et cherche malgré ma vue trouble à entrevoir les infirmières. L’une d’entre elle a des cheveux blonds, et un nez un peu retroussé… Elle me regarde, les doigts pressés sur mon poignet pour évaluer mon pouls. Je crois voir un vague sourire se dessiner sur ses lèvres.
« Vous pouvez me dire qui vous êtes ? »
L’espace d’un instant, je ne comprends pas. Il me semble qu’elle a prononcé mon nom… Ne le sait-elle pas ?
« Owen… Varner. Je suis le… valet de Monsieur… Hargreaves. »
Elle acquiesce doucement.
« Et savez-vous où vous vous trouvez ? »
… Elle cherche à savoir si mes esprits n’ont pas été altérés par les coups…
« Nous sommes… au domaine van Kraft. »
Son sourire s’élargit un peu, comme pour m’indiquer que tout va bien.
« Bien, reposez-vous. Je vais vous chercher de l’eau à la cuisine, surtout n’essayez pas de vous lever. »
Je cligne des yeux, en signe d’accord, et la regarde se lever. Ma vue s’éclaircit un peu, je reconnais l’infirmière du comte, Cordélia Holingren, au sujet de qui Mülleimer lui-même n’a rien su trouver de méchant à dire. Mes yeux me font mal quand ils tentent de la suivre jusqu’à la porte. Dans un soupir, je les referme, et me concentre sur ma respiration.
C’est le moment que choisi la seconde infirmière pour s’agenouiller près de la couche où je suis étendu. Ses mains se remettent à palper doucement ma lèvre. Mais avec une étrange sensualité.
« J’ai peur Owen. »
J’entrouvre à nouveau les yeux en reconnaissant le jeune murmure de Katarina. Alors c’était elle…
« Que fais-tu là Katarina ? - J’aidais Cordélia à te soigner… »
Elle glisse sa main dans la mienne. Je referme faiblement mes doigts autour des siens, pour la rassurer. Peut-être pour me rassurer aussi un peu…
Et dans ce silence angoissé, sans oser lâcher sa main, je me laisse à nouveau sombrer dans un sommeil profond.
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| Mar 21 Juil 2009 20:59 |
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Marion van Rosenrot
(alias Ruth)
Âge : 50 ans
Liens : Epouse de Ludwig - belle-soeur de feue Amalberga
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» Re: Acte III : Le Visage de ton Double
Notre Père qui êtes aux cieux…Ils sont partis sous l’orage, sans tenir compte des avertissements que la nature leur offre. Derrière eux sont restés tous ceux qui, par crainte, par paresse ou par curiosité, ont préféré rester au château et bien sûr, il y a ceux que Jezebel a repoussés. Marion ne peut s’empêcher d’être songeuse, de se demander ce qu’ils comptent trouver à l’étude du notaire, où paraît-il les policiers ont tout nettoyé. Ils ne pourront enlever l’odeur de mort, cette odeur putride qui saisit à la gorge et tire des larmes à certains… des rires morbides à d’autres. La dame d’ombre préfère s’esquiver, quitte à chercher toute seule la clé de l’énigme. « Le visage de ton double »… Gabriella ? Impossible, la ressemblance entre cette truie et le comte n’était que faible. Un double… Que votre Nom soit sanctifié…A pas vifs, la dame d’ombre se dirige vers la chambre du mort. C’est le seul endroit où personne n’entrera, par respect pour lui, pour ce stupide corps déjà dégénéré, qui ne sera d’ici peu qu’un amas de pourritures nauséabondes. Les serviteurs la regardent passer sans chercher à la retenir, peu soupçonneux envers une femme qui semble si vieille, si frêle, si fragile. De toute manière, tous sont au salon, ou partis sous l’orage dans une quête absurde ; qui pourrait-elle tuer ou violenter dans ces couloirs si ce n’est les tableaux anciens ? Marion court presque, comme pourchassée par ses démons ; en vérité elle n’entend même pas les pas de Ludwig qui la suivent jusque dans cet antre de ténèbres. La chambre de Friedrich van Kraft. Allumant brutalement la lumière, elle ôte sa voilette dès que la porte se referme sur elle, délace son corset et se débarrasse de cet horrible col qui entrave sa gorge. Elle respire à pleins poumons comme si l’air s’était jusque-là refusé à elle, appuyée sur un secrétaire en ébène sculpté, sans tenir compte du cadavre. Ses cheveux roulent sur ses épaules dans une cascade noirâtre, elle se libère enfin dans le silence et la lumière apaisante. Que votre règne vienne…Des souvenirs… Des souvenirs qui affluent soudain, de cet autre temps, de cette autre vie qui l’a vue jeune, belle et si différente. Les valses aux bras d’hommes plus beaux, plus aimables… les rires et les apparences… Et aujourd’hui voilà ce que tu as pour seule compagnie, pour seul miroir qui flattera ton image : un cadavre immonde, misérable et sanguinolent… Tout cela n’est que folie. Elle n’aurait jamais dû venir, elle le sent, sans pour autant s’abandonner à la crainte. Après tout, des situations bien pires ont traversé sa route et jamais elle ne s’est accordé le droit d’avoir peur, pourquoi le ferait-elle alors que rien ne la menace ? Elle n’est juste pas à sa place. Encore qu’elle soit parfaitement incrustée dans ce décor d’hypocrisie et de sourires malsains. La porte s’ouvre soudain, elle se retourne vivement en cachant sa gorge dénudée, sans penser à protéger son visage, paniquée, le cœur battant à tout rompre. Le soulagement envahit vite ses traits lorsqu’elle reconnaît Ludwig, visiblement inquiet, qui l’a poursuivie jusqu’ici. Par curiosité, peut-être. Que ma volonté soit faite sur la Terre comme au ciel…- Tu ne devrais pas te montrer comme ça, murmure-t-il en s’approchant. - Je ne me montre pas. Et moi au moins, je porte le deuil, ce que ses enfants eux-mêmes n’ont pas jugé bon de faire. Je les comprends. Elle se détourne de l’homme et s’approche du cadavre, silencieuse, droite et digne. Du bout des doigts, elle effleure la croix gravée au coin du lit, puis la gorge tranchée et la poitrine transpercée. Friedrich est bel et bien mort, comme ces vieux lions qu’on croit encore invincibles et qui tombent aussi facilement qu’une vulgaire mouche. Encore qu’il soit difficile d’écraser une mouche. - C’est toi qui l’as… mutilé ? Elle s’écarte, goûtant avec une délectation visible au sang sur ses doigts, les yeux plantés dans ceux de Ludwig. - Tu ne devrais pas laisser ton chapelet. Elle saisit doucement le rosaire entre les doigts du cadavre et se dirige d’un pas vif vers la fenêtre entrouverte pour chasser l’odeur – et laisser entrer les insectes charognards, probablement. A travers les battants, elle glisse sa main et lâche l’objet qui tombe presque en silence dans l’une des gouttières ; là où personne ne le trouvera. L’eau qui tombe si violemment du ciel aura tôt fait de le laver du sang de Friedrich, plus personne ne pourra se douter que Ludwig a mutilé ainsi ce cadavre. Face à la fenêtre, elle sourit. Croisant son propre regard dans son reflet, elle semble rêver, loin des préoccupations qui quelques instants auparavant la tourmentaient. - Si Jezebel découvre ce que tu as fait, Ludwig, il se mettra dans une rage noire. - J’ai fait mon possible pour purifier l’âme de ce monstre. - Toutes les flammes de l’Enfer ne suffiraient pas. Le Démon possède cette famille, tu le sais… Celui qui tenait le Père s’est désormais incarné dans le Fils et la Fille, les rendant plus impurs encore. Mais peut-être qu’on peut les sauver… Ses yeux se baissent, l’espace d’un instant, elle ressemble de loin à une figure virginale, faite d’épouvantable souffrance. Donne-moi aujourd’hui mon sang de ce jour…- … Je prie pour eux chaque nuit. Leur seul tort est d’être né de la semence d’un Démon. Peut-être que leurs âmes peuvent encore être sauvées… - En es-tu certaine ? Elle secoue lentement la tête et se retourne vers lui, réajustant sa tenue débraillée. Dans ses cheveux, elle glisse quelques épingles afin de les retenir de nouveau, glissant de nouveau sa voilette sur son visage. - Je ne peux l’être. Mais le seul moyen de s’en assurer est d’essayer. Ce ne sont que des enfants, ils ont le droit d’accéder au Paradis… - Comment faire ? - Comment offrait-on la rédemption aux sorcières de jadis ? - On… les forçait à avouer leurs crimes… et à se repentir… puis on les brûlait pour les purifier. Exactement. Et pardonne-moi mes offenses…Elle sourit, s’approchant des débris de miroir pour vérifier que le rouge de ses lèvres, seule part apparente de son visage, ne s’est pas altéré. Elle y passe lentement sa langue et se retourne vers Ludwig, le toisant silencieusement derrière le masque de dentelle. - Ils sont tous deux partis à l’étude du notaire, je crains qu’il ne leur arrive malheur. S’ils reviennent, ils seront épuisés, fatigués… La nuit porte conseil, Ludwig… Car je vais grandement t’offenser.La nuit porte conseil, mais déjà dans les yeux de l’homme elle lit cette farouche détermination qui lui vient si souvent et qu’elle aime tant en lui. Lentement, elle s’approche et effleure doucement sa joue, affectueuse mais froide. - Tous nos crimes seront pardonnés. Si les Van Kraft disparaissent, ils ne seront plus une menace pour tous ceux ici qui risquent leur vie sans connaître leurs manœuvres. Cette jolie innocente, Ada Silke, mais aussi Julian et Cécile. Protégeons-les, Ludwig. Nous en avons le devoir. Laisse-moi le soumettre à la tentation…Il acquiesce lentement, reculant pour échapper aux doigts de la dame d’ombre. Un instant, la méfiance passe dans son regard, bien vite effacée par cette éternelle admiration mêlée de sa volonté implacable ; il se redresse avec fermeté. Bientôt la lignée du sang sera anéantie, oui… Marion n’a que faire de leur « pureté » en vérité, elle ne croit pas au démon et encore moins au Paradis, mais qu’importe. Elle aura ce qu’elle désire, qui s’approche de plus en plus. Souriant doucement, elle quitte la chambre, rassérénée. Elle descend d’un pas plus léger vers les cuisines, en quête d’un complément à son repas trop frugal à son goût et persuadée d’entendre des choses intéressantes, loin de Ludwig qu’elle a laissé derrière sans plus s’en préoccuper. En effet, la voix fébrile d’Hildegarde harangue les autres domestiques à détruire les secrets des Van Kraft, celui que cache le croque-mort. Et le croque-mort lui-même, où est-il ?… Abandonnant ses idées de dessert, elle se dirige vers la porte et se glisse dans la tourmente qui ravage le jardin. L’homme se tient là, debout au milieu de la roseraie dévastée par ce qui devient peu à peu une tempête, les yeux levés vers le ciel. Sans se tourner vers elle, il devine sa présence et dessine un sourire sur ses lèvres minces. - Vous ne devriez pas vous promener ainsi par ce temps, ma Dame. - Je ne crains guère la morsure du froid, Karl. - Ne craignez-vous pas que l’on sache que vous me connaissez ? - Pourquoi donc ? Votre présence m’a surprise tout autant que les autres. Votre famille et la mienne ont toujours été mêlées mais je ne m’attendais pas à vous voir ici. - La famille des Von Listov n’existe plus. Il en a détruit la dernière héritière et voilà ce à quoi je suis réduit aujourd’hui. - Mais si vous êtes là, c’est que la vengeance s’approche, non ? - Je l’ignore, Frau Von Rosenrot. Le fantôme qui m’a envoyé ici me l’a juré. Je sais qu’il tient souvent ses promesses. Les yeux blafards du croque-mort se plantent dans ceux de Marion, moqueurs et implacables. - Je dois m’en aller, ma Dame, ils vont sinon me chasser à grands coups de fourche. Chassez-vous toujours le dragon ? - A mes heures perdues. - Alors prenez ceci, cela vous aidera dans votre chasse. Elle saisit le petit flacon tendu avec un léger mot de remerciement. - Vous avez encore réussi à entortiller ce Ludwig, n’est-ce pas ? - C’est tellement facile. - Peut-être trop, prenez garde… Et faites attention à votre fils, il ne faudrait pas qu’il lui arrive malheur, j’en serais peiné. Il la salue d’un faux geste galant et s’éloigne à travers les vents, vers la forêt qui grince en accord avec les grondements de l’orage. Seule dans la roseraie, Marion fixe le point sombre qui s’enfonce dans l’obscurité, immobile, les doigts serrés sur son flacon. C’est vrai… ce pourrait bien être trop… Facile… Mais délivre-moi de ce Mal…
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| Mer 22 Juil 2009 17:35 |
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Gyllian van Kraft
(alias Belladonna)
Âge : 20 ans
Liens : Fille du Comte, soeur de Jezebel
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» Re: Acte III : Le Visage de ton Double
Un craquement. Elle cède. Le bruit de l'orage se fait plus brutal encore. Je me tourne vers mon cousin, surprise de découvrir qu'il est parvenu à ce qu'il a entreprit avec la porte. Dans mon esprit Dorian n'a rien d'un homme très doué, si ce n'est en terme de conquêtes de plaisirs personnels. Depuis combien de temps cet imbécile hante t-il les pas de mon frère dans l'espoir de quelconque considération ? Des années au moins, c'est certain.
Jezebel est fermement calé contre le mur, tentant de cacher le malaise provoqué par l'orage. Je n'ai pour ma part pas peur de cela, mais il y a quelque chose dans l'air de bien plus inquiétant que le bruit sourd du tonnerre... La lumière vive des éclairs qui assiègent la forêt que nous avons traversés illumine parfois l'endroit où nous nous trouvons. Pauvres fous que nous sommes d'être venus ici. L'impatience va nous jouer des tours. Ces lieux sont menaçants, une voix en moi me dit que nous n'aurions peut-être pas du venir ici. Mais aurions-nous pu décemment attendre le lendemain de la mort de notre Père pour venir ici, Jezebel et moi ? Certainement pas, et cette certitude l'emporte sur l'autre.
Cette porte entrouverte ne m'inspire pourtant rien qui vaille pour nous...
Les hommes parlent entre eux, j'ai l'impression de ne rien entendre à part des voix diffuses. J'écoute l'orage comme s'il était porteur d'un présage essentiel à notre survie, lorsqu'une autre lumière se dévoile derrière moi. L'office du notaire est ouverte et à notre entière merci. Je reste immobile. J'ignore pourquoi. Siegfried aussi est resté à l'extérieur. Nous nous regardons un petit moment, parlant avec la lame de nos yeux pour convenir de qui entrera le premier. Hm... Inutile de livrer bataille avec ce rustre pour quelque chose qui n'a rien d'important, c'est gaspiller ses forces et son temps pour peine perdue. Je me dirige vers l'entrée de l'office, gardant un oeil froid sur lui, cachant comme il convient mon malaise aux indésirables. A tous, en d'autres termes, ou presque.
Mais... c'est impossible... Aucun meurtre n'aurait pu être commis ici ! L'endroit est impeccable à quelques exceptions près, et bien ordonné. Le crime a forcément été pratiqué ailleurs...
« Diable, l'endroit est bien propre pour le lieu d'un meurtre. Ils ont dû intervenir vite et nettoyer avec diligence pour ôter les traces de sang. Ils cherchaient sans doute à cacher quelque chose... »
Il a forcément raison. Quelle autre explication pourrait justifier l'état de la pièce ? Il y a bien cette étagère là, en désordre... Mais cela justifie t-il quoi que ce soit ? Jezebel décide de nous diviser en deux groupes. Siegfried et Dorian d'un côté, lui et moi de l'autre. Comment pourrais-je retenir le rire qui me nargue en entendant Dorian protester ? Qui ignorerait que se retrouver seul avec mon frère aurait été pour lui une occasion de satisfaire son désir constant de l'observer ?
- Si les groupes avaient été... différents, je ne suis pas sûre que vous auriez dit cela.
Il proteste mais je retiens un second rire, ce n'est pas le moment idéal pour me moquer de ce dandy sans humilité. Et la remarque que lance ce crétin qui me sert d'oncle n'est pas pour m'inciter au rire.
- Vous n'avez peut être pas confiance en Frau Gyllian ? Votre bel oisillon ne s'envolera pas, Herr Hargeaves, on lui a rogné les ailes.
Un oiseau aux ailes rognées s'attirera toujours plus de compassion qu'un lion singulier qui n'est pas dans la bonne meute, Siegfried... A mon grand soulagement, ces deux imbéciles partent explorer l'autre partie de la demeure. Je préfère nettement la compagnie de mon frère à la leur. « Bonne chance... » dis-je à moi même en les voyant s'enfonçer dans le couloir sombre qui mène surement à l'étage. La joie de les voir partir se fait cependant éphémère lorsqu'une terrible odeur parvient jusqu'à mes narines, s'engouffrant dans la pièce à peine la porte ouverte. « Quelle horreur... » L'odeur du sang qui pourrit depuis des heures...
Ce n'est plus une décapitation, ce ne peut être qu'un massacre...
Les voix de Siegfried et Dorian s'évanouissent à mesure qu'ils s'enfonçent dans le couloir obscur. Instinctivement, l'encouragement que j'ai formulé tout à l'heure dans mon esprit perd son ironie. Qui l'aurait cru.
Reprenant mes esprits, je me tourne vers Jezebel, qui m'adresse un sourire aussi grave que la situation. - Veux-tu fouiller le bureau ? - As-tu besoin de moi pour ouvrir des tiroirs, mon frère ? Je lui envoie un de ces sourires complices que je lui lançais enfant, lorsque nous ne nous trouvions pas en pareille situation. - Non, ma soeur, mais je ne puis être à deux endroits à la fois.
... Pourquoi boîtes-tu Jezebel ? Je meurs d'envie de lui poser la question depuis que je l'ai remarqué, plus tôt dans la soirée, mais me retiens. Il ne me répondrait probablement par un mensonge, autant s'abstenir de parler s'il doit me décevoir... encore. Lassé de ne rien trouver, il s'attaque à l'étagère désordonnée. Après avoir pris connaissance un minimum des lieux, je me mets également à fouiller dans les innombrables papiers, envoyant une pensée aux deux hommes qui arpentent le couloir... Un drôle de bruit s'est fait entendre. Jezebel part voir ce qui se passe. Je l'entends chuchoter. - ... ma foi... on dirait que le zèle policier ne va pas au-delà du visible... Le rire de Siegfried... - Allons donc, on se croirait sur un domaine de chasse. Allons nous trouver un chevreuil blessé [...] Je n'entends plus très bien, ils parlent bas et s'enfonçent trop loin dans le couloir pour que je puisse cerner tout ce qu'ils disent. Tant pis. S'il y a quelque chose d'important, je le remarquerais le moment venu. Je m'avance vers le bureau du notaire, m'asseyant là où il devait s'asseoir et éparpille les divers papiers devant moi, saisissant uniquement les mots principaux des documents pour éviter de perdre mon temps. - Tu trouves quelque chose ? Me demande Jezebel penché sur moi, ayant laissé les deux hommes à leur sort. - Non, rien d'intéressant malheureusement, du moins pas dans le bureau.
Je me lève et marche jusqu'à un mur... Sur lequel repose un tableau que j'avais remarqué en entrant, représentant la Mort penchée sur un homme avec un livre. Troublant... Pourquoi un notaire conserverait-il un tableau comme celui ci ? Aussi... sombre et macabre à la fois ? Le sens est décidément une notion vague pour notre famile ces temps ci. - Gyllian ?... Je me retourne, surprise par sa voix. Je ne l'avais pas senti approcher. - C'est ce tableau, il est... malsain. Non pas qu'il ne se marie pas avec l'endroit... La main de Jezebel effleure le tableau comme pour s'assurer de sa consistance. - En effet. Tu arrives à lire le titre du livre ? - C'est écrit en hébreu, alors à moins que tu connaisses cette langue... Le silence s'installe, j'en conclus que non.
Jezebel part fouiller le secrétaire de l'office tandis que je reste fixée au tableau. Quelque chose se cache derrière ça... - Quelque chose, Jezebel ? Demandai-je pour tenter lui changer les idées, l'orage le pressant d'angoisse. - Rien que des papiers très ordinaires, rien dans l'étagère, rien dans le bureau... sangdieu, il y a bien un indice quelque part... Il s'appuit contre le mur, épuisé et lassé à la fois, se massant les tempes pour oublier l'inquiétude et notre recherche infructueuse. Il place ses lunettes trempées par la pluie sur son nez pour observer plus attentivement quelque chose sur l'étagère, mais je ne fais pas attention à quoi.
Je commence vraiment à m'impatienter... Serions-nous donc venus ici en pleine nuit pour rien ? Tout cela... pour rien...
- Ce qui m'étonne, c'est qu'il n'y a rien qui fasse le compte-rendu des opérations du notaire... normalement, il devrait y avoir quelque chose pour vérifier, des archives, quelque chose...
Il semble que tout ait été balayé, Jezebel, au cas où tu n'aurais pas remarqué... Le bruit sourd de l'orage retentit d'un coup, faisant presque vibrer les fondations de l'office. Jezebel tente de contenir sa peur et me demande, pour couper court à l'angoisse :
- Gyllian... si tu étais notaire, où cacherais-tu des archives ?
Tu trembles, Jez... Cela se voit trop. Mais l'orage ne cesse de gronder.
- Le notaire est mort pour une bonne raison Jez, si j'étais ses plus importantes archives, je ne serais plus là à moins d'avoir été étonnement oublié... Ou... Mis de côté exprès. - Ou caché. - Ou caché, oui.
Je ne tiens plus en place, j'en ai assez d'attendre, de ne rien trouver. Jezebel revient au tableau un moment et lâche un profond soupir, épuisé.
- ... On peut toujours...
Par l'enfer, qu'as tu derrière la tête, Jez ? Je le vois déloger le tableau comme s'il était à la recherche d'un trésor dissimulé, mais le voit abandonner...
- Bel espoir...
... Trop tôt. Trop tôt. De violents hennissements se font soudain entendre, provenant de l'extérieur, et sans nul doute de nos montures respectives. Et des pas... Des pas oui, qui s'approchent... Jezebel s'apprête à remettre le tableau à sa place... non ! J'ignore d'où me vient ce pressentiment et ce besoin, mais on ne doit pas le laisser là. Je saisis d'un coup sec le tableau et l'arrache des mains de mon frère, prise de panique. Siegfried et Dorian sont redescendus, aussi alertes que nous face aux bruits qui se font entendre à l'extérieur de l'office.
- Je n'ai pas d'instinct animal mais quelque chose approche, Jezebel.
Je n'ai aucune arme sur moi... Si nous sommes attaqués, je suis en très mauvaise posture. Si seulement j'avais... Non, ce n'est pas le moment de penser à ces choses désagréables. Mes mains ne veulent plus lâcher ce satané tableau. Mais je ne peux décemment pas le traîner partout avec moi, vu sa taille, et d'autant plus si quelqu'un rentre ! Quelqu'un... ou quelque chose.
- Imbéciles ! Je ne sais pas ce qui vient, mais nous n'avons pas à nous trouver là !
Ce n'est pas en nous énervant que nous allons trouver une solution d'échapper à ce qui approche... Dorian... Il est couvert de sang de la tête aux pieds. Qui y a t-il... en haut ? La vague idée qui me vient à l'esprit ne me donnerait pas envie d'aller voir, vu l'état de nos deux explorateurs. Jezebel tient fermement la cravache de son cheval restée entre ses mains, s'apprêtant à s'en servir si jamais...
- Tous à l'arrière de la demeure, vite...
Il éteint vite la lumière, et nous pousse vers la porte.
- Les chevaux...
Même Siegfried a la voix parée d'une inquiétude qui ne présage rien de bon. Qu'ont-ils vus là haut, qu'est ce qu'il peut bien y avoir qui soit capable d'inquiéter cet animal là...
- Scheise !
Il referme la porte avant que nous ayons pu voir pourquoi.
- Tant pis...
Je me tourne là où se dirigent ses yeux. Le couloir... Mon Dieu, mais à quoi penses-tu, Jezebel... Non, tu es un dément...
- ... Il faut que nous nous cachions... à l'étage...
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| Ven 24 Juil 2009 17:40 |
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Jezebel van Kraft
(alias Ruth)
Âge : 25 ans
Liens : Fils du comte
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» Re: Acte III : Le Visage de ton Double
Cette nervosité qui suinte dans l’air m’irrite copieusement. C’est bête, il s’agit de la mienne. Gyllian fouille le bureau consciencieusement, cherchant je ne sais trop quoi qui nous donnerait l’ombre d’un indice, pour ma part je me suis concentré sur l’étagère. Il est plus facile de réfléchir sereinement sans les deux imbéciles pour nous déconcentrer, je crains cependant que toute la concentration du monde ne puisse appeler à moi la solution de l’énigme. L’étagère est désordonnée… Peut-être quelqu’un l’a-t-il fouillée déjà, emportant avec lui une réponse, ou même le testament de Père ? Il doit bien y avoir ici quelque chose qui concerne les Van Kraft, c’est impossible autrement. Avec notre tendance à mourir tous dans des circonstances mystérieuses (ainsi qu’à nous marier, divorcer, nous remarier, re-divorcer, etc.), nous sommes le meilleurs clients du notaire.
Et du croque-mort.
Encore une énigme, le croque-mort venant nous hanter avec ses stupides devinettes, comme un quelconque oracle détenteur d’une vérité suprême. Encore un philosophe, probablement… Je me pose trop de questions, l’avantage étant que j’en oublie – presque – l’orage qui gronde au-dehors. Par exemple, je me demande bien comment Hargreaves a fait pour ouvrir cette porte, quoi qu’à y bien réfléchir je préfère ne pas savoir. Je crois que je vais dormir dans la cave, cette nuit. Ou dans tout autre endroit possédant des verrous très solides. Mon esprit divague et oublie de se focaliser sur l’essentiel, une fois de plus, à savoir la fouille de cette étude de notaire, la désignation du coupable du meurtre de mon père… Quelque part je me demande si je n’agis pas ainsi plus par automatisme que par amour filial envers mon défunt géniteur envers lequel mes sentiments sont toujours aussi mitigés. Même après sa mort, je suis toujours son petit rouge-gorge en cage dont il peut faire strictement ce qu’il veut, c’est vraiment agréable à savoir. Vraiment. Et les piques de mon oncle ne m’aident pas à relativiser.
J’abandonne l’étagère qui ne m’apportera rien et décroche le tableau du mur, dans l’espoir sans doute de trouver quelque coffre-fort caché derrière ; après tout je vois bien un notaire dissimuler derrière ce genre de toile morbide les documents les plus précieux et donc les plus sombres qu’il possède. Quelque part, cette image pourrait être la représentation de la fonction du notaire en elle-même, la Mort dictant son travail à l’homme qui amasse son or aux crochets de Dame Camarde. Charmant. Je crois que je préfère encore être rouge-gorge que notaire.
Evidemment je ne trouve rien excepté la marque du tableau dans la poussière, dans un espoir vain je tâtonne le mur à la recherche d’un éventuel son creux, sans succès. Tant pis. Ce n’est pas comme si les désillusions s’accumulaient… Alors que je m’apprête à remettre le tableau en place, Gyllian me l’arrache et le serre contre elle, je la fixe un instant, étonné. D’accord… le monde devient dingue. Moi le premier, mais ça n’irait pas avec mon habituelle mauvaise foi de le reconnaître publiquement.
C’est ce moment que choisissent Hargreaves et mon oncle pour revenir. Aussitôt, toutes mes impressions du monde extérieur sont chassées et je ne puis détacher mes yeux de mon cousin, baigné d’écarlate de la tête aux pieds.
- Vous êtes couvert de sang, Hargreaves.
C’est à peu près ce que je trouve de plus intéressant à dire. Soudain, je reviens un peu à la réalité, cessant d’occulter toutes les sensations de ce qui m’entoure. D’abord l’odeur du sang revient me frapper, horrifiante, tétanisante, enivrante aussi ; puis le grondement de l’orage fait rater un battement à mon cœur qui menace de se mettre en grève. Et un nouveau bruit s’est ajouté à cet environnement déjà angoissant. Les chevaux hennissent de terreur, des pas résonnent sur les pavés, peu discrets, comme s’ils ne craignaient pas d’éventuels intrus dans la maison du notaire vers laquelle il se dirige. Si ça n’a pas peur de toi, c’est toi qui devrais avoir peur ; autant dire que je suis moyennement rassuré. Un murmure de mon oncle m’effleure, je n’y prête aucune attention, empêchant Dorian de s’approcher trop près de moi. Ce n’est pas le moment de perdre le contrôle, sangdieu, je me ridiculise déjà assez à bondir à chaque fois qu’un éclair illumine la pièce ! Autant éviter de me jeter sur mon cousin maintenant, certains risqueraient de mal l’interpréter.
Siegfried interrompt notre petit manège d’une voix rauque, un peu angoissée :
- Imbéciles ! Je ne sais pas ce qui vient, mais nous n'avons pas à nous trouver là !
Je reprends mes esprits et me concentre sur l’extérieur. Les pas s’approchent encore, toujours aussi assuré. Impossible de sortir par devant, quoi que ce soit, ça nous cueillerait comme de fraîches marguerites et l’ambition de ma vie n’est pas de finir dans un vase à fâner lentement ; il faut trouver une autre solution. Pas d’autre porte, les fenêtres du rez-de-chaussée donnent sur le même endroit que la porte, il ne nous reste donc qu’une seule solution. Nous cacher. Je bondis vers la lumière, nous faisant disparaître aux yeux du monde, et pousse mes compagnons vers la porte.
- Venez, vite ! - Les chevaux ! me rappelle Siegfried.
C’est vrai… si c’est la chose qui a répandu tout ce sang, nos chevaux sont en danger et un étau m’étreint à l’idée de laisser Nebel dans un si mauvais pas. Malheureusement, en parfait petit humain égoïste, je préfère sauver ma vie que celle de mon cheval.
- Scheise. Tant pis.
Je les pousse à nouveau vers la porte menant à l’arrière de l’étude, m’y engouffrant moi-même en tentant de discerner dans l’obscurité les contours des meubles. Mes yeux s’accoutument vite à la pénombre et de toute manière l’odeur qui m’environne me permet de garder mes sens en alerte. Tout ce sang… Quelque chose d’horrible me susurre que je connais très bien ce genre de scènes et que je l’ai déjà vu, mais il n’est pas vraiment temps de penser à ça.
- Il faut nous cacher à l’étage ! murmuré-je d’un ton pressant en désignant l’escalier.
Je sens derrière moi Hargreaves s’immobiliser et mon oncle se crisper violemment.
- Vous êtes fou, mon neveu… - Sans le moindre doute !
Je le foudroie du regard, encore qu’il ne puisse me voir dans l’ombre, et m’engage dans les escaliers. Cette odeur atroce devient de plus en plus forte, je plaque mon mouchoir devant mon nez, à peu près certain qu’ils n’apercevront pas ce geste. Comme je le disais, ce n’est pas vraiment le moment de me ridiculiser encore plus.
- Je ne remonte pas là-haut, gronde Siegfried.
Et Hargreaves n’a pas l’air plus rassuré. A l’odeur qui me parvient de l’étage, je devine que quelque chose d’atroce les y a attendus et qu’ils n’ont pas très envie de le revoir, pour que ça ait même choqué mon oncle, ce doit être parfaitement ignoble. Et si c’est l’auteur d’un tel carnage qui s’approche, je préfère ne pas le rencontrer personnellement. Je me retourne vivement, les lèvres retroussées sur mes dents.
- Bande d’imbéciles ! Si vous voulez que ce qui approche vous attrape, restez ici, moi je sauve ma vie ! - Si c’est pour passer inaperçus, nos chevaux nous ont déjà trahis, poursuit mon oncle. - Taisez-vous et cessez de tergiverser, bon sang !
Là, je me sens vraiment comme un petit oiseau pris au piège alors que l’énorme prédateur s’approche. Je suis plus fébrile à chaque seconde qui passe et je me maudis de me montrer ainsi – mais enfin aussi, quelle idée de faire la fine bouche quand nous risquons fort de terminer en viande hachée !
- Le notaire s’est bien fait attraper, lui, continue pourtant Siegfried, apparemment pas décidé à avoir du bon sens une fois dans sa vie. - A la différence du notaire, nous avons une idée de ce qui nous attend et nous sommes quatre, parfaitement capables de nous défendre. Bon Dieu, dépêchez-vous !
Je laisse échapper un juron qui me choque moi-même et retourne dans l’escalier, prudent à chaque pas, comme si je désirais éviter de faire craquer les marches ; j’entends les pas des trois autres qui me suivent, plus ou moins rassurés. Mais par-dessus tout, le bruit de mon cœur qui bat à tout rompre me semble si fort qu’il va alerter ce qui nous poursuit, quoi que ce soit… A voix basse, Siegfried nous conseille de ne pas regarder alors qu’enfin nous atteignons le palier de l’étage après une ascension qui m’a semblé durer une éternité. L’odeur me donne la nausée, mes pupilles sont quasiment invisibles, j’ai un horrible goût dans la bouche… Je crois que pour une fois, je vais suivre son conseil, les reliefs que je distingue dans la chambre ne me semblent guère décoratifs. Il ne reste donc que la salle d’eau pour nous cacher ou nous échapper. Rapidement, je m’y glisse, continuant d’ouvrir la marche ; une fenêtre au-dessus de la baignoire l’éclaire, comme un appel salvateur. Je me contorsionne pour l’entrouvrir en me perchant dans la baignoire et glisse prudemment ma tête au-dehors : le toit est juste au-dessus, je ne peux voir ce qui se passe en bas, la foudre ayant cessé quelques instants durant de déchirer le ciel. Je me retourne vers mes trois compagnons, quasiment invisibles dans la pénombre.
- Cette fenêtre peut nous amener sur le toit, il va falloir escalader…
Je jette un regard à Siegfried, moqueur.
- … à moins que vous ne vous sentiez trop vieux pour cela, mon oncle ?
Oui, je sais que ce n’est pas vraiment le moment.
- Ne sous-estimez pas mon instinct de survie, grogne-t-il. On se croirait à la fin du monde, fuyant le diable qui nous poursuit. Tellement approprié.
Je hausse les épaules, sans plus l’écouter, me focalisant sur Hargreaves qui s’est approché de la fenêtre et l’étudie d’un air songeur, réfléchissant sans doute à une manière de nous faire monter. Planté debout dans la baignoire, le nez sur le rebord de la fenêtre, il a l’air encore plus idiot que jamais, mais curieusement c’est le cadet de mes soucis. J’enjambe de nouveau le rebord et attends son idée de génie.
- Jezebel, montez et réceptionnez votre sœur, murmure-t-il en me désignant la fenêtre. Gyllian, donnez-moi votre tableau.
Je me tourne vers ma sœur qui tend sans le regarder la toile à Hargreaves, nous rejoignant dans la baignoire. Je fixe la fenêtre légèrement en hauteur, la mâchoire crispée, incertain soudain de parvenir à me hisser jusque là-haut sans mal ; pourtant la situation l’exige et c’est les dents serrées que je me tracte jusqu’à m’asseoir sur le rebord. Le vide m’appelle un instant, je chancelle mais me reprends ; je m’accroche au linteau de la fenêtre pour me mettre debout et saisir la gouttière du toit qui m’a l’air solide. Ma jambe semble prête à céder sous moi, j’ignore la douleur autant que possible le temps de me hisser à nouveau. En équilibre précaire au bord du toit, affolé par le vide et l’orage, je tends la main à Gyllian dont j’aperçois les doigts blancs qui cherchent les miens. A travers le fracas de la tourmente je perçois un nouveau grondement de Siegfried, nous intimant de nous dépêcher.
- Quoi que ce soit, ce qui arrive se rapproche et dans une ambiance pareille, je préfère ne pas tenter le Diable ! Hâtez-vous !
Je me retiens de lancer une pique acide sur le fait qu’un vieillard dans son genre nous retarde plus que mes acrobaties de boiteux pour me percher là-haut sans trop de casse et me concentre sur Gyllian que je hisse à mes côtés. Elle se penche à son tour pour attraper le tableau tendu par Hargreaves. Nous y sommes presque… Un violent coup de tonnerre retentit, je pousse un cri heureusement inaudible dans le vacarme environnant. Vite… vite que tout cela se finisse ! Je commence à perdre tous mes moyens et recule vivement jusqu’à la cheminée contre laquelle je me blottis, terrifié. Tant pis pour le ridicule, de toute manière à jouer ainsi les nobles perchés, nous n’avons pas vraiment l’air digne qui siérait à des personnes de si haut rang, alors tant qu’à faire… Recroquevillé contre la pierre, je ferme convulsivement les yeux, comme un enfant qui craint de voir apparaître le monstre de ses cauchemars. Mais rien n’occultera ce bruit… ce bruit horrible… J’entends une autre personne se hisser sur le toit et s’arrêter, la voix de Siegfried me parvient à travers un brouillard, coléreuse :
- Ne restez pas près d’un point élevé, imbécile ! Et votre belle science des livres, où est-elle passée subitement ? - Allez vous faire voir, réponds-je en me blottissant contre la pierre, sans trouver rien de mieux à rétorquer.
Gyllian s’approche de moi, je sens qu’elle a encore le tableau avec elle. Si j’avais le courage d’ouvrir les yeux, je la chercherais probablement du regard pour m’accrocher à elle, mais je ne peux même plus. J’ai l’impression que tous mes muscles sont paralysés, la peur de ce maudit orage m’empêche même de penser correctement. J’entends juste Dorian se hisser à son tour sur le toit puis s’approcher de moi et poser une main sur mon épaule, tout doucement. Par chance, l’odeur atroce de la pluie chasse celle du sang et m’asphyxie plus encore, aussi ne suis-je pas incommodé par la puanteur qui se dégage de lui. Il serre doucement ses doigts autour de mon épaule et murmure un « tout va bien ? » pas très convaincant. A votre avis, imbécile ?… Profitant d’un moment sans éclair, j’effleure sa main, espérant qu’il comprendra le message. Vu son absence de réaction, ce n’est pas le cas…
- Et maintenant ? râle Siegfried. - Et maintenant rien ! répond ma sœur. A moins que vous ne désiriez nous voir sauter l’un après l’autre, mon oncle ?
C’est une idée, ça. Les dandys et les vieillards d’abord. J’entrouvre les yeux et me cale plus correctement près de la cheminée, tentant de ressembler un peu moins à un enfant effrayé. Reprenant contenance, je fixe mon oncle d’un air que je veux arrogant et qui doit être plus lamentable qu’autre chose…
- Maintenant quelqu’un se dévoue pour aller voir ce qui se passe en bas.
Je me rapproche de Dorian et Gyllian, profitant de la pénombre qui suit une légère accalmie de l’orage.
- Pas vous, je suppose, raille mon oncle, vous êtes trop occupé à mourir de frayeur, accroché à votre cheminée… - Je vous emmerde, déclaré-je très calmement, sans plus vraiment me soucier de mon vocabulaire.
Au point où j’en suis… Je regarde Siegfried se pencher d’un air blasé par-dessus le toit, fermement accroché à la gouttière. Je devine ses yeux perçants scrutant l’obscurité comme ceux d’un rapace, ou plutôt d’un charognard ; un frisson me parcourt. Mes sursauts de panique sont étouffés par le grondement du tonnerre mais je meurs de froid et de peur, bientôt je vais vraiment me blottir contre Hargreaves pour profiter de sa chaleur. Ou me jeter dans la cheminée en espérant qu’un bon feu ronfle en-dessous.
- Calmez-vous, Jezebel, murmure soudain mon cousin à mon oreille, devinant je ne sais comment ma panique grandissante.
J’acquiesce piteusement, pressé de voir mon oncle revenir avec des nouvelles, nous permettant peut-être de quitter enfin cet horrible perchoir et de rentrer au manoir. Jamais je n’ai autant rêvé de mon lit, je crois…
- Au moins, nos chevaux se portent bien, lâche soudain Siegfried avant de se retourner vers nous. Ce ne sont que des policiers. Et donc, que fait-on maintenant ? Je doute que ces policiers soient le prédateur mystère qui nous traque.
Je pousse un soupir de soulagement inaudible, certains de mes muscles se détendent un peu. Nous allons pouvoir redescendre… Expliquer à la police ce que nous faisons là et repartir tranquillement vers le château. Cela dit, après une courte réflexion, je doute qu’il soit judicieux de se présenter devant ces hommes-là la bouche en cœur en leur affirmant que nous sommes tous les quatre des nobles, membres de la dynastie des Van Kraft qui plus est. J’ai comme l’idée qu’en voyant nos vêtements détrempés, ensanglantés et nos mines défaites, ils auraient quelques doutes.
- Si ce ne sont que des policiers, attendons simplement qu'ils s'en aillent, ils vont fouiller la demeure et quand ils ne trouveront rien ils s'en iront, lâché-je alors d’un ton qui doit avoir quelque chose de désespéré.
Un rire goguenard me répond.
- Mais si la maréchaussée trouve deux Van Kraft, un Lord anglais et un von Herzen sur le toit d'un notable assassiné, je doute que ça finisse bien.
En effet, mon oncle, encore que je sois à peu près certain que si jamais ladite maréchaussée venait à fouiller nos vies respectives, ce ne soit pas là le pire de nos soucis, aucun d’entre nous n’est blanc comme neige ; il semblerait que nous préférions à l’albe le rouge violent du sang.
- Tss, nous avons à nous quatre assez d'argent pour libérer le pire des criminels de prison, alors nous-mêmes ! me contenté-je de répondre, sans lui faire part de mes réflexions philosophiques. - Sans compter que votre prestige risque d’en prendre un coup, mon neveu… - Vous ne faisiez pas vraiment le fier non plus quand ces pas ont retenti, mein Herr, rétorqué-je, un peu plus assuré.
Je crois que je suis littéralement agrippé à Dorian, vu le regard moqueur que me jette une fois de plus Siegfried. Tactique de l’autruche : je n’ai rien remarqué.
- Un van Kraft, d'une lignée réputée sorcière, sur le toit de la maison d'un mort, accroché à une cheminée et tremblant de peur... susurre Siegfried, semblant se délecter de la honte que je peux ressentir en ce moment.
Si je ne m’étais pas déjà assez ridiculisé, je lui aurais bien tiré la langue, mais enfin… Hargreaves contre moi n’esquisse pas un geste, peu désireux de me voir réagir violemment pour le chasser ; chose que j’ai assez de bon sens pour ne pas faire étant donné notre situation précaire. Après un soupir, il lance :
- Arrêtez de vous disputer, ce n’est pas vraiment le moment ! Siegfried, que se passe-t-il en bas ?
Des bruits de sabot semblent l’avoir alerté, je tends l’oreille à mon tour, imité par ma sœur. Que font-ils ?…
- Les policiers font fuir nos montures... sans les maltraiter, heureusement. J’aurais coupé deux ou trois oreilles autrement… - Et moi donc, grommelé-je, me détachant de Hargreaves pour rejoindre mon oncle au bord du toit. … Ils vont fouiller la maison ? - Ne te montre pas, Jezebel ! murmure d’un ton un peu pressant mon cousin derrière moi.
Je me retourne un peu vivement, montrant à nouveau les dents d’un air dédaigneux, absolument invisible dans l’accalmie de l’orage.
- Tu me prends pour un idiot ?
Je me retourne de nouveau pour voir les policiers s’engouffrer dans la maison. Je pousse un soupir et m’assieds en retrait sur le toit. Plus qu’à attendre qu’ils fassent le tour du propriétaire… Siegfried m’imite et se cale dans une position à peu près sûre, Gyllian et Dorian se tournent vers nous, l’air grave. De temps en temps, l’orage retentit de nouveau, m’arrachant des sursauts et des frissons incontrôlables ; je parviens cependant à m’en affranchir. Mon oncle grimace et lance :
- J'ose espérer que personne ne se vantera de cette aventure une fois rentrés au manoir. Fraulein Gyllian, ce tableau, pourquoi l'avoir emporté ? - Une intuition, répond-elle dans un sourire ironique. - Renseignez nous, en ce cas, l'intuition féminine n'est pas notre fort, comme vous pouvez vous en douter. Et ça distraira votre aimable frère.
J’ai encore envie de lui tirer la langue. La peur me rend horriblement puéril, encore que je ne sois pas très mature au quotidien. Je résiste à l’envie de retourner me blottir entre ma sœur et mon cousin et reste raide comme la justice, assis en tailleur dans un équilibre imparfait sur ce toit glissant, pendant que nos regards se fixent de nouveau sur Gyllian.
- Laissez les intuitions à ceux qui ont cet intellect, j'ai cru comprendre que ce n'était pas votre fort, mon oncle, persifle-t-elle après un instant de silence, les yeux rivés à son tableau. - Ce qui ne répond à la question, Gyllian, fait remarquer Hargreaves. Pouvez-vous nous expliquer ?
J’ôte mes lunettes et les essuie sur ma chemise trempée, ce qui n’a strictement aucun autre effet que de me permettre de patienter le temps que ma sœur se décide à répondre, ce qui peut parfois prendre beaucoup, beaucoup de temps…
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| Sam 25 Juil 2009 02:03 |
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