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 S'il te plait ... apprivoise moi ! 
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» S'il te plait ... apprivoise moi !
La première chose qui me frappe alors que j’ouvre les yeux, c’est le noir complet. Un noir tel que j’ai tout d’abord l’impression d’être aveugle. Mais je sais que ce n’est pas le cas, j’ai été conduit ici pour une raison bien particulière et je ne flancherais pas.

Déjà la sueur coule le long de mon dos nu et j’ai l’impression que dans peu de temps ce sera encore pire. Je vais détester ce qu’on s’apprête à me faire. Je ne comprends pas pourquoi j’ai été choisi, mais je sais déjà que ce sera pénible et désagréable. On m’a amené ici, emporté devrais-je dire, avec un bandeau sur les yeux et seul le fait qu’on ne m’ait pas brutalisé me prouve finalement que je ne suis pas aveugle.

Je réfléchis à tout ce qui s’est enchaîné pour que je sois dans cette pièce, le torse nu, totalement impuissant devant les évènements qui vont marquer ma vie à jamais. Certains se révolteraient mais je n’ai jamais pu le faire devant ceux qui me l’ont demandé. Je suis si faible, si impuissant, si …

Je pousse un cri quand je sens la lame du couteau se poser sur ma main. Comment a-t-il su que j’étais là, que je n’avais pas bougé, il ne m’a pas vu et pourtant il le sait. Je referme ma main sur la lame, comme on me l’a demandé. Puis d’un seul coup elle déchire la peau, fait couler le sang, cause la douleur, entraine les larmes, génère le cri, conduit au réveil.

J’ouvre les yeux dans le noir et encore une fois, rien ne me permet de savoir où je suis ni pourquoi. Mais je ne peux m’empêcher de poser ma main sur ma joue pour vérifier, vérifier que le sang ne coule pas, que la douleur n’est que dans mon esprit et pas dans mon corps. J’attends, la respiration sifflante, je ne sais pas si j’ai réellement crié ou si mon rêve a été plus réaliste que prévu. Je ferme les yeux une seconde, mais il est toujours là, prêt à m’assaillir, je sais que je ne pourrais pas me rendormir alors que la nuit est bel et bien présente.

Je me lève et contemple les étoiles, elles m’ont toujours permis de me détendre. Je les regarde et suis triste de ne pas pouvoir les rejoindre comme avant. Oh, Salem, que tu me manques, je ne l’aurais jamais cru mais pourtant c’est la vérité. Et pour la nuit, j’ai envie de revivre ce que j’ai vécu alors.

Ma chambre est au premier étage mais cela ne doit pas me poser de problèmes. Je regarde les alentours et je passe une simple chemise avant de m’installer sur le rebord de la fenêtre. L’air de l’été est encore doux et je sens avec plaisir le vent souffler sur mes pieds nus. Je ne devrais pas sortir mais je sais déjà que je ne vais pas résister à l’appel de la nuit.

Je suis depuis trop longtemps libre d’agir et je refuse de rester là, dans un lieu où finalement je ne me sens pas à ma place. Pourtant elle pourrait être là cette place puisque je m’y retrouve et que je n’y suis pas seul, mais non. Pour le moment je dois sortir.

Si elles me voyaient, quelle serait leur réaction. Oh, je pense que l’une trouverait ça amusant et que l’autre serait horrifiée. Si différentes et pourtant si semblables.

Je me lève sur le bord de la fenêtre et je redresse la tête. La lune est présente et elle va me permettre de fuir pour quelques heures. Je saute dans le vide avec la force de l’habitude et je me raccroche à la branche du chêne. Puis je me laisse tomber au sol dans un mouvement souple. C’est trop simple de quitter les lieux mais demain matin je serais de retour. Il me faut juste quelques heures de liberté.

L’herbe légèrement mouillée par l’humidité de la nuit me réveille totalement et c’est comme un fou que je cours en m’éloignant de la ville. J’ai besoin de solitude et j’ai besoin d’action. La vie est trop calme dans la journée, bien trop calme.

Je sais que je me suis assez éloigné quand je n’entends plus que les bruits de la nature. Rien d’autre n’est perceptible et je reste immobile, écoutant les battements de mon cœur et me sentant libre.

Je ferme les yeux, inspire en levant la tête vers le ciel, puis je laisse ma voix sortir, d’abord faiblement puis de plus en plus fort jusqu’au hurlement que je veux pousser. Le cri résonne encore alors que je me laisse tomber dans l’herbe. Autour de moi la nature me répond, le vent souffle et fait écho à mon cri, les animaux qui ne dorment pas également. J’entends au loin les cris des chouettes et je sens une présence proche.

Il faut dire que je n’ai pas cherché à être particulièrement discret. Je me fige laissant lentement les battements de mon cœur se calmer. Je ferme les yeux totalement, concentré, attentif au moindre son. La nuit ne m’effraie plus depuis longtemps et je sais que mon rêve ne reviendra pas. Pas ici, pas maintenant alors que je suis libre.

Mais je me souviens tout de même comment j’ai appris à écouter la nuit. Si je ne l’avais pas fait, je n’aurais jamais eu ce rêve, j’en suis certain. Mais à présent, je sais reconnaître les sons. Et il y a un son, des pas étouffés et très légers. Je ne bouge plus et j’attends.

Les pas se rapprochent, je distingue la respiration rapide de l’autre, une respiration étouffée mais en même temps sonore. Je pense qu’il est jeune et curieux. Il se croit silencieux mais il a encore à apprendre.

Les pas continuent à s’approcher de moi et je prépare ma main. Je vais devoir être particulièrement rapide si je veux être l’attaquant et non l’attaqué. Mais dans les pas, j’entends tout de même quelque chose d’incompatible avec la discrétion. Comme s’il était blessé.

Et alors qu’il passe tout près de moi, je me détend et me retourne vers lui. Mes mains se posent sur son cou et son dos alors que mon corps est allongé dans l’herbe. Je me dis que j’aurais dû tenir la tête quand des dents pointues me percent la peau. Je pousse un cri de douleur et je raffermi ma prise.

Il se débat un instant avant que je ne parvienne à poser ma main sur cette partie du cou sensible. Cet endroit qui rend docile et qui me permet de le soulever. Je vois ses yeux noirs briller à la lueur de la lune et je sais qu’il n’attend qu’un faux mouvement pour me mordre à nouveau. Mais je vois également qu’il est blessé à la patte et qu’il ne pourra jamais être soigné.

La pitié pourrait me conduire à l’achever, mais non, il ne l’a pas mérité. Et même si mon bras saigne à l’endroit où il a mordu, c’est la peur de l’inconnu qui l’a forcé à agir ainsi. Je vais le soigner en le ramenant. Tant pis si elle proteste, il est blessé et ne le mérite pas. Je vais l’aider, je le veux.

Sans relâcher ma prise sur son cou, je retire la manche de ma chemise et je la fais glisser sur lui. Il n’aime pas sentir mon odeur, mais il devra s’en contenter. Je lui murmure des paroles apaisantes et je l’enveloppe dans ma chemise. Ce jeune renard n’a rien fait de mal et je veux l’aider.

Je ne me soucie plus de la discrétion, seul compte pour moi la vie entre mes bras. Il est petit encore, tout juste sevré, et c’est certainement pour cela que j’ai pu le surprendre. Je ne me fais aucune illusion, face à un renard adulte, je n’aurais rien pu faire. Oh, il ne m’aurait pas attaqué, mais je ne l’aurais pas entendu non plus.

Je regarde la porte fermée et je me demande comment je vais bien faire pour entrer. Si jamais je relâche ma prise, il partira sans aucun doute. Tant pis, je n’ai pas le choix. Je cours vers la porte de la grange et je le lâche au milieu avant de courir et de fermer la porte. Il ne sortira pas de là, on a déjà trouvé des chatons incapables de s’enfuir, alors un jeune renard…

Je remonte par l’arbre et entre dans ma chambre sans bruit. Je descends lentement les escaliers en évitant les marches les plus bruyantes et entre dans son cabinet de toilette. Elle ne doit pas me voir, mais je sais qu’elle a de quoi soigner les coupures. Je n’ai donc pas le choix.

Je n’ai même pas allumé une bougie, je me contente de la faible luminosité, je sais où chercher et je prends le flacon et des linges propres. Si jamais elle me voyait faire, elle serait horrifiée. Mais je l’ai décidé et je ne changerais pas d’avis. Je retourne dans ma chambre quand un bruit me cloue sur place. C’est la porte d’une chambre qui s’ouvre, et d’après ce que j’ai pu entendre c’est à l’étage également. Elle va me voir, c’est obligatoire.

Elle s’approche, je l’entends et elle ne cherche pas à être discrète. Elle va bientôt arriver devant les escaliers et la lueur de la bougie est visible à présent. Je pourrais redescendre, mais elle me verra à coup sur. Je redresse la tête et fais comme avant. Avant, quand je n’étais pas enfermé ici.

Elle arrive et me toise sans parler. Je ne sais pas quelles émotions la traversent, je ne sais pas si je pourrais le savoir un jour. Mais elle s’approche de moi et me glisse seulement quelques mots à l’oreille avant de poursuivre sa route.

- Ne la réveille pas, tu ne pourras pas ressortir.

Je reste figé, totalement immobile, comment a-t-elle su ? Comment ? Je suis donc si transparent à ses yeux ? Elle me ferait presque peur. Elle ! Pourquoi m’aides-tu ? Pourquoi ? Est-ce ça qu’on appelle aimer ? Aider les autres et être là pour eux ?

Un frôlement me fait réagir et je croise ses yeux, elle est revenue sans que je m’en rende compte.

- Et soignes toi sans qu’elle ne le voit, sinon tu devras t’expliquer.

Cette fois, je repars sans me faire prier. Je retourne dans ma chambre et reprend le même chemin la tête vide de toute émotion. Je ne dois pas réfléchir, je dois agir et cesser d’être ce garçon apeuré. Elle est là pour moi maintenant, je le sais, je le sens. Toi tu es là pour moi.

J’ouvre la porte à demi et sais déjà ce qu’il va tenter. L’animal s’apprête effectivement à sortir et ma main se pose immédiatement sur son cou. Il glapit et se fait totalement immobile. Il va tenter de faire le mort, mais cela ne fonctionnera pas.

Je l’enveloppe de ma chemise maintenant réduite à l’état de chiffon et je lui noue un linge autour de la gueule. Il a cessé de se débattre, il semble apaisé par mes murmures et mes paroles douces. C’est la première fois que je soigne un animal et ce sera peut-être la dernière, mais je veux faire ça bien, je l’ai décidé et je fais toujours le mieux possible ce que j’ai décidé.

Le flacon s’ouvre et une douce odeur s’en échappe. Je sais que ce sera douloureux pour lui et je le caresse lentement pour m’en excuser à l’avance. Mais je dois placer du liquide sur la blessure. Je remercie la lune et imagine ce qu’on doit voir si on me regarde. Si ELLE me regarde. Si TU me regardes.

Moi, un garçon encore trop jeune pour être appelé homme, tout juste arrivé ici, je suis agenouillé dans une tenue humide, tâchée d’herbe et boueuse, les pieds certainement écorchés, les mains dans un état guère meilleur, le torse nu et sale, le bras droit portant des traces de morsure de sang. Mes mains tiennent un renardeau blessé.

Je continue à lui parler alors que le liquide coule sur sa patte blessée et qu’il gémit. Je sais petit, c’est douloureux, mais ça te fera du bien. Je prends un linge propre et j’entoure sa patte en serrant. Il le retirera seul, c’est certain. Mais cela lui prendra du temps et le protègera le temps que sa blessure cicatrise. Avec un morceau plus fin, je fais un nœud et enfin je retire le bâillon de fortune.

Une dernière caresse sur son pelage si doux et je me recule en le libérant. Il se redresse maladroitement, me regarde un instant avant de partir aussi rapidement que lui permet sa patte blessée. Je reste assis sur le sol, attendant qu’il soit hors de vue, le regard dans le vague et les yeux embués. J’ai réussi ? Je ne peux pas le savoir, mais au moins j’ai essayé.

Je me redresse et sens pour la première fois la douleur de mon bras. Je l’avais totalement occultée. Je regarde ce qui reste et c’est à moi de gémir sous la douleur lorsque le liquide s’infiltre dans la plaie. Les marques des petites dents sont bien visibles et j’espère que la rage n’était pas en lui. Même si cela m’étonnerait étant donné son calme. Je noue le dernier linge propre autour de ma blessure et je retourne à ma chambre.

La nuit ne sera plus longue et je peux attendre.

Au matin, je descends sans me soucier de mon état. Tu es là déjà et tu me regardes en souriant. C’est la première fois que je te vois me sourire. Tu es fière de moi ? Je l’espère car je commence à la rechercher, cette fierté dans tes yeux. A tes côtés, elle me regarde plus froidement. Je ne baisse pas les yeux et je sais que j’ai raison quand tu prends la parole pour me défendre. Ce doit être étrange pour elle que je sois un sauvageon comme elle le dit parfois, mais elle ne me connaît pas. Non, elle ne sait pas qui je suis comme elle le devrait !

Cela fait maintenant deux jours, je sais qu’il n’était pas malade et sur ma peau les traces commencent à disparaitre. Tu m’as aidé à me soigner plusieurs fois et je suis maintenant totalement en admiration devant toi. Tu es là pour moi, toujours. Et moi je serais toujours là pour toi, quelqu’en soit le prix.

Je suis dans le pré où je l’ai trouvé et un éclat rouge me fait courir. Mes vêtements se déchirent dans les ronces, mais je n’en ai rien à faire. Un sourire nait sur mes lèvres alors que je prends le tissu déchiré. Il l’a finalement retiré.

Dans mon dos des pas lents se font une fois encore entendre, mais cette fois plus de signe de blessure. Je me retourne doucement et le vois enfin au grand jour. Il est magnifique et sa patte est visiblement presque guérie. J’espère que c’est grâce à moi, mais je ne peux pas en être certain. Je m’en convaincs quand il s’approche de moi et se frotte contre mes jambes nues. La douceur de son pelage me fait du bien. Il s’éloigne ensuite en sautillant et je le vois rejoindre deux autres jeunes et un renard adulte. Ils jouent ensemble avant de disparaitre de ma vue.

Je sais que je ne pourrais pas l’oublier, pas parce qu’il m’a reconnu ou parce que je veux le revoir, non, tout simplement parce qu’il ma permis de TE connaitre et de TE comprendre un peu.

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Dim 29 Mar 2009 11:50
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Depuis quand ne suis-je pas sorti ? Trop longtemps. J’en ai presque oublié la sensation de l’air sur ma peau, le plaisir de l’herbe sous mes pieds nus. Mais un autre plaisir vient de me parvenir, Te connaître Toi.

Tu n’es pas comme les autres que je n’avais vu que comme elles, un groupe étranger à ma compréhension, un ensemble composé d’entités mais que je ne pouvais pas distinguer. Elles étaient futiles, inexistantes, et même souvent dangereusement pestes. Mais Toi tu es le contraire, tu es importante, sérieuse et dangereusement proche de moi, de ce que je suis. Il me semble que tu me comprends, que tu sais qui je suis et comment je réagis. Cela me dépasse et m’intrigue, mais je ne suis pas inquiet. Tu ne me feras rien, volontairement du moins.

Trois jours, voila près de trois jours que je Te suis. Je reste avec Toi pour t’apprendre, te comprendre, te connaître enfin. Dire que je pensais ne jamais avoir besoin de quelqu’un d’autre alors qu’en réalité je t’attendais Toi ! Tu as remarqué mon manège bien entendu, il ne pourrait pas en être autrement, mais je sens que tu attends un geste de ma part pour venir me voir et me parler.

Quel geste ? Quel instant propice à cette rencontre ? Nous nous connaissons, nous sommes très proches mais en même temps je ne peux m’empêcher de te fuir dès que Tu approches.

Mais aujourd’hui, je ne sais comment Tu me regardes et je ne fuis pas. Oh, je n’ai jamais fui un regard, je me contentais de détourner le mien, discrètement, imperceptiblement, de manière à ne pas me prendre au piège de Tes yeux si proches des miens. Aujourd’hui tu es là et je ne détourne pas mes yeux.

- Pourquoi ?

Ma vois est trop aigue, elle est trop jeune, je ne peux m’empêcher de la refuser, de vouloir la modeler pour qu’elle soit enfin à sa place, à ma place, qu’elle reflète non plus celui que j’étais, mais celui que je suis devenu. Cependant, je crains qu’il ne faille encore attendre quelques mois ou même années. Et Tu continues à me regarder sans parler, sans dire un mot.

- Pourquoi ?

Cette fois, Tes yeux se font plus doux, presque chaleureux. Je ne te vois plus comme une énigme mais comme de la gentillesse. Peux-tu devenir proche de moi ? Le peux-tu réellement ?

- Pourquoi ?

Combien de fois vais-je devoir poser cette question avant que tu ne me répondes ? Que tu agisses enfin ? Que tes yeux quittent les miens ! Avant personne ne me fixait ainsi, Elles avaient peur de moi. Mais pas Toi, non Toi tu ne me crains pas.

- Pourquoi ?

Réponds ! Ma voix se fait plus insistante, plus méchante aussi, je veux une réponse et je l’aurais. Pourquoi, oui pourquoi ! Tu n’as pas le droit de te taire, Tu te dois de me répondre ! Tu es la seule à ne pas le faire !

- Pourquoi ?

Cette fois j’ai crié, tu n’as pas réagis. Tu n’as pas bougé. Tu ne m’aimes donc pas ? Tu ne veux pas me parler, pas me voir ? Mais pourtant Tu me regardes depuis si longtemps. Des années ? Des jours ? Des heures ? Quelques secondes ? Trop longtemps pour te taire et pourtant tu le fais.

- Pourquoi ?

Ce n’est plus un cri, simplement une demande résignée, comme si tu n’allais pas me répondre. Comme si je savais que tu ne parleras pas. Mais avec tout de même un petit espoir, une flammèche enfouie au fond de moi qui éclaire un petit peu de confiance en Toi.

- Pourquoi ?

Ma voix se casse de plus en plus, je sens presque les larmes qui montent dans mes yeux alors que Tu restes face à moi, immobile, sans réaction à mes demandes. Je finis par me demander si Tu as un cœur.

- Pourquoi ?

Cette fois-ci les larmes arrivent. Je le sens et je le sais. Tu es là et tu ne veux pas parler. Mais pourtant tu me le dois ! Tu me dois la vérité, la réponse à cette simple question.

- Pourquoi ? Je t’en prie, pourquoi ?

Je veux me lever mais je ne le peux pas. Tu me fixes et tes yeux me plient à Ta volonté. Je veux savoir mais tu sembles me le refuser. Et quand je me retrouve proche de la rupture, tu parles enfin. Ta voix est calme et posée, contrairement à la mienne qui véhicule des larmes.

- Tu ne dois pas me prier, jamais ! Tu ne dois pas prier les autres mais les laisser venir à toi.

Mes yeux se ferment sous le choc. Posée, Tu es posée alors que je ne suis que nerfs à vif.

- Tu veux savoir pourquoi ? Tout simplement parce que tu n’étais pas prêt à le savoir. Je savais que c’était trop tôt et elle n’a pas voulu m’écouter. Mais cela ne change rien. Elle est trop loin de nous et tu ne pourras jamais être proche d’elle.

Elle ! Savoir ! Elle ! Pourquoi me l’avoir cachée ? Oui, je suis trop jeune peut-être oui. Mais je ne suis pas un enfant, je n’en suis plus un depuis longtemps ! Je n’en ai jamais été un, je crois. Tu me regardes et tu sembles comprendre ce que je pense. Comment fais-tu ?

- Je suis désolée, mais approches-toi, je vais t’en parler si tu le veux.

Non, je dois refuser. Tu es comme elle, Tu ne m’as pas dit la vérité. Je ne dois pas bouger, je dois rester loin de Toi.

Je te regarde sans bouger et tu ne sembles même pas étonnée. Tu te contentes de jouer avec une mèche de tes cheveux et d’attendre quelque chose. Je ne bougerais pas, tu devrais le savoir puisque tu sembles si bien me connaître.

Pourquoi est-ce que je devrais bouger alors que Tu es comme elle et que Tu m’as menti Toi aussi ? Ce n’est pas à moi de faire le premier pas.

- Tu es certain que tu ne veux pas que je t’en parle ?

Oui, je suis certain que je veux que tu me laisses là où je suis mais non je veux en entendre parler. Stupide curiosité, inconstante volonté ! Je te hais, je me hais ! Je Te regarde et réponds d’une voix forte.

- Non ! Je veux savoir !

Tu oses me sourire comme si Tu l’avais deviné ! Mais non, je ne bougerai pas, Tu peux dire ce que tu veux, je resterai là, immobile.

- C’est drôle, j’ai presque envie de te laisser là et de reprendre mon livre. Tu en penses quoi ? Après tout, tu sauras plus tard.

Oh, je te comprends très bien, tu veux que je m’approche mais non. Je ne Te céderai pas ! Je ne dois pas. Tu regardes le livre à tes côtés et tu me souris à nouveau. Je ferme les yeux de frustration.

- Dis-moi !

Ma voix n’est pas assez calme, je sens que je perds ce combat. Je déteste perdre, je me déteste. Pourquoi est-ce que Tu arrives à me faire réagir aussi vite ? Je pose mes mains sur mes genoux et je les serre de rage. Je ne souris pas moi.

- Tu n’as pas envie de venir, donc tu n’as pas envie non plus de savoir c’est bien ça ?

Je te hais ! Mes mains s’enfoncent dans mes cuisses, presque blanches sous la rage qui monte. La curiosité est certainement ce qui me fera le plus de mal finalement. Je ferme les yeux, je ne dois pas Te voir me sourire, me voir perdre la face ! Je ne peux pas Te laisser ainsi me diriger.

- Très bien, comme tu voudras.

Sa voix est presque amusée et ça renforce ma rage. J’ouvre les yeux dès que j’entends le bruit du papier. Tu as osé ! Je me lève et Te retires le livre des mains. Je le lance au loin, je n’en ai rien à faire de son prix. Ton sourire m’exaspère et je retourne m’asseoir à ma place.

- Ce n’est pas très gentil ça. Tu devrais faire attention.
- Dis-moi ! Je VEUX savoir !

Tu hausses un sourcil alors que ma voix te montre que j’ai perdu. Tu le sais et Tu souris. Je Te déteste ! Je Te hais ! Tu n’es rien pour moi et pourtant je ne peux m’empêcher de rester là, à attendre. Ta voix ! C’est elle qui me porte et me pousse à attendre. Je ne comprends pas. Qu’es-Tu ?

- Tu veux savoir ?

Ca y est, j’ai perdu. Je le sens, je le sais. Pourquoi ?

Je me lève en baissant les yeux.

Pourquoi ?

Je m’approche de Toi et j’attends.

Pourquoi ?

Tu ouvres tes bras.

Pourquoi ?

Je m’assieds sur Tes genoux.

Pourquoi ?

Des larmes coulent de mes yeux.

Pourquoi ?

Ta main se pose sur mon dos.

Pourquoi ?

Tu me rapproches de Toi.

Pourquoi ?

Je suis faible !

Pourquoi ?

- Chut, ça va aller. Je serais toujours là pour toi et tu seras toujours là pour moi, n’est-ce pas ?

Toujours ?

Je Te regarde et Tu me souris.

Ensemble ?

Ta main sèche mes larmes.

Confiance ?

Je me détends.

Calme ?

Tu me souris encore et je sens mes lèvres se redresser.

Bien-être. Confiance. Gentillesse. Ensemble. Pourquoi ?

- Il faut que tu apprennes à vivre comme nous et que tu oublies avant. Nous serons toujours ensemble. Ne l’oublie jamais !

Je suis détendu, j’ai perdu mais c’est agréable. De vaincre n’est rien, cette bataille et cette guerre n’apportait rien. Je me devais d’être avec Toi. Tu me comprends, Toi seule me connaît. Toi.

Tu commences à me parler et là je comprends. Je comprends pourquoi j’ai perdu. Je comprends que Tu as besoin de moi comme j’ai besoin de Toi. Je comprends qui elle est. Je ne la hais pas, mais elle ne sera jamais comme nous. Tu me parles et finalement je me dis que je n’ai pas perdu.

Je t’ai gagné, Toi !

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Dim 24 Mai 2009 22:53
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