|
Nous sommes le Mar 9 Fév 2010 13:56
|
Voir les messages sans réponses | Voir les sujets récents
|
Page 1 sur 1
|
[ 2 messages ] |
|
| Auteur |
Message |
|
Gyllian van Kraft
(alias Belladonna)
Âge : 20 ans
Liens : Fille du Comte, soeur de Jezebel
|
» De couleurs et d'ors...
C'était comme un rêve inachevé... Je venais d'échapper aux modestes joies que l'église avait donné à l'occasion d'un Mardi Gras, suivi d'un carnaval qui avait eu lieu sur la place du village. Tous les habitants avaient prit soin de porter leurs plus beaux accoutrements dans le but d'impressioner les autres, plus pauvres, qui n'en avaient pas eu les moyens. J'avais six ou sept ans à l'époque et toutes ces règles de société me dépassaient, je n'y accordais que peu d'importance. Il était clair que je n'étais pas de ces gens qui s'inquiétaient pour leur argent. Alors que mes parents et mon aîné feignaient de s'intéresser à la religion, j'avais manqué aux règles de bienséance que toute enfant de mon âge aurait du respecter en prenant la décision de rentrer de mon côté. J'avais assez donné à ces festivités tourbillonantes, pleines de fous, de masques et de faux bouffons, j'estimais pouvoir m'en aller sans attendre de mourir d'ennui. Dieu que ce monde est laid...
Bien sûr mes parents aussi se préoccupaient peu de toutes ces stupidités, ne gardant qu'un minimum nécéssaire de contact avec l'église, mais je doute qu'ils approuvèrent ma soudaine disparition, aussi avais-je été la plus discrète possible. C'était sans doute pour éviter de me confronter une fois de plus à leur mépris - celui de Père en réalité, Mère n'y aurait accordé que peu d'intérêt, et peut-être même aurait-elle encouragé mon audace de partir seule à cet âge peu avancé. De plus je n'aurais pas été surprise que Jezebel ne se soit - étonnement ? - évaporé, si nos parents avaient eu le malheur d'avoir le dos tourné... Il n'a jamais été très ouvert à ce genre de fête, tout comme moi. C'était de famille, comme on dit.
Ah, je me souviens de cette maudite robe qui traînait derrière moi ce jour là... A chaque fois que nous sortions pour nous confronter à la société, il fallait toujours que mes parents en fassent une montagne. Même s'ils donnaient l'air de s'en moquer ! Caractère assez curieux qu'était celui de ces deux bourreaux. Si les van Kraft sont riches, il est aussi connu qu'ils aiment parader avec leurs richesses, même si cela parait exubérant pour de modestes occasions. Pourtant je devais au moins leur reconnaître qu'ils avaient été moins cruels que d'autres années envers Jezebel et moi. En terme de costumes. J'avais vécu des Mardis Gras bien pires que celui-ci, où j'avais été affublé d'accoutrements parfaitement ridicules... sans parler de mon frère. Mes parents étaient trop dignes pour s'humilier eux-mêmes, aussi préféraient-ils se servir de leurs « bien-aimées » progénitures pour montrer jusqu'à quel point allait leur excentricité. Nous devions être avec mon frère les plus richement parés de la fête.
Et ce jour là, ce jour dont je me souviens, ils m'avaient fait porter la robe la plus encombrante que j'eusse porté. J'étais partie du carnaval en passant par un chemin que j'arpentais souvent à l'insu de mes parents. Peu fréquenté, il bordait une partie de la forêt à sa gauche, et à sa droite le lit d'une large rivière, l'occasion de ne croiser personne de compromettant.
Le rose bonbon horrible de cette robe se tâchait à mesure que j'avancais dans l'herbe humide des bois, mais je m'en fichais bien, je n'étais pas de ces filles qui à la moindre tâche apparue sur leur habit étaient victimes d'un infarctus.
Les lieux étaient calmes, je profitais du plein air à mesure que j'approchais de ma demeure - encore loin cependant, observant paisiblement l'étendue d'eau à ma droite. Je me croyais seule. Les enfants n'ont pas toujours raison.
Etonnée par ce que j'avais sous les yeux, je cherchais à savoir pourquoi quelqu'un aurait laissé ça ici. J'avançais vers l'objet, silencieuse et perplexe. Regardant aux alentours, je vérifiai que personne ne soit présent. Personne. C'était... un chevalet ? Je ne rêvais pas non, et lorsque je fus arrivée devant la toile inachevée, je restai muette de stupeur. Captivée par la peinture à demi-commencée, je perdis toute notion du lieu où j'étais, concentrée sur les couleurs vivaces, premiers jets d'un artiste absent. Bien qu'étant loin d'être achevée, la visée du dessin était très claire : c'était le paysage qui s'étendait devant le chevalet, à savoir la rivière calme et l'autre côté de la forêt qui bordait le manoir où je vivais. Le peintre avait dû s'arrêter alors qu'il donnait ses lueurs au soleil sur le reflet de l'eau. J'aurais été tentée de dire que la peinture embellissait davantage la vue qu'on avait depuis cet endroit, regorgeant d'or et de couleurs... Parmis les quelques artistes qui défilaient au palais pour montrer leurs oeuvres à mon Père - espérant quelconque récompense pour leurs efforts, je n'en avais sans doute jamais vu de pareille. Ces couleurs... Merveilles mouvantes. C'était comme un rêve inachevé. J'approchai ma main de la toile, comme voulant vérifier si l'eau de la rivière peinte ne coulait pas réellement à l'intérieur, et effleurait doucement ses bords...
Mais j'avais oublié que toute oeuvre avait un maître.
- Bonjour...
C'était une voix, derrière moi. Je n'avais pas sursauté comme une enfant effarouchée - j'étais loin de faire partie de cette catégorie, faisant simplement face à celui qui m'avait interpellé. Me contentant alors de le regarder alors qu'il hésitait quelques pas en ma direction - et accessoirement, celle de son tableau - il reprit, comprenant que je n'allais pas répondre tout de suite.
- Tu es perdue ?
Tutoiement. Etrange. Ma condition était pourtant évidente dans l'habit que je portais. « Ce doit être un sacré étourdi » avais-je pensé pour moi-même. Pourtant, je devais reconnaître qu'il m'avait arraché un léger sourire, sa question m'avait tout l'air de citer parce qu'il ne savait que dire d'autre face à mon mutisme. Et puisqu'il m'avait tutoyé, je ne voyais pas de raison de faire preuve de cette politesse envers lui.
- Non, pas perdue. Je rentrais chez moi lorsque j'ai aperçu cette toile.
J'ai laissé un court silence s'installer entre nous.
- Ta toile ?
_________________
|
| Mar 12 Mai 2009 19:46 |
|
 |
|
Kail Wyhlem
(alias Mel)
Âge : 0 ans
Liens : Inconnus Activité : Artiste-peintre
|
» Re: De couleurs et d'ors...
Le dimanche, jour du seigneur et jour maudit pour moi.
L'église m'accueillait tout les jours sauf celui-ci. Alors pendant que le village se pressait sur les bancs usés, moi je m'exilais ailleurs, une toile sous le bras, à chercher un lieu ou un être qui colorerait ce jour douloureux et fade.
J'avais planté mon chevalet dans une clairière, perdue près de la rivière. Derrière les arbres, on apercevait mal les toitures du manoir. J'avais laissé le bruit tendre de l'eau glisser sur le drap qui me servait de toile. C'était peut-être ça qui donnait cet étonnant mélange de couleur... Et puis j'avais entendu un bruit dans les fourrés alors je m'étais levé et étais allé voir. Dans l'ombre j'entendis l'animal sortir et s'approcher de ma toile. Rose et verdie comme un cochonnet perdu en forêt. J'approchais dans le dos de la petite fille, soufflé par les boucles enflammées qui tombaient en bruyantes cascades sur son dos.
Je la saluais, elle se retourna. Je la reconnue aussitôt. Frau van Kraft exhibait régulièrement sa progéniture dans le village.
Je lui demandais si elle était perdue, me rendant compte trop tard de mon impolitesse. Sans se défaire de son port de princesse, elle répondit que non, et replongea dans ma toile.
"Oui en effet, ma toile. Elle te plaît ?"
La réponse m'importait peu, mais me permettait d'approcher un peu plus d'elle. Avec un sourire amusé, elle répondit :
"Je dois avouer qu'elle m'a retenue quelques minutes... "
Qu'elle ressemblait à sa mère ! Encore dans l'enfance mais bien loin de la cruauté et de l'innocence de celle des autres. Je finissais par la rejoindre, souriant devant l'absence de peur sur son visage. Le feu de ses cheveux était bien moins sanglant que celui de son frère. J'ébouriffais les miens et m'accroupissais pour être à sa hauteur. Son regard s'accrocha au mien.
"Tu dois avoir des doigts d'or pour peindre un paysage aussi coloré..."
- Merci, répondis-je. Je suis flatté.
Lentement, même si je n'avais pas à craindre de l'effrayer, je lui ai tendu ma main.
"Je m'appelle Kail, et toi ? "
Elle m'a regardé d'un air curieux, et a posé sa main rose sur ma paume. Je l'ai porté à mon visage, frôlant à peine ses doigts de mes lèvres. Puis j'ai relevé les yeux, cachés derrière mes cheveux sales. Comme une fleur abandonnant ses pétales, elle a repris sa main. - Je m'appelle Gyllian, Gyllian van Kraft.
Je souriais humblement.
-J'habite plus loin, ajouta-t-elle. C'est un raccourci que je prends souvent... Je pensais que personne n'allait par là.
Je me suis relevé, époussetant mes vêtements qui étaient en meilleur état que les siens.
- Et bien tu te rappelleras qu'on ne sait jamais ce qui nous attend au détour d'un chemin.
Et j'ai repris mon pinceau. Je me souviens qu'elle est restée à me regarder faire presque accrochée à ma jambe. Noyés dans l'eau de la rivière et le vent navigant sur l'herbe, ce sont nos estomacs qui nous sauvés.
Je lui ai offert un peu de mon pain, qu'elle a mangé d'un air dubitatif. Et puis je l'ai raccompagnée aux grilles du manoir. Avant de partir, elle m'a demandé, d'une voix assurée, mais le regard timide :
- Je pourrais avoir ton tableau ?
Je lui ai expliqué qu'il fallait le vernir, et que je lui ferais parvenir dans quelques jours. Je l'ai salué, et ai disparu rapidement. A peine étais-je hors de sa vue, qu'Hildegarde la prenait pas la main et l'emmenait doucement.
Quelques jours plus tard, la camériste déposait avec précaution la toile sur le lit de la petite fille.
_________________
|
| Sam 6 Juin 2009 17:44 |
|
|
|
Page 1 sur 1
|
[ 2 messages ] |
|
Qui est en ligne |
Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité |
|
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets Vous ne pouvez pas répondre aux sujets Vous ne pouvez pas éditer vos messages Vous ne pouvez pas supprimer vos messages Vous ne pouvez pas joindre des fichiers
|
|